Psy­chia­trie, auto-im­mu­ni­té…: les promesses du sang de cor­don

A l’ini­tia­tive de l’as­so­cia­tion «Cor­dons de vie», les cher­cheurs les plus en pointe dans le champ de l’uti­li­sa­tion thé­ra­peu­tique des cel­lules souches étaient réunis hier à Mo­na­co

Monaco-Matin - - Santé - NAN­CY CATTAN ncat­tan@ni­ce­ma­tin.fr 1. As­so­cia­tion pré­si­dée par Fa­bienne Mou­rou.

Ça bouge à une telle vi­tesse que même les spé­cia­listes ont du mal à suivre ! » Ces pro­pos sont te­nus par l’une des pion­nières de l’uti­li­sa­tion thé­ra­peu­tique des cel­lules souches, le Pr Éliane Glu­ck­man, pré­si­dente du conseil scien­ti­fique de l’as­so­cia­tion mo­né­gasque « Cor­dons de vie » (1). En 1987, elle réa­li­sait la pre­mière greffe mon­diale de cel­lules souches du cor­don om­bi­li­cal, qui per­met­tait d’ob­te­nir la gué­ri­son d’un en­fant de 6 ans at­teint d’ané­mie de Fan­co­ni (ma­la­die hé­ré­di­taire de la moelle os­seuse). De­puis, plus de 15000 greffes de ce type ont été réa­li­sées dans le monde chez des en­fants, puis chez des adultes, souf­frant de ma­la­dies san­guines et de leu­cé­mies. Ces greffes ont no­tam­ment per­mis de gué­rir des pa­tients souf­frant de dré­pa­no­cy­tose : une af­fec­tion grave, liée à une ano­ma­lie de l’hé­mo­glo­bine, et sur la­quelle les équipes du Pr Glu­ck­man, ins­tal­lées pour par­tie au sein du Centre scien­ti­fique de Mo­na­co, tra­vaillent de­puis des an­nées.

Pas de pro­blème de com­pa­ti­bi­li­té

Hier, l’as­so­cia­tion « Cor­dons de vie » réunis­sait à Mo­na­co les cher­cheurs par­mi les plus en pointe dans le do­maine des cel­lules souches (adultes et is­sues du cor­don), ceux qu’elle a choi­si de sou­te­nir dans leurs re­cherches. «Nous avons sé­lec­tion­né les re­cherches sus­cep­tibles d’abou­tir à des es­sais cli­niques dans un dé­lai de 5 ans», note le Pr Glu­ck­man, avant d’en faire une syn­thèse. « Des tra­vaux ré­cents (des Drs Cap­pel­li, à Mo­na­co et Rug­ge­ri à Pa­ris) montrent que la greffe de sang de cor­don, même in­com­pa­tible, fonc­tionne aus­si bien que la greffe de moelle os­seuse com­pa­tible, chez les en­fants comme les adultes. Ces re­cherches ont des ré­per­cus­sions ma­jeures, dans la me­sure où l’on dis­pose de banques de cor­dons ca­pables de sa­tis­faire plus de 80% des be­soins

en greffe pour trai­ter des leu­cé­mies, des myé­lomes et, de fa­çon gé­né­rale, toutes les hé­mo­pa­thies ma­lignes. Quand un pa­tient est en at­tente de greffe, on ne peut plus op­po­ser que la greffe n’est pas pos­sible faute de don­neur.» Des pro­pos as­sé­nés avec force, l’uti­li­sa­tion du sang de cor­don res­tant, mal­gré ces don­nées, très in­suf­fi­sante en France.

Des trai­te­ments contre l’au­tisme

Autre champ ma­jeur d’ap­pli­ca­tion des cel­lules souches, beau­coup moins connu : l’im­mu­no­psy­chia­trie, dont l’une des meilleures spé­cia­listes est le Pr Ma­rion Le­boyer, de l’Institut Mon­dor de re­cherche bio­mé­di­cale. «C’est un do­maine très nou­veau; on a com­men­cé à s’y in­té­res­ser il y a 5 ans, lorsque l’on a dé­cou­vert que cer­taines ma­la­dies psy­chiques étaient as­so­ciées à des ano­ma­lies in­flam­ma­toires dans le cerveau.» Par­mi ces ma­la­dies, l’au­tisme, la schizophrénie, la bi­po­la­ri­té ou en­core la dé­pres­sion grave. «Nous sommes tous por­teurs de ré­tro­vi­rus en­do­gènes dans le cerveau. Une in­fec­tion ba­nale pen­dant la gros­sesse (grippe, toxo­plas­mose…) pour­rait ré­ac­ti­ver ces vi­rus en­do­gènes, in­dui­sant la fa­bri­ca­tion d’an­ti­corps qui pas­se­raient chez le foe­tus. À cô­té des fac­teurs gé­né­tiques et en­vi­ron­ne­men­taux, ces an­ti­corps pour­raient ex­pli­quer 10 à 20% des pa­tho­lo­gies que j’ai ci­tées.» Des es­sais cli­niques ont d’ores et dé­jà été lan­cés aux États-Unis uti­li­sant des cel­lules souches mé­sen­chy­ma­teuses, is­sues de cor­don om­bi­li­cal, aux pro­prié­tés im­mu­no­mo­du­la­trices et anti-in­flam­ma­toires. « Les ré­sul­tats montrent une amé­lio­ra­tion des symp­tômes chez des per­sonnes souf­frant d’au­tisme, mais rien ne peut en­core être conclu, s’agis­sant de phases 1 (pré­coces)», tem­père le Pr Glu­ck­man. Plus spec­ta­cu­laires en­core se­raient les ré­sul­tats ob­te­nus sur cer­taines ma­la­dies auto-im­munes, en par­ti­cu­lier la sclé­ro­der­mie (ca­rac­té­ri­sée par le dur­cis­se­ment de la peau), le lu­pus et sur­tout le dia­bète (re­cherche du Pr D. Farge, à Pa­ris). «Des es­sais cli­niques ont dé­mar­ré qui as­so­cient des cel­lules mé­sen­chy­ma­teuses

is­sues de cor­don om­bi­li­cal, et des im­mu­no­sup­pres­seurs. Les ré­sul­tats sont très pro­met­teurs.» En­fin, et c’est dans cette ap­pli­ca­tion que les cel­lules souches sont le plus at­ten­dues, la médecine ré­gé­né­ra­tive fait elle aus­si de grands bonds en avant. Cette stra­té­gie thé­ra­peu­tique vise à ré­pa­rer une lé­sion ou un or­gane grâce à des cel­lules souches qui vont se dif­fé­ren­cier pour rem­pla­cer les cel­lules dé­faillantes. «Le Pr Re­bul­la, à Mi­lan, a éla­bo­ré à par­tir de pro­duits du cor­don om­bi­li­cal, un col­lyre ex­trê­me­ment ef­fi­cace contre la conjonc­ti­vite. Mais il étu­die éga­le­ment l’ef­fet de ces pro­duits sur la cys­tite hé­mor­ra­gique, les brû­lures et les ul­cères des jambes dont souffrent les dia­bé­tiques. Ils semblent don­ner d’ex­cel­lents ré­sul­tats, et l’hô­pi­tal de Mo­na­co de­vrait par­ti­ci­per aux es­sais en cours.» De plus en plus, les cel­lules souches hu­maines ap­pa­raissent comme une source in­ta­ris­sable de pro­duits de san­té aux in­di­ca­tions mul­tiples. L’Homme ne se­rait-il ain­si ja­mais mieux soi­gné que par Lui-même!

«Des es­sais cli­niques d’ici à cinq ans» Pr Éliane Glu­ck­man

(DR)

En rouge, une cel­lule souche, at­ta­quée par un lym­pho­cyte (en jaune).

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