Pas de centre d’ac­cueil de mi­grants dans les Alpes-Ma­ri­times

Pour sou­la­ger la pres­sion sur Ca­lais, le gou­ver­ne­ment veut ré­par­tir 12000 mi­grants à tra­vers la France. Le dé­par­te­ment échappe à la règle. Ou presque...

Monaco-Matin - - Côte D’azur - ERIC GALLIANO egal­lia­no@ni­ce­ma­tin.fr

Les pré­fets de France ont hé­ri­té, dé­but sep­tembre, d’un nou­veau casse-tête gou­ver­ne­men­tal. Ils ont jus­qu’à la fin de l’an­née pour trou­ver 12 000 places d’hé­ber­ge­ment afin d’y ac­cueillir les mi­grants de Ca­lais. L’État veut en fi­nir avec la « jungle ». Pour ce­la le gou­ver­ne­ment a es­ti­mé pou­voir sou­la­ger la pres­sion mi­gra­toire qui, de­puis des an­nées, vient bu­ter sur ces rives de la Manche dans l’es­poir d’ar­ri­ver à re­joindre, un jour, l’An­gle­terre, en la ré­par­tis­sant sur tous les dé­par­te­ments. Tous ou presque. La pré­fec­ture confirme que « pour le mo­ment », les Alpes-Ma­ri­times échappent à ce vaste plan de ré­par­ti­tion qui passe par la créa­tion de plu­sieurs di­zaines de centre d’ac­cueil et d’orien­ta­tion (CAO) à tra­vers toute la France. Si le dé­par­te­ment n’hé­rite pas de son quo­ta de mi­grants en pro­ve­nance de Ca­lais c’est parce que l’État a es­ti­mé que ce ter­ri­toire fron­ta­lier avait dé­jà fort à faire pour conte­nir les flux mi­gra­toires en pro­ve­nance d’Ita­lie.

Op­po­si­tions

La pré­fec­ture des Alpes-Ma­ri­times a néan­moins pro­cé­dé, au cas où la po­si­tion gou­ver­ne­men­tale ve­nait à évo­luer, à « un re­cen­se­ment des struc­tures d’hé­ber­ge­ment exis­tantes » qui pour­raient dès lors être ré­qui­si­tion­nées. Il n’en fal­lait pas plus pour pro­vo­quer la le­vée de bou­clier de cer­tains élus azu­réens. A l’image de l’as­sem­blée Dé­par­te­men­tale ou de la Ville de Man­de­lieu, plu­sieurs col­lec­ti­vi­tés ont pré­fé­ré pré­ve­nir que gué­rir en adop­tant des mo­tions s’op­po­sant à la créa­tion d’un CAO sur leur ter­ri­toire. Un A dé­faut de centre d’ac­cueil et d’orien­ta­tion mis en place par l’Etat, les as­so­cia­tions conti­nuent de se mo­bi­li­ser pour ac­cueillir les de­man­deurs d’asile, comme ici chez Hu­bert Jour­dan le pré­sident d’Ha­bi­tat et Ci­toyen­ne­té.

avis que par­tage la mu­ni­ci­pa­li­té de Vin­ti­mille. Le mi­nistre de l’In­té­rieur ita­lien, An­ge­li­no Al­fa­no, avait d’ailleurs ex­pé­ri­men­té la « so­lu­tion fran­çaise » dès le mois de mai der­nier dans son propre pays. Le camp de la Croix Rouge avait été dé­man­te­lé et les mi­grants de Vin­ti­mille en­voyés vers des hot spot à l’autre bout de la botte. « Ça ne marche pas ! », pointe du doigt Hu­bert Jour­dan, le pré­sident de l’as­so­cia­tion Ha­bi­tat et Ci­toyen­ne­té. « Tout sim­ple­ment parce que ces gens veulent re­joindre un ami, un frère, un ma­ri

qui se trouve en France, en An­gle­terre ou en Suède. Re­gar­dez à Vin­ti­mille. Ils sont aujourd’hui deux fois plus nom­breux qu’avant. Ca va se pas­ser de la même ma­nière en France. Ils vont re­tour­ner à Ca­lais. Tout sim­ple­ment parce que c’est leur choix. Ce sont les mi­grants qui dé­cident où ils veulent al­ler, pas les États. »

Ac­cueil as­so­cia­tif

De même que l’ab­sence de CAO n’em­pê­che­ra pas l’ac­cueil de mi­grants, y com­pris dans les Al­pesMa­ri­times. Tout sim­ple­ment,

parce qu’au­tour de la pla­te­forme fo­rum ré­fu­gié de nom­breuses as­so­cia­tions se sont or­ga­ni­sées pour ve­nir en aide à ces exi­lés. C’est le cas du ré­seau wel­come, par exemple. « Cette an­tenne du ser­vice jé­suite des ré­fu­giés a été ré­ac­ti­vée dans les Alpes-Ma­ri­times, en no­vembre de l’an­née der­nière, suite à l’ap­pel lan­cé par le pape », ex­plique son co­or­di­na­teur dio­cé­sain Claude Se­guin. Plus de 25 fa­milles azu­réennes et quelques ins­ti­tu­tions re­li­gieuses telles que le foyer de cha­ri­té de Ro­que­fort-lesPins ou en­core les re­li­gieuses de Cas­ta­gniers, ont dé­jà per­mis d’of­frir un hé­ber­ge­ment à une ving­taine de per­sonnes al­lant de quelques se­maines à plu­sieurs mois. « Il s’agit ex­clu­si­ve­ment de de­man­deurs d’asile, pré­cise Claude Se­guin, aux­quels on offre une so­lu­tion tem­po­raire en at­ten­dant qu’une place en Ca­da (centre d’ac­cueil des de­man­deurs d’asile) se li­bère. »

« , % de la po­pu­la­tion »

Hu­bert Jour­dan avoue quant à lui ne pas faire de dis­tinc­tion. « Tous sim­ple­ment parce que pour moi tous ces exi­lés sont par dé­fi­ni­tion en quête d’un abri, ils sont donc tous des ré­fu­giés. Qui peut pré­tendre le contraire quand on sait qu’ils viennent d’Ery­trée, du Sou­dan ou en­core de Sy­rie. » Pour ce mi­li­tant le reste n’est que tra­cas­se­ries ad­mi­nis­tra­tives. Et peu im­porte si ceux qu’il ac­cueille chez lui ne rentrent pas dans les cases. « J’ai de la chance d’avoir de l’es­pace, ex­plique cet ha­bi­tant de La-Col­le­sur-Loup, alors je leur offre l’hos­pi­ta­li­té. » C’est ain­si de­puis « plus de cinq ans ». Hu­bert a ac­cueilli « plus de 1 000 mi­grants ». En toute dis­cré­tion. « Sans que ce­la ne pose le moindre pro­blème. » Du coup il trouve un « peu ri­di­cule » que « des com­munes de 3 000 ou 4000 ha­bi­tants aient du mal à ac­cueillir 15 ou 20 mi­grants. C’est 0, 005 % de leur po­pu­la­tion. » Si ce n’est que ce que re­doutent les au­to­ri­tés, c’est moins ceux qui sont là que les di­zaines, voire cen­taines de mil­liers qui pour­raient les imi­ter, si en fa­vo­ri­sant l’ac­cueil de ces flux on créait un ap­pel d’air.

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