ET UN JOUR...

Le  sep­tembre , des mi­li­taires du  ré­gi­ment d’Ar­tille­rie de Dra­gui­gnan ma­ni­festent, ré­cla­mant une meilleure solde, moins de bri­mades et de ra­cisme. Suivent la pri­son et le tri­bu­nal mi­li­taire pour les me­neurs.

Monaco-Matin - - L’Histoire - RÉ­GINE MEU­NIER rmeu­nier@ni­cema­tin.fr

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n sol­dat sous l’uni­forme, est un tra

vailleur » . En 1974, ce slo­gan fleu­rit dans les ca­sernes, jusque dans celle de Cha­bran à Dra­gui­gnan. La ville est en­core pré­fec­ture du Var mais plus pour long­temps. Dé­but dé­cembre, le gou­ver­ne­ment signe le dé­cret qui va trans­fé­rer le chef-lieu sur Tou­lon. Dans la ci­té du Dra­gon, le feu couve au sein du 19e ré­gi­ment d’Ar­tille­rie. En mai, alors que des élec­tions an­ti­ci­pées portent Va­lé­ry Gis­card d’Es­taing au pou­voir après le dé­cès de Georges Pom­pi­dou un mois plus tôt, des mi­li­taires de toute la France lancent l’ap­pel des Cent. Cer­tains l’ont si­gné de­puis les bases fran­çaises en Al­le­magne (alors Ré­pu­blique fé­dé­rale d’Al­le­magne : RFA). C’est le cas de Ro­bert Pel­le­tier, du 11e ré­gi­ment d’Ar­tille­rie. Il l’a si­gné de­puis Of­fen­burg. Et pour cette rai­son se re­trouve mu­té à Dra­gui­gnan, où il ne cesse pas le com­bat. « La solde à 1000 francs », « sor­ties en civil », « des per­mis­sions toutes les se­maines » mais aussi le re­fus des mis­sions an­ti ou­vrières comptent par­mi les re­ven­di­ca­tions des ap­pe­lés du contin­gent. Ces mis­sions consistent à bri­ser les grèves, comme en mai 68 où l’ar­mée est in­ter­ve­nue dans les tran­sports, le ra­mas­sage des or­dures mé­na­gères ou le contrôle aé­rien. Mai 68 qui conti­nue de dif­fu­ser ses par­fums de ré­volte. « On est des hommes pas des bêtes », « Faites l’amour pas la guerre » ... au­tant de cris de ral­lie­ment qui trouvent écho dans la ca­serne Cha­bran. Les tracts se mul­ti­plient, passent d’une cham­brée à l’autre. Les réunions en ca­chette s’or­ga­nisent.

Deux ap­pe­lés condam­nés

Le 10 sep­tembre 1974, vers 13h, les ar­tilleurs contes­ta­taires se ras­semblent de­vant la can­tine, se comptent et votent pour la grève. Et voi­là 136 ap­pe­lés du 19eRA – qui pour la plu­part avaient si­gné l’Ap­pel – fon­çant vers la sor­tie, poings le­vés. Le lieu­te­nant de garde ne par­vient pas à les stop­per. Dans la rue, l’am­biance est bon en­fant. Ils scandent : « Des sous pas des obus », « Les ci­vils avec nous », « Non au ra­cisme ». Car les An­tillais, des ap­pe­lés des DOM – dé­par­te­ments d’Ou­tre­mer –, ont re­joint le mou­ve­ment. Ils ré­clament la fin des bri­mades dont ils sont vic­times. Le len­de­main, tous les contes­ta­taires ont re­ga­gné la ca­serne. Neuf sol­dats sont em­pri­son­nés à Can­juers. La Sé­cu­ri­té mi­li­taire dé­signe trois me­neurs : Ro­bert Pel­le­tier, 26 ans ; Serge Ra­vet, 19 ans, ve­nu de Ma­da­gas­car ; et Alex Tau­rus, 21 ans, ori­gi­naire de Gua­de­loupe. Ils res­tent deux mois aux ar­rêts avant de pas­ser de­vant le tri­bu­nal per­ma­nent des forces ar­mées à Mar­seille, le 7 jan­vier 1975. Aux ques­tions « L’ac­cu­sé est-il cou­pable d’avoir in­ci­té des mi­li­taires à com­mettre des actes contraires au de­voir ou à la dis­ci­pline, no­tam­ment en les ex­hor­tant à par­ti­ci­per à la ma­ni­fes­ta­tion du 10 sep­tembre 1974 à Dra­gui­gnan » et « Doit- il bé­né­fi­cier de cir­cons­tances at­té­nuantes ? » , le tri­bu­nal

ré­pond Oui pour Pel­le­tier et Ra­vet, condam­nés à un an de pri­son dont huit mois avec sur­sis. Et Non pour Tau­rus. Quant à leurs re­ven­di­ca­tions, elles ont ex­plo­sé comme des obus.

(© Gé­rard Bon­net)

Les ap­pe­lés en route vers la pré­fec­ture de Dra­gui­gnan, qui peu après va de­ve­nir sous-pré­fec­ture.

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