Apnées du som­meil: sor­tir du cau­che­mar, c’est pos­sible

Cette ma­la­die peut être trai­tée fa­ci­le­ment et ef­fi­ca­ce­ment. En­core faut-il que le diag­nos­tic soit po­sé. Pour ce­la, il suf­fit de scru­ter la nuit très mou­ve­men­tée d’un pa­tient

Monaco-Matin - - Santé - AXELLE TRUQUET atru­quet@ni­ce­ma­tin.fr

Je me sens plus fa­ti­gué le ma­tin au ré­veil qu’en me cou­chant le soir.» Une phrase qu’en­tend sou­vent le Dr Lio­nel Le­rous­seau, mé­de­cin­chef au la­bo­ra­toire du som­meil de l’hô­pi­tal d’An­tibes-Juan-les-Pins, si­tué au sein du ser­vice de pneu­mo­lo­gie pi­lo­té par le Dr Ch­ris­tine Ro­to­mon­do. Un peu à l’écart des lits ré­ser­vés aux pa­tients de pneu­mo, deux chambres. Les mau­vais dor­meurs s’y suc­cèdent pour ten­ter de trou­ver la rai­son de ces nuits épui­santes. Le plus sou­vent, des apnées du som­meil, une ma­la­die qui se traite fa­ci­le­ment, à condi­tion d’être clai­re­ment iden­ti­fiée. «Cer­tains pa­tients viennent de leur propre ini­tia­tive, parce qu’ils connaissent l’exis­tence du la­bo­ra­toire du som­meil, d’autres sont orien­tés par leur mé­de­cin, leur pneu­mo­logue, ou un autre spé­cia­liste. Ty­pi­que­ment, ils se plaignent d’un som­meil de mau­vaise qua­li­té. Mais la ma­la­die en­gendre aus­si des com­pli­ca­tions ch­ro­niques, comme des troubles du rythme car­diaque, des ac­ci­dents cé­ré­braux, etc. Les apnées du som­meil pro­voquent par ailleurs un trouble de la vi­gi­lance et des en­dor­mis­se­ments dans la jour­née. C’est la rai­son pour la­quelle de­puis dé­cembre 2005, cette pa­tho­lo­gie in­ter­dit – lors­qu’elle n’est pas trai­tée – la conduite au­to­mo­bile.

Le coût so­cial de la ma­la­die est donc très im­por­tant.»

Des trai­te­ments coû­teux

La bonne nou­velle, c’est qu’il existe des trai­te­ments ef­fi­caces – mais coû­teux. Ne peuvent aus­si y pré­tendre que les ma­lades clai­re­ment diag­nos­ti­qués. Si­non, pas de rem­bour­se­ment. Lors de la consul­ta­tion, le mé­de­cin peut dé­jà iden­ti­fier les signes cli­niques de la ma­la­die: ron­fle­ment, fa­tigue, hy­per­som­nie, hy­per­ten­sion

ar­té­rielle, le­vers au cours de la nuit pour uri­ner (l’apnée du som­meil fait sé­cré­ter une hor­mone qui donne en­vie d’uri­ner), etc. «Il est pos­sible de pratiquer une po­ly­gra­phie ven­ti­la­toire en am­bu­la­toire, com­plète le Dr Le­rous­seau. En clair, on confie un ap­pa­reil au pa­tient, qui pro­cède à l’en­re­gis­tre­ment à son do­mi­cile. La ma­chine en­re­gistre grâce à des cap­teurs ce que voit le conjoint: les mou­ve­ments du tho­rax et de l’ab­do­men, la res­pi­ra­tion, la po­si­tion du corps ain­si que le taux d’oxygène dans le sang. Si on constate plus de 30 apnées par heure, il s’agit d’un syn­drome d’apnées du som­meil sé­vère. In­utile de pratiquer d’autres exa­mens, on passe au trai­te­ment. Entre 5 et 30 apnées par heure, la ma­la­die est bien là, mais il manque des don­nées. Pour ga­gner en pré­ci­sion, on lui fait pas­ser une po­ly­som­no­gra­phie.» Cette fois, c’est à l’hô­pi­tal que dort le ma­lade. Bar­dé d’élec­trodes, sa nuit est en­re­gis­trée sous toutes les cou­tures, y com­pris par le biais d’une ca­mé­ra pla­cée dans la chambre.

Ac­ti­vi­té élec­trique du cerveau, stades de som­meil, res­pi­ra­tion, mou­ve­ments ocu­laires, mou­ve­ments des jambes, du tho­rax et de l’ab­do­men, ni­veau d’oxygène… Grâce à ces don­nées pré­cises, le mé­de­cin va pou­voir éta­blir le nombre d’apnées par heure et la frag­men­ta­tion du som­meil.

Un masque pour dor­mir

Le trai­te­ment peut être pres­crit à par­tir de 15 apnées par heure si le som­meil est abî­mé. Deux solutions s’offrent alors au pa­tient. La pre­mière, par­ti­cu­liè­re­ment ef­fi­cace, consiste à dor­mir avec un masque et une pres­sion po­si­tive conti­nue (PPC), un ap­pa­reil qui pro­pulse de l’air pour gar­der le pha­rynx ou­vert. Les ré­sul­tats sont im­mé­diats. Mais il s’agit le plus sou­vent d’un trai­te­ment à vie. Si la per­sonne ne dort pas avec sa PPC une nuit, les apnées re­vien­dront au­to­ma­ti­que­ment. Autre so­lu­tion, le port d’une or­thèse d’avan­cée man­di­bu­laire. Cette gout­tière pla­cée dans la bouche fait

avan­cer la mâ­choire in­fé­rieure pen­dant le som­meil. Ce­la fonc­tionne moins bien mais peut être mieux to­lé­ré que le masque. Par ailleurs, et contrai­re­ment au masque, to­ta­le­ment pris en charge par la Sé­cu­ri­té so­ciale et la mu­tuelle, la mise en place d’une or­thèse ne l’est que par­tiel­le­ment (l’acte den­taire n’est pas rem­bour­sé). «Des re­cherches sont en cours pour ten­ter de dé­ve­lop­per une sorte de pa­ce­ma­ker qui per­met­trait de sti­mu­ler les muscles de la langue lors­qu’elle bas­cule en ar­rière au mo­ment de l’apnée. Mais, il ne faut pro­ba­ble­ment pas en at­tendre de mi­racles. D’au­tant que ce­la ne per­met­trait pas le re­pos du to­nus va­gal», pré­vient le Dr Le­rous­seau. Le port du masque et de la PPC est au­jourd’hui le trai­te­ment le plus ré­pan­du. Et s’il peut pa­raître contrai­gnant, les bé­né­fices sont ma­jeurs: des nuits plus belles, sans ron­fle­ment, moins de fa­tigue et de som­no­lence dans la jour­née… Et à terme, la pré­ven­tion de com­pli­ca­tions po­ten­tiel­le­ment graves. Mo­ti­vé?

(Pho­to Ax. T.)

L’hô­pi­tal d’An­tibes-Juan-les-Pins réa­lise en moyenne  po­ly­som­no­gra­phies par an.

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