Cette école

Monaco-Matin - - Le Dossier Du Dimanche -

Phi­lippe Da­nae, édu­ca­teur spé­cia­li­sé de l’ADSEA , tra­vaille aux Moulins, à l’ouest de Nice.

De l’amé­na­ge­ment ur­bain à l’édu­ca­tion en pas­sant par des dis­po­si­tifs d’in­ser­tion, so­cio­logue, édu­ca­teurs spé­cia­li­sés et res­pon­sables as­so­cia­tifs ont des idées pour « cas­ser le ghet­to». Tour d’ho­ri­zon.

Un ac­com­pa­gne­ment pour les dé­cro­cheurs au col­lège

Jean-Paul Mu­noz, di­rec­teur de la MJC-centre so­cial Coeur de Ran­guin, à Cannes, plaide pour la mise en place d’un ac­com­pa­gne­ment au col­lège. «Tous les ans, 20 à 30 jeunes sortent de l’éta­blis­se­ment du quar­tier en si­tua­tion d’échec sco­laire. Une fois qu’ils sont lâ­chés de­hors, ils sortent des ra­dars, cer­tains se mettent à traî­ner, et se font ré­cu­pé­rer par les ré­seaux de deal. Il fau­drait mettre en place un ac­com­pa­gne­ment pour ces 14-16 ans au sein du col­lège. En tra­vaillant avec des édu­ca­teurs, les mis­sions lo­cales, pour les ai­der à dé­fi­nir un pro­jet in­di­vi­duel, et en­clen­cher plus tôt un ap­pren­tis­sage. »

De l’in­ser­tion so­cio-éco­no­mique au coeur des quartiers

Phi­lippe Da­nae, édu­ca­teur spé­cia­li­sé aux Moulins, à Nice, au sein de l’ADSEA 06, pro­pose une ac­tion «mo­deste, mais ef­fi­cace», pour les jeunes qui dé­crochent. «Les Moulins sont en pleine ré­no­va­tion ur­baine, on pour­rait ima­gi­ner une en­tre­prise avec un ou deux édu­ca­teurs tech­niques : plom­bier, élec­tri­cien, peintre… Et deux tra­vailleurs so­ciaux.

Car on sait comment leur par­ler, les ca­drer. En fin de 3e, on prend six ga­mins en dif­fi­cul­té, on leur pro­pose des CAP plom­be­rie, élec­tri­ci­té, pein­ture.» Cinq cents eu­ros par mois, et à l’is­sue des deux ans : un mé­tier entre les mains. « Sur six, ad­met­tons que quatre réus­sissent. C’est un exemple qu’on peut mon­trer à ceux qui tra­fiquent. La deuxième an­née, on en prend dix… Ça coûte deux tra­vailleurs so­ciaux, un ou deux édu­ca­teurs tech­niques. On prend les jeunes des ban­lieues et on les qua­li­fie. On fait de l’in­ser­tion so­cio-éco­no­mique au coeur du quar­tier.»

In­té­grer des com­merces et du ter­tiaire dans les ci­tés…

Rudy Ric­ciot­ti, l’ar­chi­tecte du Mu­cem à Mar­seille, est convain­cu que la ré­no­va­tion ur­baine peut avoir un im­pact sur la vie des ha­bi­tants de la ci­té. À condi­tion, dit-il, « d’in­té­grer des ac­ti­vi­tés » dans ces quartiers, avec «des com­merces au rez-de-chaus­sée, du ter­tiaire au pre­mier étage, et les lo­ge­ments en­suite ». Aux Moulins, en pleine ré­no­va­tion ur­baine comme à Ran­guin, com­merces, su­per­mar­chés… ont ou­vert à la fa­veur de la ré­ha­bi­li­ta­tion du quar­tier. Une source d’em­ploi «à condi­tion d’être prêt », es­time Ka­rim Ben Ah­med, di­rec­teur d’Adam, la plus grosse as­so­cia­tion des Moulins. « L’en­jeu, c’est de pou­voir an­ti­ci­per l’ar­ri­vée des en­tre­prises pour que les de­man­deurs d’em­ploi puissent se for­mer en amont.»

Ou­vrir des crèches h/

« Un quart voire un tiers des ma­mans sont seules et dé­lais­sées avec leurs en­fants », constate le so­cio­logue Jean Viard. Voi­là pour­quoi ce­lui-ci pro­pose «d’ou­vrir des crèches avec un ac­cueil 24h/24». «Les ma­mans ont be­soin de temps de li­ber­té, es­time-t-il. Pour souf­fler, pro­fi­ter, faire des ac­ti­vi­tés. L’ex­pé­rience a dé­jà été ten­tée dans un quar­tier sen­sible de Rennes, et ce­la marche très bien. »

Lé­ga­li­ser le can­na­bis ?

Jean Viard mi­lite of­fi­ciel­le­ment pour la lé­ga­li­sa­tion du can­na­bis. Son cal­cul est simple: « Ce­la per­met­trait de créer des di­zaines de mil­liers d’em­plois et d’évi­ter ain­si que ce com­merce conti­nue de dé­struc­tu­rer la ci­té. Une bonne par­tie des jeunes dea­lers, ajou­tet-il, fe­raient de très bons com­mer­çants si on les em­bau­chait. Ils peuvent vendre ce qu’ils veulent.»

L’école Sim­plon a fait sa pre­mière ren­trée à Nice le 19 sep­tembre, aux Abat­toirs. La for­ma­tion, gra­tuite, dure 6 mois et per­met­tra à ses 24 élèves ac­tuel­le­ment au chô­mage de pré­tendre à un em­ploi dans le sec­teur du nu­mé­rique. 50 % de l’ef­fec­tif est is­su de quartiers dé­fa­vo­ri­sés. Ils sont ren­trés les uns après les autres dans la salle nue aux murs de car­re­lage blanc. Ils se sont re­gar­dés, un peu sur­pris : il n’y a pas d’or­di­na­teurs. À Mon­treuil, en ré­gion pa­ri­sienne, où la pre­mière du genre a ou­vert ses portes il y a trois ans, son fon­da­teur Fré­dé­ric Bar­deau pré­fère par­ler de «fa­brique», moins sco­laire. Ils sont 24, âgés de 19 à 41 ans. La sé­lec­tion a du­ré tout l’été, pour faire le tri par­mi une cen­taine de can­di­dats, tous ins­crits à Pôle em­ploi. L’ob­jec­tif pour les re­cru­teurs: choi­sir des pro­fils plu­tôt rares dans l’in­dus­trie nu­mé­rique. Des jeunes is­sus de quartiers dé­fa­vo­ri­sés – ils re­pré­sentent la moi­tié de l’ef­fec­tif – et des filles. Ceux à qui le sys­tème sco­laire clas­sique n’a pas don­né leur chance. Ou ceux qui n’ont pas su la sai­sir. Pen­dant 6 mois, 7 heures par jour, 5 jours par se­maine, il va leur ap­prendre les bases du code pour en faire des «dé­ve­lop­peurs ju­niors ». Ca­pable de pro­gram­mer des lo­gi­ciels, fa­bri­quer et gé­rer des sites In­ter­net et sur­tout, de « s’in­sé­rer sur le mar­ché du tra­vail ». Le pro­fes­seur pour­suit : « Tech­ni­que­ment, ils se­ront en-des­sous des autres, mais au-des­sus en terme d’au­to­no­mie. On leur ap­prend à se dé­brouiller, être force de pro­po­si­tion, et c’est ce qui plaît aux em­ployeurs.» Il sort les or­di­na­teurs por­tables d’un pla­card en bois et com­mence la dis­tri­bu­tion. Pas ques­tion de lan­gage in­for­ma­tique, ni de pro­gram­ma­tion. Le pre­mier tra­vail des ap­pre­nants se­ra d’y ins­tal­ler Ubun­tu, une ver­sion du sys­tème d’ex­ploi­ta­tion open source (et gra­tuit) de Li­nux. Bou­ba­car se lève et ri­gole pour mas­quer son stress. Ils doivent se pré­sen­ter tour à tour de­vant toute la classe. Per­sonne ne bouge. Il com­mence par dire « Je m’ap­pelle Ro­bert» ; ses voi­sins pouffent. Le jeune homme prend pour­tant cette for­ma­tion très au sé­rieux. «Quand j’ai vu l’ap­pel à can­di­da­ture sur In­ter­net, je me suis dit : “c’est la chance de ma vie”. Ça pou­vait ré­soudre tous mes pro­blèmes.» Le pre­mier : tra­vailler dans l’in­for­ma­tique lors­qu’on n’a pas « les bons di­plômes » .À 22 ans, Bou­ba­car n’en a qu’un, un bac pro en main­te­nance nau­tique. Sa sco­la­ri­té res­semble à celle de beau­coup

C’est la chance de ma vie ”

A Cannes, le centre com­mer­cial et les ré­si­dences des­si­nés par l’ar­chi­tecte star Jea une autre image de Ran­guin.

Jean-Paul Mu­noz, di­rec­teur de la MJC « Coeur de Ran­guin » à Cannes.

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