«Un nou­vel es­prit loin des di­vi­sions et des haines»

Monaco-Matin - - Côte d’Azur - ALI ET LA­TI­FA

« Maman, ce 14 juillet 2016 tu t’étais co­quet­te­ment ap­prê­tée, pour l’éter­nelle fier­té de pa­pa. Et, tous en­semble, on de­vait vivre cette fête aux étoiles filantes de lu­mières. Pour le bon­heur d’être en­core en­semble. Le spec­tacle fi­ni, Pa­pa te pré­serve d’une longue marche jus­qu’à la voi­ture en te de­man­dant de l’at­tendre avec Saïd, ma femme et ma pe­tite fille, et moi je vous laisse pour faire comme Pa­pa. La nuit avait re­pris son rôle sub­sti­tué par l’éblouis­sant feu d’ar­ti­fice. Les rues bon­dées lais­saient échap­per le cha­hut des en­fants et de la foule quit­tant les lieux. Puis, sou­dain, une as­sour­dis­sante mé­ca­nique s’in­vite à une vi­tesse folle et as­sas­sine au mi­lieu des vies. Maman, tu fus la pre­mière à être ar­ra­chée du sol et de la vie. Maman, j’ai ten­té de t’in­suf­fler la vie mais en vain. Maman, avais-tu en­core de la vie aux yeux pour voir Pa­pa s’éva­nouir en te sa­chant mou­rir ? Maman, avais­tu en­core de la vie aux yeux pour voir Saïd, ma femme et ma fille, échap­per à ton sort ? Maman, je sais que tu avais en­core de la vie dans les yeux en of­frant ton der­nier re­gard à Pa­pa qui ar­ri­vait au loin. Maman, tu fus la pre­mière de près de 90 morts et plus de 400 bles­sés. Maman, dès cette nuit, les pro­jec­teurs ont ten­té d’ap­por­ter la lu­mière aux rai­sons d’un tel acte.

«Maman, sois en paix pour l’is­lam»

Maman, tu au­rais été vic­time de Daesh, ces bar­bares qui se disent de ta re­li­gion dont tu as tou­jours por­té le voile. Maman, sois en paix pour l’is­lam, ces im­pos­teurs ne trompent qu’eux-mêmes. Car au­cune re­li­gion ne peut cau­tion­ner une telle in­hu­ma­ni­té. De­puis Me­rah, le sang in­no­cent a cou­lé à Char­lie Heb­do, au stade de France, au Ba­ta­clan, dans les rues de Pa­ris et de Bruxelles puis de Nice. Maman, je rêve que ta mort fasse naître dans notre beau pays, la France, un nou­vel es­prit loin des di­vi­sions et des haines qui le gan­grènent au nom des amal­games et des urnes béantes. Fai­sons re­naître la so­li­da­ri­té pour une lutte com­mune contre ce nou­veau monstre. Mer­ci à ce roi, Mo­ha­med VI, le mien, pour cette guerre cou­ra­geu­se­ment dé­cla­rée dans les yeux à l’en­ne­mi de tous les peuples et de toutes les re­li­gions. J’ai be­soin de ces es­poirs, Maman, pour te­nir de­bout car de­puis ton der­nier voyage, Pa­pa ne rentre presque plus à la mai­son, sans toi.

« Tu étais notre Hymne à la vie »

Ta pe­tite-fille te cherche et mes ex­cuses s’épuisent. Maman, tu étais le pi­lier de la fa­mille, et de­puis, on se re­laye pour la main­te­nir, mais nos épaules réa­lisent ta su­pé­rio­ri­té. Maman, tu étais notre Hymne à la vie. Maman, de­puis cette nuit du 14 juillet 2016, le so­leil ne s’est plus le­vé. Maman, seule la vie nous porte car nous ne mar­chions que sur tes pas. Maman, ton ab­sence me tue alors vers ton sou­ve­nir je me rue, pour que de nou­veau la lu­mière fût. A tous les dirigeants ins­tal­lés ou à ve­nir, j’ai­me­rais vous ren­voyer vers la sa­gesse de Gand­hi qui aver­tis­sait que “Nul Homme qui aime son pays ne peut l’ai­der à pro­gres­ser s’il ose né­gli­ger le moindre de ses com­pa­triotes”… Ma mère fut l’une des in­no­centes vic­times du terrorisme et elle s’ap­pe­lait… Fa­ti­ma.»

(Pho­to ar­chives fa­mi­liales DR)

Fa­ti­ma avait sept en­fants, âgés de  à  ans.

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