Au­tisme : si proches, si dif­fé­rents…

Ils évo­luent dans un monde qui nous est in­con­nu. Dans le cadre d’un col­loque or­ga­ni­sé par l’as­so­cia­tion Alexandre, une com­pa­gnie d’au­tistes a ac­cep­té de nous y convier

Monaco-Matin - - Santé - NAN­CY CATTAN ncat­tan@ni­ce­ma­tin.fr

Ils in­ter­rogent avec cette naï­ve­té qui nous fait tel­le­ment dé­faut. Ils chantent, ils jouent, ils dansent, ils ma­ni­festent leurs émo­tions sans fausse pu­deur. Ils abordent l’autre – quel que soit son rang so­cial, sa cou­leur ou son âge – avec la même fraî­cheur. Sans re­te­nue. Bien­ve­nue dans l’uni­vers des au­tistes. Un mon­deque la plu­part d’en­tre­nous ne connaît pas. Ou plus. Car il était pro­ba­ble­ment as­sez proche de ce­lui dans le­quel nous évo­luions lorsque nous étions en­core de très jeunes en­fants. Fra­giles, vul­né­rables, im­pré­vi­sibles, mais tel­le­ment forts de cette pos­si­bi­li­té alors of­ferte de créer des liens af­fran­chis de tout ju­ge­ment ré­duc­teur. Avons-nous la nos­tal­gie, plus ou moins consciente, de cette pa­ren­thèse en­chan­tée? Rê­vons­nous se­crè­te­ment d’une so­cié­té­dé­cloi­son­née ou­vrant le champ des pos­sibles? L’émo­tion que les per­sonnes au­tistes, en­fants ou adultes, font naître chez la­plu­part d’entre nous, pour­rait bien trou­ver sa source dans cette pué­ri­li­té en­fouie qu’ils nous forcent à re­gar­der.

L’as­so­cia­tion Alexandre, et sa pré­si­dente, Bri­gitte Pu­gnière ( 1), or­ga­ni­saient ce mois-ciàVille­france-sur-Mer, avec le plein sou­tien de son maire, Ch­ris­to­pheT­ro­ja­ni, les 8e ren­contres au­tour de l’au­tisme, in­ti­tu­lées « Au­jourd’hui et se­main, De l’Émo­tion, du Scien­ti­fique au cultu­rel ». Deux jour­nées pas­sion­nantes, pro­po­sant une sé­rie de do­cu­men­taires abor­dant l’au­tisme sous tous ses angles.

Le Pa­po­tin, jour­nal « aty­pique »

Pas­sons sur les as­pects scien­ti­fiques, et plon­geons dans l’uni­vers du cultu­rel avec les Pa­po­tins et les Tur­bu­lents, in­vi­tés à ja­lon­ner ces jour­nées de haltes en­ivran­tes­de­vie. Pré­sen­ta­tion.

Les Pa­po­tins ( 2), c’est une cin­quan­taine de per­sonnes au­tistes de tous âges– mais pré­fé­rant se re­ven­di­quer comme « aty­piques » – qui se réunissent tous les mer­cre­dis­de­puis 30 ans, au­tour de Driss El Kes­ri, pour pré­pa­rer la ré­dac­tion du jour­nal épo­nyme, Le Pa­po­tin. Sans langue de bois – ils se­raient bien in­ca­pables de la pra­ti­quer –, di­rects et dés­in­hi­bés, ils abordent tous les su­jets, ceux-là même qui concernent : l’amour, la mort, la po­li­tique. Entre eux, mais aus­si avec les cé­lé­bri­tés qu’ils ac­cueillent ré­gu­liè­re­ment. Des stars du show­biz, des in­tel­lec­tuels, des per­son­na­li­tés du monde re­li­gieux, mais aus­si des po­li­ti­ques­qui à leur contact, en perdent leur lan­gue­de­bois. Ex­traits de leur ren­contre avec Ni­co­las Sar­ko­zy.

Sé­bas­tien : Est-ce que vous avez un ani­mal de com­pa­gnie comme un chien ou un chat?

N. S. : On a un chat – comme ça, on évite d’avoir des sou­ris à la mai­son – et on a un pe­tit chien de­puis 8 ans, et il n’a tou­jours pas ap­pris qu’il fal­lait faire pi­pi de­hors. Il conti­nue à le faire dans mon bu­reau, je ne sais pas pour­quoi.

Ca­thy : J’au­rais vou­lu sa­voir pour­quoi vous en faites plus des HLM pour sau­ver les gens qui sont dans la rue.

N. S. : Il n’y en a pas as­sez, pour vous?

Ca­thy : Non, je trouve ça in- juste. N. S. : Il faut en cons­truire da­van­tage. Est-ce que la so­lu­tion, c’est faire des HLM par­tout? On peut en dis­cu­ter. [...]

Gré­go­ry : Est-ce que vous avez tou­jours des co­pains, des co­pines, beau­coup d’amis, des se­cré­taires?

N. S. : J’ai beau­coup de co­pains. Je fais at­ten­tion avec les co­pines, à cause de ma femme. Jacques Chi­rac, Cé­cile Du­flot, Si­mone Veil, Sté­phane Hes­sel, Marc La­voine (le­par- rain fi­dèle de l’as­so­cia­tion, et sou­tien in­con­di­tion­nel), Jacques At­ta­li, Clai­reC­ha­zal ou en­co­reMa­lek Boutih... ils ont été des di­zai­nesà s’être– de bon coeur – « fait cui­si­ner » par ces jour­na­listes pas tout à fait comme les autres (c’est peut-être la clé de leur suc­cès!). Au­tant d’in­ter­views dé­li­cieuses et dé­con­cer­tantes de sin­cé­ri­té, d’hu­mour et d’in­ven­ti­vi­té.

Sous les cha­pi­teaux, les Tur­bu­lents!

On peut être un­pro­fes­sion­nel de santé fré­quen­tant de­puis des an­nées la ma­la­die men­tale, un po­li­tique rom­pu au contrôle de ses émo­tions, un ac­teur ar­pen- tant tous les jours le champ du sa­ni­taire et du so­cial, on ade grandes dif­fi­cul­tés à re­te­nir ses larmes face aux Tur­bu­lents of­frant un spec­tacle de chant, de danse ou de mu­sique. Au-de­là des ta­lents in­di­vi­duels, c’est la sin­cé­ri­té de chaque note, de chaque mou­ve­ment du corps, de chaque ex­pres­sion qui si­dèrent. Née en 1992 de la ren­contre entre deux hommes, Phi­lippe Du­ban, met­teur en scène et psy­cho­logue, et Ho­ward Bu­ten, alias le clown Buf­fo, au­teur du cé­lèbre Quand j’avais 5 ans, je m’ai tué, l’as­so­cia­tion Tur­bu­lences! est une com­pa­gnie de re­cherche théâ­trale, vo­cale et de lan­gage mul­ti­mé­dia. Sa par­ti­cu­la­ri­té tient à ses membres (tous sa­la­riés) : ils souffrent de troubles de la com­mu­ni­ca­tion, no­tam­ment d’au­tisme. Mais, ils n’en ont pas moins des ta­lents que des pro­fes­sion­nels aguer­ris ont réus­si à dé­bus­quer. Et ce­qu’ils nous pro­posent est sans doute ma­gni­fié parce qu’ils sont. Ils ne ba­dinent pas. Et ça se voit au­tant que ça s’en­tend. 1. As­so­cia­tion Alexandre.16, bou­le­vard Al­sace-Lor­raine, à Beau­lieu-sur-Mer. Tél. : 06.75.41.83.16. 2. Ces ren­contres sont ou­vertes à tout le monde et se tiennent ré­gu­liè­re­ment à la Mai­son des mé­tal­los à Pa­ris. Plus de ren­sei­gne­ment sur : www.le­pa­po­tin.org 3. www.tur­bu­lences.eu

Sans langue de bois, di­rects et dés­in­hi­bés

(Pho­to Mai­rie de Ville­franche-sur-Mer)

Les Tur­bu­lents, in­vi­tés par l’as­so­cia­tion Alexandre, se sont pro­duits à la ci­ta­delle de Ville­franche- sur-Mer.

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