Une apai­sante épreuve

Les fa­milles de vic­times, leurs proches, les bles­sés, ont as­sis­té avec di­gni­té à l’hom­mage. Entre souf­france ra­vi­vée et sou­la­ge­ment d’une uni­té na­tio­nale af­fi­chée et ren­for­cée

Monaco-Matin - - 14-juillet L’hommage National - STÉ­PHA­NIE GASIGLIA sga­si­glia@ni­ce­ma­tin.fr

Des mains qui seule­ment se frôlent. Une tête à peine po­sée sur une épaule. Des lu­nettes noires que l’on garde comme rempart dé­ri­soire à l’émo­tion qui monte. Et qui dé­bor­de­ra, de toute fa­çon. La tri­bune dé­diée aux fa­milles de vic­times et aux bles­sés était ba­layée par le so­leil, hier ma­tin. Et écra­sée par l’émo­tion. Une tri­bune ins­tal­lée face au pu­pitre du­quel Fran­çois Hol­lande s’est adres­sé à la Na­tion. S’est adres­sé à eux. Ces hommes, ces femmes, ces en­fants, fi­gés dans la tristesse et condam­nés au manque. Ils s’étaient tous pré­pa­rés à cette nou­velle épreuve. Car, oui, cet hom­mage na­tio­nal en était une. Une de plus. Utile, né­ces­saire, at­ten­due. Mais si dou­lou­reuse.

«Im­pos­sible d’être ailleurs»

«Je ne sais pas si je de­vais vrai­ment être là ou pas. Je ne sais pas si ce­la m’a fait du bien ou pas. Je sais juste que je ne pou­vais pas être ailleurs au­jourd’hui, et tant pis si ça a rou­vert des plaies que j’es­saie de pan­ser de­puis trois mois», lâche Phi­lippe, bles­sé lors de l’at­ten­tat. «Bien sûr que c’était dif­fi­cile, mais ça a fait du bien. Les mots du pré­sident ont été apai­sants, fra­ter­nels, ras­sem­bleurs. Pour nous, l’hom­mage du Pré­sident, c’est l’hom­mage de la France, et nous sommes fran­çais avant tout. Au-de­là de la cé­ré­mo­nie, Fran­çois Hol­lande a eu le cou­rage et la pa­tience de nous re­ce­voir tous. Il y a mis tout son coeur, et ça aus­si, ça fait du bien», confie Ali Char­ri­hi, le fils de Fa­ti­ma Char­ri­hi, la pre­mière vic­time de la bar­ba­rie, ce soir-là.

Chaque nom comme une épine dans le coeur

À chaque rose blanche pi­quée sur le mé­mo­rial éphé­mère, à chaque nom qui a cla­qué dans le ciel, les coeurs se sont ser­rés da­van­tage. «C’était comme 86 épines qui s’en­fon­çaient en moi», chu­chote Sonia. Elle ajoute, dans un souffle: «J’ai In­tense émo­tion pour l’en­tou­rage des vic­times, comme ci-des­sus Cin­dy Pel­le­gri­ni, qui a per­du six membres de sa fa­mille.

en­fin ac­cep­té d’en­tendre leurs noms.» Sonia couve des yeux sa fille. Em­ma, de­bout et sou­riante. Vi­vante. Sur­vi­vante. Elle a été vio­lem­ment per­cu­tée par le ca­mion, le 14 juillet. Trois autres membres de sa fa­mille n’ont pas sur­vé­cu. «Cette cé­ré­mo­nie m’a apai­sée. Plus qu’au Va­ti­can. C’était une belle cé­ré­mo­nie. Je suis heu­reuse d’avoir fait le voyage du Ga­bon pour rendre ce der­nier hom­mage à ma ma­man, ma tante et mon beau-frère, et à toutes les autres vic­times», confesse en­core Sonia.

La triste co­lère de Mar­gaux

Un peu plus loin, il y a Mar­gaux. Dans son coeur, dans ses tripes, ce sont d’autres sen­ti­ments qui se bous­culent. Pen­dant la cé­ré­mo­nie, elle a bran­di, sans flan­cher, la pho­to

de sa fille, en di­rec­tion de la tri­bune des of­fi­ciels. Puis en di­rec­tion de Fran­çois Hol­lande. «Je suis en co­lère quand je vois au­tant de po­li­ciers au­jourd’hui! S’ils avaient été aus­si nom­breux le 14 juillet, ma fille se­rait tou­jours là. Je ne suis même pas émue par ce que j’ai vu et en­ten­du. J’ai été bien plus tou­chée quand nous avons ren­con­tré le pape. Je suis en co­lère contre cette clique des po­li­tiques. Ils disent qu’ils nous aident? Mais on est trim­bal­lé de gauche à droite. La dif­fi­cul­té des pro­cé­dures s’ajoute à la peine d’avoir per­du un en­fant », lâche-t-elle froi­de­ment, en ser­rant si fort le por­trait de sa fille.

«Une cé­ré­mo­nie poi­gnante et juste»

Sé­bas­tien, le sau­veur d’Em­ma, est, lui, sub­mer­gé par l’émo­tion. Il ne

s’y at­ten­dait pas. Lui, qui a pas­sé sa nuit au mi­lieu des ca­davres, en ser­rant la main de cette fillette qu’il ne connais­sait même pas. «Je ne pen­sais pas que cette cé­ré­mo­nie se­rait aus­si poi­gnante et juste. C’était tel­le­ment dur d’en­tendre les âges des vic­times. Je pense que nous étions à notre place, ici pour rendre cet hom­mage.» Au loin, Fran­ka, Ni­çoise d’ori­gine al­le­mande, s’ap­puie sur sa canne pour quit­ter la col­line du Châ­teau. Elle a eu les os de la jambe bri­sés. Fran­ka se re­met. Et son sou­rire est une thé­ra­pie. Un dé­fi. «Je suis chan­ceuse. Je suis vi­vante. Je de­vais être pré­sente à l’hom­mage. Nous, nous al­lons vivre avec le sou­ve­nir de cette nuit-là. Les autres doivent vivre tout court.»

Em­ma, qui a été per­cu­tée par le ca­mion et dont la fa­mille a été du­re­ment tou­chée, a pas­sé un mo­ment avec le Pré­sident.

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