1856 : à qui doit re­ve­nir le trône de la prin­ci­pau­té de Mo­na­co ?

Monaco-Matin - - La Une -

C rise en Prin­ci­pau­té de Mo­na­co, en juin 1856. Le prince Flo­res­tan 1er vient de mou­rir. Il n’a pas été un grand sou­ve­rain, ayant ac­cé­dé ac­ci­den­tel­le­ment au trône à la mort de son frère Ho­no­ré V sans avoir été pré­pa­ré à l’exer­cice du pou­voir. Il avait fait des études de théâtre et était co­mé­dien. Sous son règne, Mo­na­co a per­du une grande par­tie de sa ri­chesse avec la de­mande d’in­dé­pen­dance des villes de Men­ton et de Ro­que­brune qui, jusque-là, fai­saient par­tie de la Prin­ci­pau­té. La suc­ces­sion de Flo­res­tan 1er se fait dans un cli­mat de crise. Le jour­nal l’Illus­tra­tion du 15 no­vembre 1856 rap­pelle qu’un membre de la fa­mille Gri­mal­di de Cagnes a re­ven­di­qué le trône à la place de Charles III, fils de Flo­res­tan 1er. Il sou­tient en ef­fet que la branche de la fa­mille Gri­mal­di à la­quelle il ap­par­tient re­monte au XIIe siècle et est plus an­cienne que celle de Flo­res­tan 1er et de Charles III qui, elle n’est vieille que d’un siècle et de­mi, étant is­sue du ma­riage in­ter­ve­nu en 1715 entre le ba­ron Jacques Goyon-Ma­ti­gnon et la prin­cesse Louise Gri­mal­di. A cette époque, le prince An­toine II étant sans des­cen­dance mâle, sa fille avait épou­sé Jacques GoyonMa­ti­gnon qui mon­ta sur le trône sous le nom de Jacques Ier. Le pré­ten­dant au trône fait pu­blier un pam­phlet in­ti­tu­lé « Pro­tes­ta­tion du seul et vé­ri­table prince de Mo­na­co ( Charles-Louis- Hen­riMaxence, mar­quis de Gri­mal­di d’An­tibes, mar­quis de Cagnes, etc.) contre le faux prince de Mo­na­co (Charles Goyon de Ma­ti­gnon) ; ap­pel à l’opi­nion pu­blique, à S. M. le roi de Sar­daigne, pro­tec­teur de la Prin­ci­pau­té de Mo­na­co, et aux grandes puis­sances de l’Eu­rope ». Fi­na­le­ment ce se­ra le fils unique de Flo­res­tan 1er, Charles III, qui mon­te­ra sur le trône et qui s’avé­re­ra un prince brillant, créant le ter­ri­toire de « Monte-Car­lo » qui porte son nom.

L’Illus­tra­tion sai­sit cette oc­ca­sion pour pro­po­ser à ses lec­teurs un re­por­tage sur la Prin­ci­pau­té. Le jour­na­liste Fré­dé­ric La­croix dé­crit son voyage à Mo­na­co de­puis la Tur­bie. Épique aven­ture ! « Il était cinq heures et quart quand nous quit­tâmes la Tur­bie pour al­ler cher­cher à Mo­na­co un dî­ner pas­sable et un lit propre. Dès les pre­miers pas, des scènes pit­to­resques sur­gissent de tous cô­tés : ici des masses co­los­sales de roches grises du mi­lieu des­quelles s’élancent des touffes de ver­dure ; là de pe­tites cas­cades pro­duites par une chute d’eau qui, dans la par­tie su­pé­rieure de la Tur­bie, donne le mou­ve­ment à un mou­lin ; d’un cô­té de ma­gni­fiques oli­viers au tronc ac­ci­den­té ; d’un autre des dé­chi­rures fauves au flanc de la mon­tagne... La des­cente est si ra­pide qu’il a fal­lu tailler le sen­tier en zig­zag… Notre guide est obli­gé de prendre le mu­let par la queue et de le re­te­nir de toute la force de ses bras mus­cu­leux… Ce qui a mis le comble à ma fu­reur, c’est qu’au mo­ment de fran­chir le seuil de Mo­na­co, un doua­nier en uni­forme nous a bru­ta­le­ment ar­rê­tés et que, mal­gré nos pro­tes­ta­tions d’in­no­cence, l’odieux fonc­tion­naire vou­lut à toute force se li­vrer à l’en­contre de notre ma­té­riel à une in­ter­mi­nable sé­rie d’ex­plo­ra­tions in­dis­crètes… »

« Au­cune res­source si ce n’est la bourse du prince »

Voi­ci notre re­por­ter ar­ri­vé à Mo­na­co : « Trois pe­tites rues, longues de cent cin­quante pas, un an­cien châ­teau, en­tou­ré de for­ti­fi­ca­tions res­pec­tables, une belle ca­serne, une place pas­sa­ble­ment grande, une église as­sez gen­tille, un beau jar­din pu­blic… C’est une ville in­fi­ni­té­si­male : quand il pleut sur Mo­na­co, un seul pa­ra­pluie suf­fit pour abri­ter toute la ville ! »

Con­si­dé­ra­tions éco­no­miques : « Il n’y a ici ni com­merce, ni in­dus­trie, ni au­cune res­source pour ceux qui ne pos­sèdent rien : au­cune si ce n’est la bourse du prince ; par consé­quent ce­lui­ci est le père nour­ri­cier de sa pe­tite mé­tro­pole. »

In­for­ma­tion tou­ris­tique : « Le ven­dre­di saint est or­ga­ni­sé une grande pro­ces­sion. Il s’agit de re­pré­sen­ter les dif­fé­rentes scènes de la Pas­sion… Le peuple juif, fi­gu­ré par des jeunes gens af­fu­blés d’une blouse bleue et d’un casque de pom­pier, forme la haie, pour in­sul­ter le Dieu mar­tyr... » Mais tout n’est pas que dé­vo­tion au pays de sainte Dé­vote ! Le jour­na­liste re­marque avec

ma­lice : « La pro­ces­sion de Mo­na­co a un genre d’uti­li­té qu’il est bon de si­gna­ler : on af­firme que pen­dant la cé­ré­mo­nie, d’élé­gantes vi­si­teuses de toutes na­tions, au lieu de sta­tion­ner dans les rues où passe le cor­tège, prennent fur­ti­ve­ment le che­min du beau jar­din : elles y ren­contrent, par ha­sard sans doute, des ca­va­liers em­pres­sés à leur of­frir leur bras... » Mo­na­co, Prin­ci­pau­té des plai­sirs !….

➊ Mo­na­co, au XIXe siècle : « C’est une ville in­fi­ni­té­si­male : quand il pleut sur Mo­na­co, un seul pa­ra­pluie suf­fit pour abri­ter toute la ville ! » ➋ La pro­ces­sion du Ven­dre­di Saint à Mo­na­co. ➌ La des­cente épique entre la Tur­bie et Mo­na­co, vue par le des­si­na­teur de L’Illus­tra­tion.

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