Un mé­tier

Monaco-Matin - - Le Dossier Du Dimanche -

de jeunes de son quar­tier, Les Moulins. « Au col­lège, j’étais dans le groupe des per­tur­ba­teurs. Je ve­nais que pour m’amu­ser, j’ai réa­li­sé que si je res­tais là, je ne pour­rais ja­mais me concen­trer. Le col­lège au quar­tier, c’est un peu comme une bulle. » Alors en 3e, il quitte Jules-Ro­mains pour une classe de dé­cou­verte pro­fes­sion­nelle au ly­cée Les Pal­miers, à l’est de Nice. « Je vou­lais ap­prendre un mé­tier.» Ça se­ra la main­te­nance nau­tique, parce que l’ado­les­cent «aime les ba­teaux » et qu’il fal­lait bien choi­sir quelque chose. Mais le bou­lot ne lui plaît pas vrai­ment. Ce que Bou­ba­car pré­fère faire, c’est ob­ser­ver l’un de ses amis qui « tra­vaille dans l’in­for­ma­tique », lors­qu’il dé­monte des or­di­na­teurs. « Vous sa­vez, le hard­ware », glis­set-il d’un air en­ten­du. Il au­rait bien vou­lu faire des études d’in­gé­nieur, mais c’est mis­sion im­pos­sible sans bac S. Il choi­sit In­fo­com (in­for­ma­tique et com­mu­ni­ca­tion), tente une li­cence. Ra­té. Il gri­mace: «J’avais même des cours d’his­toire de l’art.» Alors tous les ma­tins, il fait le tra­jet entre Les Moulins, où il ha­bite tou­jours chez sa mère, et la route de Tu­rin. Heu­reux qu’on lui donne une nou­velle chance: «Le par­cours sco­laire, j’ai le sen­ti­ment que ça compte vrai­ment dans ce pays, ça te suit toute ta vie. À Sim­plon, ils ne re­gardent pas ça.» Mieux, l’en­tre­prise so­ciale et so­li­daire tra­vaille à ou­vrir l’en­sei­gne­ment nu­mé­rique: « Pour que ça ne soit pas ré­ser­vé à une cer­taine ca­té­go­rie de per­sonnes qui ont fait de grandes études.» Moins dis­cri­mi­nant? Bou­ba­car ré­flé­chit. « Peut-être… En tout cas, ton pre­mier in­ter­lo­cu­teur ce n’est pas l’homme, c’est l’or­di­na­teur. » «Ma­ga­si­nier, Ar­mée de terre, chauf­feur rou­tier, crou­pier » : à 25 ans, Mi­ckaël énu­mère ses ex­pé­riences pro­fes­sion­nelles comme au­tant de dé­fis tou­jours re­le­vés. « Quand ça ne me plai­sait plus, je par­tais.» Il se plaît à ra­con­ter comment il a me­né ses en­tre­tiens de mo­ti­va­tion, mon­trer qu’il connaît le pitch par coeur, à force de se vendre: ex­po­ser sa connais­sance du sec­teur, les opportunités d’évo­lu­tion. Dé­cli­nable à l’en­vi. « On change le titre et on re-ba­lance la même chose.» Il sou­rit : « Le mé­tier de rêve ? J’ai pas­sé l’âge de me faire des illu­sions.» Sauf que cette fois, à Sim­plon, le dis­cours n’est pas que pré­texte. Pas­sion­né de jeux vi­déo, Mi­ckaël aime l’in­for­ma­tique. «La pre­mière fois que j’ai co­dé, je de­vais avoir 11 ans. C’était sur un fo­rum.» Les deux pre­mières se­maines d’en­sei­gne­ment l’ont sur­pris. Agréa­ble­ment. « Je m’at­ten­dais à quelque chose de beau­coup plus sco­laire. » Le ma­tin est sou­vent consa­cré à la théo­rie, l’après-mi­di à la pra­tique, par pe­tits groupes. On ne lève pas le doigt pour ap­pe­ler le pro­fes­seur. « Si tu as une ques­tion, cherche. Si tu ne trouves pas, de­mande à ton voi­sin, si­non va voir le prof», dé­crit l’en­sei­gnant Rémi Lan­ney. Mi­ckaël vit à L’Ariane de­puis 5 ans, de­puis qu’il a quit­té l’ar­mée. La mau­vaise ré­pu­ta­tion du quar­tier? «C’est ar­ri­vé qu’on m’en parle, en en­tre­tien. Je dis que je suis ar­ri­vé ré­cem­ment. Ou que je suis “avant la zone dan­ge­reuse”.» La dis­cri­mi­na­tion sur l’adresse existe. « Mais j’ai le nom qui pro­tège, ajoute-t-il. Je sais que pour d’autres, c’est plus dif­fi­cile. » Et il parle de son pote Fay­cal, qui ne trouve rien, «même avec un master 2 . Je lui avais dit de pos­tu­ler ici.» Saïd se ba­lance sur sa chaise et de­mande à voix basse : «Vous êtes sûr que je dois par­ler?» On lui fait signe que oui, et il s’exé­cute en sou­riant ti­mi­de­ment: «Alors avant, j’ai fait des études en in­fo­gra­phie et web­de­si­gn…» En­fance et ado­les­cence aux Moulins, à l’ouest de Nice; Saïd part à Pa­ris après son BTS en al­ter­nance. « Je sa­vais que ça se­rait dif­fi­cile.» Il cherche du bou­lot dans son do­maine, n’en trouve pas. Il dit qu’il est «dé­çu», que les grandes en­tre­prises passent « beau­coup par des sous-trai­tants dans les pays de l’Est » et que «les grandes agences ne re­crutent plus». Alors Saïd s’ins­crit sur la pla­te­forme Uber pour de­ve­nir chauf­feur, parce qu’il faut bien payer ses courses au Fran­prix. Ber­line noire pour nuit blanche, il gagne 1 300 eu­ros par mois en tra­vaillant 12 heures par jour, entre 18 heures et 6 heures. La nuit pa­ri­sienne ne le grise pas, re­tour à Nice. Il ha­bite aux Moulins, chez ses pa­rents. «Je vis seul parce qu’ils sont sou­vent au Ma­roc main­te­nant. » La for­ma­tion Sim­plon ? L’es­poir pour « avoir un tra­vail, être stable. Quand même, à 27 ans, je crois que c’est le mo­ment. On com­mence à être adulte, on a des res­pon­sa­bi­li­tés.» Cette fois, Saïd est confiant : « J’ai re­gar­dé, je sais qu’il y a beau­coup de dé­bou­chés dans le dé­ve­lop­pe­ment web. Mais je pense qu’il ne faut pas trop tar­der. Si l’offre se ré­duit... »

On ne re­garde pas ton par­cours sco­laire ” Si tu as une ques­tion, cherche ”

an-Mi­chel Wil­motte ont don­né A Nice, L’Ariane consti­tue le deuxième plus im­por­tant chan­tier de ré­no­va­tion ur­baine, pour un bud­get de  mil­lions d’eu­ros.

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