Zy­gel ra­nime « le Fan­tôme de l’opé­ra »

Sa­me­di, en la Salle Gar­nier, Jean-Fran­çois Zy­gel a im­pro­vi­sé sur son pia­no pen­dant une heure trente pour ac­com­pa­gner le cé­lèbre film muet des an­nées vingt

Monaco-Matin - - Monaco - AN­DRÉ PEYREGNE

Lorsque dans les an­nées vingt, l’écri­vain Gas­ton Le­roux fré­quen­tait­quo­ti­dien­ne­ment le Ca­si­no de Monte-Car­lo et ren­trait chez lui, en­det­té, à Nice où il vi­vait de­puis 1909 (après avoir un temps sé­jour­né à Men­ton), se dou­tait-il qu’un jour on pro­jet­te­rait en ce lieu où il avait per­du tant d’ar­gent le film ins­pi­ré du ro­man qui avait fait sa for­tune, le « Fan­tôme de l’opé­ra » ? Gas­ton Le­roux est mort à Nice en 1927 et est en­ter­ré au Ci­me­tière duC­hâ­teau. La pro­jec­tion du fil­maeu­lieu sa­me­di soir en la Salle Gar­nier, pré­sen­tée par Vincent Va­tri­can, di­rec­teur des Ar­chives au­dio­vi­suelles de Mo­na­co. Àvrai dire, l’in­té­rêt de la soi­rée vin­tau­tant de ce qu’on vit sur l’écran que de ce qu’on en­ten­dit en des­sous: l’ac­com­pa­gne­ment réa­li­sé au pia­no par l’un des meilleurs pia­nistes clas­siques im­pro­vi­sa­teurs ac­tuels, Jean-Fran­çois Zy­gel. Un­pia­no avait été ins­tal­lé au- des­sous de l’écran, comme un vais­seau amar­ré dans la pé­nombre au bord de la scène. Sur ce vais­seau fan­tôme, Jean-Fran­çois Zy­gel a fait mieux que du Wa­gner! Au cours d’un ma­ra­thon d’une­heu­re­trente, ila­don­né dans tous les styles, afin de sou­li­gner le­sus­pens, l’ac­tion, la ten­dresse, la vio­lence de l’his­toire qui dé­fi­lait sur l’écran. Ila­mê­me­fait chan­ter les airs de « Faust » àdes can- ta­trices muettes. Àson pia­no, Zy­gel de­ve­nait le maître du jeu. Il pre­nait l’as­cen­dant sur Hol­ly­wood. Il lan­çait un­mou­ve­ment de valse, et sou­dain, sur l’écran, les dan­seuses lui obéis­saient. Ilaac­com­pa­gné les agis­se­ments du fan­tôme in­ven­té par Le­roux qui se­mait la ter­reur dans les sous­sols de l’Opé­ra­dePa­ris– un Opé­ra de Pa­ris qui fut construit par Charles Gar­nier grâce à l’ar­gent de Fran­çois Blanc, di­rec­teur du Ca­si­no de Monte-Car­lo, ce qui pous­sa Charles Gar­nier, en re­mer­cie­ment, à construire l’opé­ra de Monte-Car­lo. On le voit, tout se tient, tout se re­joint! Mais on n’a en­core ja­mais si­gna­lé la pré­sence d’un fan­tôme à l’Opé­ra de Monte-Car­lo. Peut-être nous cache-t-on­quelque chose? À la fin, ce ne fut pas le fan­tôme mais le pia­niste qu’on ap­plau­dit. Ga­lant­com­me­pas deux, Jean-Fran­çois Zy­gel se re­mit au pia­no et im­pro­vi­sa un pe­tit com­pli­ment à l’adres­sede lag­rande can­ta­trice Ce­ci­lia Bar­to­li qui se trou­vait dans la salle. Non, Gas­ton Le­roux, quand il fré­quen­tait le Ca­si­no de Mon­teCar­lo dans les an­nées vingt, n’au­rait pas ima­gi­né ce­la!..

(Pho­to Alain Ha­nel - Opé­ra de Monte- Car­lo)

Le pia­niste Jean-Fran­çois Zy­gel im­pro­vi­sant au- des­sous des images du fan­tôme.

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