La fièvre de tous les soirs

Monaco-Matin - - Détente -

En­fant, je me dé­gui­sais vo­lon­tiers en gar­dien de la paix grâce à une pa­no­plie où une belle cape voi­si­nait avec un bâ­ton blanc lu­mi­neux. Au­jourd’hui, la paix a dis­pa­ru et les gar­diens sont frap­pés par une nou­velle ma­la­die pro­fes­sion­nelle bap­ti­sée « fièvre po­li­cière ». Cette fièvre n’ap­pa­raît pas seule­ment le sa­me­di soir mais presque tous les jours et dans la plu­part des villes où les ma­lades étaient jus­qu’à pré­sent char­gés du main­tien de l’ordre. Elle dé­clenche une hy­per­sen­si­bi­li­té crâ­nienne au point qu’on ne sup­porte pas plus les couvre-pe­tits- chefs ré­gle­men­taires que les mi­nistres dont on as­su­rait or­di­nai­re­ment la pro­tec­tion rap­pro­chée. A ceux qui souffrent de ce qu’on ne sau­rait nom­mer une af­fec­tion, la simple vue d’une co­carde tri­co­lore, d’un ké­pi étoi­lé ou ga­lon­né donnent des bou­tons voire un trem­ble­ment ma­nuel in­ter­di­sant tout sa­lut. Les vac­cins – à base de bonnes pa­roles et de pe­tites primes – qu’ad­mi­nistrent d’ha­bi­tude les at­ta­chées de pré­fec­ture ne par­viennent plus à ju­gu­ler l’épi­dé­mie. Il s’en­suit des exi­gences toutes plus folles les unes que les autres : une arme de ser­vice pour ren­trer chez soi ; la condam­na­tion des dé­lin­quants qu’on a ar­rê­tés. Il fal­lait s’y at­tendre. Quand on prive une ca­té­go­rie de ci­toyens, sé­lec­tion­nés par­mi les plus mé­ri­tants, du droit de ma­ni­fes­ter leurs mé­con­ten­te­ments, au moins faut-il

s’éver­tuer à les sa­tis­faire.

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