Re­cherche

Cet or­gane com­plexe et mys­té­rieux, su­jet du con­grès Neu­ro­pla­nète qui s’est dé­rou­lé la se­maine der­nière à Nice, est ca­pable de nous trom­per et d’in­duire de fausses per­cep­tions

Monaco-Matin - - Santé -

Le sou­ve­nir em­bel­lit. » Qui ne s’est pas vu ré­pondre cette phrase en ra­con­tant un évé­ne­ment pas­sé avec em­phase. Car par­fois, notre cerveau nous joue des tours. En­jo­live des ex­pé­riences, voire nous fait croire que l’on en a vé­cues, alors que ce n’est pas le cas. En réa­li­té, tout s’ex­plique scien­ti­fi­que­ment. Notre cerveau est sou­mis à une mul­ti­tude d’in­for­ma­tions. Et chaque in­di­vi­du va les trai­ter dif­fé­rem­ment. Une scène vé­cue par deux per­sonnes peut être en­core très claire des an­nées après pour l’une, mais pas pour l’autre. « La mé­moire n’est pas seule­ment consti­tuée des in­for­ma­tions ré­cu­pé­rées ; c’est aus­si la fa­çon dont on va s’en ser­vir qui va faire qu’elle est bonne ou pas », ex­plique le Pr Phi­lippe Ro­bert, psy­chiatre et di­rec­teur de l’Institut Claude Pom­pi­dou de Nice.

Faux sou­ve­nir, vraies ré­per­cus­sions

«Ces mé­ca­nismes peuvent être al­té­rés dans un cer­tain nombre de pa­tho­lo­gies. Par exemple, il y a une sta­tue dans l’en­trée de l’institut. Il est ar­ri­vé qu’un pa­tient souf­frant d’Alz­hei­mer m’ex­plique, en la voyant, qu’il est ve­nu il y a une di­zaine d’an­nées. Or l’éta­blis­se­ment n’a que deux ans. Ce­la s’ex­plique: son cerveau a pris l’in­for­ma­tion vi­suelle de son en­vi­ron­ne­ment et s’en est ser­vi. La mé­moire se nour­rit de dé­tails très concrets. Ain­si, la mé­moire peut être biai­sée par un ex­cès d’in­for­ma­tions: ce­la peut conduire à une dis­tor­sion du sou­ve­nir… voire à un faux sou­ve­nir.» Des ré­mi­nis­cences d’ex­pé­riences pour­tant pas réelles qui peuvent al­ler jus­qu’à en­gen­drer des ef­fets phy­sio­lo­giques. « Si un “faux sou­ve­nir” fait ré­fé­rence à quelque chose en re­la­tion avec le corps, on sait que le pro­ces­sus cog­ni­tif peut avoir une ré­per­cus­sion di­recte sur ce que le su­jet peut res­sen­tir», in­dique le Pr Ro­bert.

Contrô­ler pour mieux soi­gner

Le cerveau peut donc se trom­per. Mais on peut aus­si trom­per le cerveau. Ana­tole Le­cuyer, di­rec­teur de re­cherche à l’Inria (Institut na­tio­nal de re­cherche en in­for­ma­tique et en au­to­ma­tique) a ain­si re­mar­qué que l’on pou­vait créer des illu­sions avec la réa­li­té vir­tuelle. Par exemple, en por­tant un casque sur la tête avec des images pro­je­tées, on peut res­sen­tir par exemple une sen­sa­tion de dé­pla­ce­ment si les images bougent. Mais le cher­cheur a sur­tout mis en évi­dence qu’il était pos­sible de contrô­ler son cerveau. Un es­sai cli­nique est en cours pour ten­ter d’en dé­mon­trer l’in­té­rêt thé­ra­peu­tique pour des pa­tho­lo­gies telles que les dé­fi­cits d’at­ten­tion ou la dé­pres­sion. Con­crè­te­ment, le su­jet porte un casque équi­pé de cap­teurs qui va ma­té­ria­li­ser sur un écran les ondes al­pha en­re­gis­trées par le cerveau. Le but est de par­ve­nir à faire « bou­ger » ces ondes en se concen­trant sur l’image qu’elles re­pré­sentent sur un écran d’or­di­na­teur. De nom­breux tra­vaux sont en cours à tra­vers le monde. Mais il y a fort à pa­rier que le cerveau ne se lais­se­ra pas mettre à nu si fa­ci­le­ment. L’ave­nir est donc pro­met­teur car le champ des ap­pli­ca­tions thé­ra­peu­tiques po­ten­tielles est im­mense.

Le Pr Phi­lippe Ro­bert ex­plique que la mé­moire peut être biai­sée par un trop grand nombre d’in­for­ma­tions.

Newspapers in French

Newspapers from Monaco

© PressReader. All rights reserved.