Ac­tion de groupe contre une so­cié­té de voyance

Le par­quet de Grasse étu­die des di­zaines de plaintes, dont une grou­pée, vi­sant Cos­mos­pace. Cette so­cié­té de So­phia Antipolis est sus­pec­tée d’abu­ser de la naï­ve­té des clients par té­lé­phone

Monaco-Matin - - La Une - CH­RIS­TOPHE CIRONE cci­rone@ni­ce­ma­tin.fr

Votre sa­tis­fac­tion est notre plus grande prio­ri­té », an­nonce Cos­mos­pace sur son site web. Ma­ni­fes­te­ment, l’ob­jec­tif n’a pu être at­teint pour tout le monde. Plu­sieurs di­zaines de clients de cette so­cié­té de So­phia Antipolis, lea­der auto-re­ven­di­qué du sec­teur de la voyance en Eu­rope, ont dé­po­sé plainte de­vant le par­quet de Grasse au cours des der­niers mois. Par­mi eux, une quin­zaine de mé­con­tents re­grou­pés au sein d’une class ac­tion. Une ac­tion de groupe en forme de dé­cla­ra­tion de guerre aux pra­tiques abu­sives. « A ma connais­sance, c’est une pre­mière en France. Notre but est d’as­sai­nir et de mo­ra­li­ser la pro­fes­sion », ex­plique You­cef Sis­saoui, pré­sident de l’Ins­ti­tut na­tio­nal des arts di­vi­na­toires (INAD). L’as­so­cia­tion a re­cen­sé sur des fo­rums en ligne un af­flux de ré­cri­mi­na­tions vi­sant Cos­mos­pace. Un avo­cat pa­ri­sien s’est char­gé de les agré­ger au sein d’une plainte col­lec­tive, dé­po­sée en mai der­nier au par­quet de Grasse. « Ces plaintes viennent de toute la France, en ma­jo­ri­té de femmes, re­lève Me Sta­nis­las Pa­non. L’ob­jec­tif, c’est d’être plus ef­fi­cace en groupe. D’aler­ter le par­quet sur toutes ces per­sonnes qui, sans se connaître, ra­content la même chose. Et de mar­quer le coup. » Se­lon leur avo­cat, le pré­ju­dice des plai­gnants os­cil­le­rait entre 1500 et 40000 eu­ros! « Pro­po­ser des ser­vices de voyance, ce n’est pas le pro­blème. Mais ce­la de­vient une in­frac­tion pé­nale quand on en vient à ex­ploi­ter la fai­blesse des gens, sou­tient Me Pa­non. Ils poussent à la consom­ma­tion des gens en dé­tresse, qui n’ont pas tout leur libre-ar­bitre. Ils usent de pu­bli­ci­té men­son­gère, en­voient des SMS qui ap­pâtent et re­lancent. » L’avo­cat re­lève une di­zaine d’in­frac­tions po­ten­tielles: es­cro­que­rie, ex­tor­sion de fonds, abus de fai­blesse, pra­tique com­mer­ciale trom­peuse...

« Com­merce de la dé­tresse hu­maine »

A ce stade, Cos­mos­pace ne fait pas l’ob­jet de pour­suites. Mais le par­quet de Grasse confirme avoir « un énorme dos­sier en cours d’étude » vi­sant la so­cié­té. « Nous avons re­çu plu­sieurs di­zaines de plaintes éma­nant de dif­fé­rents tri­bu­naux. Cer­taines plaintes se­ront sans doute clas­sées sans suite, d’autres peut-être pas. Quelle est la part de naï­ve­té des gens et d’éven­tuelles in­frac­tions pé­nales? Trop tôt pour le dire... » Ce tir grou­pé, et l’af­flux gé­né­ral de plaintes vi­sant Cos­mos­pace, ne pré­sage donc en rien de l’is­sue. La so­cié­té in­cri­mi­née semble du reste plu­tôt confiante (lire ci-contre) . En at­ten­dant, la plainte grou­pée a été trans­mise en juin à la di­rec­tion dé­par­te­men­tale des pro­tec­tions de la po­pu­la­tion. « Il y a aus­si chez eux des gens bien, de bons voyants. Mais les trois-quarts sont des com­mer­ciaux for­més pour ma­ni­pu­ler les gens », sou­tient You­cef Sis­saoui. Le­quel re­con­naît que ces soup­çons d’es­cro­que­rie ne se li­mitent pas au géant de la voyance. « Sur 100000 pro­fes­sion­nels, il n’y a pas 5 % de vrais voyants. Hé­las, la voyance est de­ve­nue le com­merce de la dé­tresse hu­maine. »

(Pho­to Sé­bas­tien Bo­tel­la)

Une quin­zaine de mé­con­tents, ac­com­pa­gnée par une an­cienne sa­la­riée, s’est réunie au sein d’une class ac­tion afin de de­man­der des comptes à la so­cié­té so­phi­po­li­taine Cos­mos­pace.

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