Ky­lian Mbap­pé, la pé­pite de l’AS Mo­na­co

Im­pli­qué sur trois des six buts de l’AS Mo­na­co face à Mont­pel­lier, Ky­lian Mbap­pé a fait du bruit sur la pe­louse du Louis-II. A 17 ans, la pé­pite lo­cale est dé­jà en avance. Et ce n’est pas fi­ni

Monaco-Matin - - La Une - MA­THIEU FAURE

Les vain­queurs l’écrivent, les vain­cus racontent l’his­toire » . Ce cou­plet de « 92i Vey­ron » , titre du cé­lèbre rap­peur Boo­ba, pour­rait par­fai­te­ment ré­su­mer le dé­but de car­rière to­ni­truant de Ky­lian Mbap­pé, 17 ans, et im­pli­qué sur trois des six buts de son équipe contre Mont­pel­lier, ven­dre­di soir (6-2). La­chan­son de l’an­cien rap­peur de Lu­na­tic, qui fait au­jourd’hui car­rière en so­lo, n’est d’ailleurs pas une in­con­nue dans la vie du jeune Mo­né­gasque. Cet été, lors du sacre desU19 fran­çais lors du cham­pion­nat d’Eu­rope, la chan­so­né­tait de­ve­nue l’hymne of­fi­cieux de cette bande de co­pains. Un ins­tant im­mor­ta­li­sé dans le do­cu­men­taire « Pe­tits frères » , dif­fu­sé sur la chaîne L’Equipe en dé­but de mois. Là, au mi­lieu des JeanKe­vin Au­gus­tin (Pa­ris-SG), Is­sa Diop (Tou­louse), Lu­cas Tou­sard (Lyon), Lu­do­vic Blas (Guin­gamp) ou Amine Ha­rit (Nantes), Ky­lian Mbap­péa­bluf­fé son monde. D’au­tant que le joueur de l’AS Mo­na­co, né en 1998, était sur­clas­sé avec les 1997. C’est dire la­ma­tu­ri­té­phy­sique et tac­tique du gar­çon.

Le geste juste au bon mo­ment

Ven­dre­di soir, il a joué en pointe avec Fal­cao, de douze ans son aî­né, sans don­ner l’im­pres­sion d’être stres­sé. « Il est très ma­ture pour son âge, dé­taille Fré­dé­ric Ba­ri­la­ro, res­pon­sa­bledes U19 mo­né­gasques et à l’ori­gine de l’ar­ri­vée du joueur en Prin­ci­pau­té en 2013. Comme tous les grands joueurs, il a sou­vent le geste juste au bon mo­ment. Sur son but, il­met la tê­tea­lors que c’est son point faible, je le cham­brais sou­vent là-des­sus d’ailleurs. Je me suis bat­tu du­rant sa for­ma­tion pour qu’il mette par­fois la tête. Contre Mont­pel­lier, c’était le geste juste. C’est la­marque des grands. Il me fait pen­ser à Thier­ry Hen­ry dans le po­ten­tiel. » Un pa­ral­lèle que Ky­lian Mbap­pé n’a pas man­qué d’imi­ter en ef­fa­çant deux re­cords de pré­co­ci­té de «Ti­ti» (voir chiffres). Avec le jeu­neKy­lian, tout est ques­tion de pré­co­ci­té. Alors qu’il dé­bu­teàBon­dy, où­son pè­reWil­fried est tou­jours for­ma­teur, Mbap­pé fait tour­ner les têtes de tous les re­cru­teurs eu­ro­péens. Dans ce pe­tit club de la ban­lieue Est de Pa­ris, Mbap­pé fait équi­pea­vec Jo­na­than Ikone, né en 1998 aussi, et au­jourd’hui pro­fes­sion­nel au Pa­ris-SG où Unai Eme­ry lui a don­né sa pre­mière ti­tu­la­ri­sa­tio­nenLigue 1 la­se­maine der­nière. Mbap­pé est tel­le­ment pré­coce qu’il est convoi­té par l’Eu­ro­peen­tière. À11 ans, il vi­si­tait les ins­tal­la­tions de Chel­sea. À 14, c’est le Real Ma­drid qui l’in­vi­tait, avecZi­dane à l’ac­cueil. C’est fi­na­le­ment à l’INF Clai­re­fon­taine qu’il pour­sui­vra son par­cours avant de re­joindre Mo­na­co en 2013, à qua­torze ans. « Il a fal­lu se battre pour l’avoir à Mo­na­co, rem­bo­bine Ba­ri­la­ro, lui pré­sen­ter le pro­jet spor­tif, lui mon­trer que l’on croyait en lui » . Pour la si­gna­ture de son pre­mier contrat pro­fes­sion­nel, jus­qu’en 2019, l’AS Mo­na­co a dû, aussi, s’em­ployer. Fi­nan­ciè­re­ment, toutes les taules eu­ro­péennes ali­gnaient les zé­ros pour ra­pa­trier Mbap­pé. Fi­na­le­ment, Mo­na­co au­ra gain de cause après six mois de réunions. Pas d’agent dans l’his­toire, tout s’est ré­glé en fa­mille. Une fa­mille très proche du sport de haut ni­veau. Le père est for­ma­teuràBon­dy, l’oncle co­or­di­na­teur spor­tif à Se­dan (Na­tio­nal), la mère ex-hand­bal­leuse pro. Il y a en­fin, par adop­tion, le grand frère foot­bal­leur, Ji­rès Kem­bo-Eko­ko, pas­sé par Rennes.

Son truc, c’est le ter­rain

Cet en­tou­rage couve la pé­pite mo­né­gasque même si, par­fois, son pè­re­prend la pa­role dans la presse de ma­nière as­sez vi­ru­lente, com­mece fut le cas avant le dé­pla­ce­ment à Tou­louse dans des pro­pos rap­por­tés par L’Equipe : « Sans être pré­ten­tieux, on ne com­prend pas la ges­tion illi­sible de Ky­lian, au re­gard des pro­messes de la di­rec­tion qui étaient tout sim­ple­ment de jouer, d’en­trer dans une ro­ta­tion. Si­non, il ne se­rait pas res­té. Il de­vait faire par­tie d’un pro­jet et, au­jourd’hui, on est loin de ce qui avait été an­non­cé. (...) On n’ima­gi­nait pas qu’il soit le sixième at­ta­quant. Si c’était pour ça, au­tant al­ler de suite dans un gros, gros club. » De quoi mettre le ga­min en porte-à-faux. Même pas. Mbap­pé, lui, ne com­mente pas et se concentre sur la seule chose qui l’in­té­resse : le ter­rain. « Ky­lian a dé­jà tout com­pris du monde mé­dia­tique du foot­ball. Il sait com­ment ça fonc­tionne, dé­taille Ba­ri­la­ro. Ce qu’il aime par­des­sus tout, c’est jouer. L’an der­nier, alors qu’il était avec le groupe pro-

fes­sion­nel, il a re­joint ses potes pour la de­mi-fi­nale et la fi­nale de la Gam­bar­del­la. Il a été dé­ci­sif dans la conquête de ce titre. Il s’est écla­té ». Au fi­nal, deux in­ter­ro­ga­tions de­meurent sur le cas Mbap­pé. 1. Jus­qu’où peut-il al­ler ? 2. Quel est son meilleur poste ? Fré­dé­ric Ba­ri­la­rose lance : « On ne sait pas quel ni­veau il va at­teindre mais il est plus à l’aise sur le cô­té gauche, où il sait tout faire : cen­trer, ti­rer, drib­bler. Il a les deux pieds et un jeu plus construit qu’à ses dé­buts. Ky­lian a des qua­li­tés dé­rou­tantes, sur­tout dans ses prises de balle » . Di­reque Ky­lian Mbap­pé n’a pas en­core l’âge de vo­ter...

(Pho­to Cy­ril Do­der­gny)

Mbap­pé, pas en­core ma­jeur mais dé­jà bu­teur.

Newspapers in French

Newspapers from Monaco

© PressReader. All rights reserved.