«Être là, c’est être au­près de tous ceux qui souffrent»

Plu­sieurs cen­taines de Ni­çois se sont re­cueillis de­vant le mé­mo­rial du kiosque à mu­sique au jar­din Al­bert-Ier, hier ma­tin, pen­dant que l’hom­mage na­tio­nal se dé­rou­lait sur la col­line du Châ­teau

Monaco-Matin - - 14-juillet L’hommage National - LAURE BRUYAS lbruyas@ni­ce­ma­tin.fr

Une rose blanche, un dra­peau bleu-blanc-rouge et des larmes. Hier ma­tin, de­vant le kiosque à mu­sique du jar­din Al­bert-Ier, des cen­taines de Ni­çois et de tou­ristes se re­cueillent. Ils res­tent quelques mi­nutes, par­fois plus, dans un si­lence in­fi­ni et une in­fi­nie tristesse. Valérie s’age­nouille de­vant le mé­mo­rial. Les pe­luches sont en­core trem­pées de la pluie di­lu­vienne de la veille, les bou­gies noyées, leur flamme éteinte. Les mes­sages d’es­poir ont pris l’eau. Valérie pleure en si­lence, sou­te­nue par son amie, Na­dia. C’est la pre­mière fois qu’elle re­vient sur la Pro­me­nade de­puis l’at­ten­tat. «C’est dur, san­glote-t-elle dou­ce­ment. Le soir du 14 juillet, on était en ter­rasse, on était à 50 mètres du ca­mion, on s’est ré­fu­giés dans le res­tau­rant. On a eu de la chance. De­puis, je ne cesse de pen­ser à tous ceux qui n’ont pas eu notre chance, à toutes ces mères qui ont per­du leurs en­fants… Je n’ar­ri­vais plus à re­ve­nir ici. Mais au­jourd’hui, il fal­lait que je vienne». Elle va­cille un peu. Et ré­pète: «Il fal­lait être là…»

« Il n’est ja­mais trop tard »

« Être là, c’est pas grand-chose. Mais c’est être au­près d’eux, au­près des fa­milles. C’est être au­près de tous ceux qui souffrent, de tous ceux qui sont dans le déses­poir », souffle Fa­ti­ma. Droite comme un «i» de­vant le mau­so­lée, une rose blanche à la main, elle est ve­nue avec Jean-Ma­rie. « Être là, conti­nue-t-elle, c’est leur dire qu’il ne faut pas avoir peur, qu’il y a de l’es­pé­rance… » Son com­pa­gnon ren­ché­rit: «L’amour est plus fort que la haine, qui que nous soyons, quelle que soit notre culture ou notre re­li­gion.» Fa­ti­ma se signe. Ha­men ne croit pas au même Dieu mais il croit en la même France. Il passe, un im­mense dra­peau bleu­blanc-rouge flot­tant dans son sillage. Et le dra­peau tu­ni­sien sur son sweat. Il est ve­nu «rendre hom­mage, par­ta­ger nos sen­ti­ments, c’est comme si des gens de notre fa­mille étaient par­tis… Cet hom­mage, c’était bien de le faire, même trois mois après. Il n’est ja­mais trop tard, ça res­te­ra dans les mé­moires. »

«On doit se res­pec­ter»

À cô­té de lui, Yan­nick es­père que « cet hom­mage, rat­tra­pe­ra la pi­toyable mi­nute de si­lence du 18 juillet. Il fau­drait que les po­li­tiques ar­rêtent de se bouf­fer le nez, avec cette ob­ses­sion de tou­jours cher­cher des cou­pables ! ». « Cou­pables, le re­gard des gens nous le dit tous les jours, s’in­quiète Far­ri­da. On est cou­pables de por­ter le voile, cou­pables dé­sor­mais d’être mu­sul­mans ». Elle prie pour que « la mé­fiance et la haine ne l’em­portent pas». An­dré s’avance en fau­teuil rou­lant. Il a 94 ans et un mes­sage : « Il faut mar­quer le coup et dire que la vie est à tout le monde, on doit se res­pec­ter».

Les Ni­çois se sont re­cueillis de­vant le mé­mo­rial au jar­din Al­bert-Ier, hier ma­tin.

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