Mi­grants : un peu de ré­pit avant l’ex­pul­sion

De­puis lun­di soir, une soixan­taine de ré­fu­giés oc­cupe illé­ga­le­ment un ter­rain pri­vé de SaintDal­mas-de-Tende. La SNCF a por­té plainte et dé­po­sé une pro­cé­dure en ré­fé­ré au­près du TGI

Monaco-Matin - - La Une - STÉ­PHA­NIE WIÉLÉ swiele@ni­ce­ma­tin.fr 1. Le mou­ve­ment est sou­te­nu par la Co­or­di­na­tion des co­mi­tés de sou­tien aux mi­grants Pa­ca, la LDH-PA­CA, Am­nes­ty In­ter­na­tio­nal, le MRAP 06, La Ci­made 06, RESF06, ADN (As­so­cia­tion pour la dé­mo­cra­tie­ni­çoise),Ha­bi­ta­tetCi­toye

L’es­pace d’un ins­tant, ils ont ou­blié le lourd pé­riple pour une exis­tence pai­sible dans la Roya. Hier, les ré­fu­giés du camp d’ac­cueil illé­gal de Saint-Dal­masde-Tende ont par­ta­gé une par­tie de foot­ball avec un groupe de col­lé­giens de la val­lée. Des rires à gorge dé­ployée et une conni­vence à de­mi-mot entre jeunes joueurs. Une vé­ri­table res­pi­ra­tion pour la ving­taine de mi­neurs étran­gers iso­lés du camp. De­puis lun­di soir, ils sont une soixan­taine de mi­grants – pour la ma­jo­ri­té d’ori­gine éry­thréenne – à avoir in­ves­ti illé­ga­le­ment un « lieu d’ac­cueil hu­ma­ni­taire de tran­sit » sur le centre de va­cances désaf­fec­té « Les Lu­cioles» ap­par­te­nant à la SNCF. Cette oc­cu­pa­tion est por­tée par un col­lec­tif d’as­so­cia­tions(1) dont «Roya Ci­toyenne » qui dé­nonce un «af­flux sans pré­cé­dent de ré­fu­giés en dé­tresse de­puis la fer­me­ture des fron­tières par la France. Il faut ab­so­lu­ment qu’un lieu d’ac­cueil soit créé», ré­sume l’un des membres de «Roya Ci­toyenne».

La SNCF in­quiète pour la sé­cu­ri­té

Mar­di soir, la SNCF a con­fir­mé qu’elle avait por­té plainte au­près de la gen­dar­me­rie de Breil-sur-Roya pour cette in­tru­sion sur son do­maine. Elle a éga­le­ment sai­si le tri­bu­nal de grande ins­tance en ré­fé­ré. «Nous sommes sur­tout très in­quiets pour la sé­cu­ri­té des oc­cu­pants. Le bâ­ti­ment est in­ha­bi­té de­puis des an­nées», sou­ligne Ivan Bel­lais, at­ta­ché de presse ré­gio­nal de la SNCF. La bâ­tisse aux vo­lets éven­trés et à l’odeur de re­mugle n’a en ef­fet ni eau ni élec­tri­ci­té. Le col­lec­tif d’as­so­cia­tions at­tend main­te­nant la dé­ci­sion du juge. Dès que le ré­fé­ré se­ra en­re­gis­tré par le TGI, il fau­dra comp­ter 24 heures avant que l’ordre d’ex­pul­sion n’in­ter­vienne. La pa­ren­thèse en­chan­tée, sous les mar­ron­niers oran­gés, pour­rait donc s’ache­ver dans les heures pro­chaines… En­cer­clés par une di­zaine de gen­darmes, les ré­fu­giés pro­fitent de ce mo­ment de ré­pit pour re­prendre des forces. « Ici, on re­trouve un sem­blant de nor­ma­li­té, té­moigne un jeune Éry­thréen à la veste ef­fran­gée. Âgé de 19 ans, l’ado­les­cent a quit­té son pays il y a deux ans. «J’ai­me­rais re­joindre ma femme et mon frère à Pa­ris. J’ai es­sayé de pas­ser la fron­tière fran­çaise sept fois en train. Je suis épui­sé mais je garde es­poir…», ex­pli­quet-il, le vi­sage zé­bré de ci­ca­trices et la pru­nelle d’un noir brillant. Près de lui, des mi­grants ont une lé­gère clau­di­ca­tion. Cer­tains ont été frô­lés par des balles au Sou­dan. Près du feu, ils changent leurs pan­se­ments avec l’aide de mé­de­cins. Spon­ta­né­ment, des ha­bi­tants des val­lées sont ve­nus pro­po­ser leur aide comme Anne Sim­so­lo. « J’es­saie de voir si cer­tains ont be­soin d’ha­bits ou de nour­ri­ture. C’est ma res­pon­sa­bi­li­té de ci­toyenne. Je ne peux pas fer­mer les yeux sur cette tra­gé­die…»

Bras de fer entre élus et as­so­cia­tions

Du cô­té des membres de « Roya Ci­toyenne », on fait les cent pas, le té­lé­phone vis­sé à l’oreille. L’ex­pul­sion pro­chaine les ob­sède. Et les pro­pos d’élus les scan­da­lisent. «Cer­tains mots sont ignobles!» dé­nonce Georges Mar­cel Faye, membre de «Roya Ci­toyenne» (lire Ni­ce­Ma­tin d’hier). Dans la jour­née d’hier, le col­lec­tif a ré­di­gé une lettre de ré­ponse. «Eric Ciot­ti parle de mi­grants sans droit ni titre. Pour les mi­neurs, leur ac­cueil est pré­vu par les conven­tions in­ter­na­tio­nales si­gnées par la France. Quant aux Éry­thréens, leur droit d’asile est évident et re­con­nu», peut-on lire dans le com­mu­ni­qué. Concer­nant les pro­pos te­nus par la conseillère ré­gio­nale Pa­ca, Laurence Boet­ti-Fo­res­tier, le col­lec­tif évoque une « dé­cla­ra­tion conster­nante. Elle souffle sur de dou­teuses braises au lieu de concou­rir à la so­lu­tion de dou­lou­reuses si­tua­tions ». Pen­dant que les es­prits s’échauffent, les mi­grants, eux, pa­tientent en si­lence. Le si­lence cruel du des­tin in­cer­tain.

(Pho­tos Jean-Fran­çois ot­to­nel­lo)

Ins­tal­lés dans le centre de va­cances désaf­fec­té « Les Lu­cioles », les mi­grants en pro­fitent pour se re­po­ser et re­prendre des forces dans un bâ­ti­ment in­oc­cu­pé, avec l’aide des membres du col­lec­tif d’as­so­cia­tions dont « Roya Ci­toyenne ».

La plu­part des mi­grants sont des mi­neurs étran­gers iso­lés. Pour ces ado­les­cents, une par­tie de foot­ball sym­bo­lise un ins­tant de la vie nor­male. Avant un re­tour vers la dure réa­li­té…

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