Un kit contre la ra­di­ca­li­sa­tion dis­tri­bué aux col­lèges

Le conseil dé­par­te­men­tal, l’as­so­cia­tion dé­par­te­men­tale de sau­ve­garde de l’en­fant à l’adulte 06 et l’ins­ti­tut su­pé­rieur de tra­vail so­cial lancent un sup­port pour lut­ter contre ce phé­no­mène

Monaco-Matin - - Côte D’Azur - L. B.

L’écran géant s’éteint dans la salle Laure-Ecard, à Nice. L’his­toire fi­nit mal: un­ga­min qui se flingue, un em­bri­ga­dé, pri­son­nier d’un mou­ve­ment au­to­cra­tique. Les élèves de 4e et de 3e des col­lèges Rostand et Ver­nier, leurs pro­fes­seurs, des mé­dia­teurs, viennent de voir La Vague, un film al­le­mand, qui ra­conte une étude ex­pé­ri­men­tale sur un ré­gime au­to­cra­tique, me­née par un prof amé­ri­cain avec ses élèves dans les an­nées soixante. Dès la fin du gé­né­rique, Ju­lien Schee­pers, so­cio­logue à l’ins­ti­tut su­pé­rieur de tra­vail so­cial (IESTS) de Nice, en­gage le dé­bat avec les élèves: « Est-ce que ce film est cré­dible? ». Une col­lé­gienne lève la main: « Oui ça peut ar­ri­ver dans la vraie vie ». Son voi­sin n’est pas d’ac­cord: « C’est abu­sé... Il y a peut-être des per­sonnes qui sont un peu per­dues, des mou­tons...» . « Pour­quoi s’est-il sui­ci­dé? », re­lance le so­cio­logue. La pa­role se li­bère. « Il n’avait pas confiance en lui, quand la Vague s’est créée il s’est sen­ti in­té­gré, s’est fait des amis et quand la Vague s’est dis­soute, il a cru qu’il al­lait perdre ses amis » , es­time une élève. « Très bien! » , fé­li­cite Ju­lien Schee­pers, « La Vague c’est d’abord un lieu où il se sent re­con­nu mais c’est aus­si un grou­pe­qui ex­clut du réel. Ce sont les ca­rac­té­ris­tiques des groupes ex­tré­mistes et in­té­gristes. Ils ont une vi­sion bi­naire : si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous. C’est un en­fer­me­ment ». La Vague a été vi­sion­née par 1700 col­lé­giens des Alpes-Ma­ri­times de­puis jan­vier der­nier. « Le film n’évoque pas la ques­tion de l’is­lam ni celle de l’em­bri­ga­de­ment. Ce film est un mé­dia pour en­clen­cher quelque chose de l’ordre de la ré­flexion » , pour­suit le so­cio­logue.

Une ving­taine de dé­parts en Sy­rie évi­tés

C’est une porte d’en­trée, es­time Eric Gol­din­ger, di­rec­teur Édu­ca­tion du conseil dé­par­te­men­tal. La col­lec­ti­vi­té, qui a fait de lutte contre la ra­di­ca­li­sa­tion une prio­ri­té (lire ci-des­sous), porte cette ac­tion. La dé­ve­loppe et l’élar­git avec ses par­te­naires: l’as­so­cia­tion dé­par­te­men­tale de sau­ve­garde de l’en­fant à l’adulte 06 (ADSEA) et l’IESTS. En­semble, ils ont mis en place un kit pé­da­go­gique. « C’est un sup­port pé­da­go­gique à des­ti­na­tion des en­sei­gnants, ani­ma­teurs de quar­tiers, mé­dia­teurs etc. Il est com­po­sé d’un li­vret, d’une af­fiche, d’un flyer et d’une clé USB créés pour ex­pli­quer les phé­no­mènes de ra­di­ca­li­sa­tion aux­quels nous sommes confron­tés », dé­taille Francis Millias­seau, di­rec­teur des ser­vices de pré­ven­tion de l’ADSEA, maître d’ou­vrage du kit. « Ici, on lance quelque chose. L’im­por­tant c’est que ce­la se pro­longe », pour­suit-il. La pé­da­go­gie et le par­te­na­riat portent leurs fruits, dé­fend Sa­mi Ché­ni­ti, en charge de la lutte contre la ra­di­ca­li­sa­tion au conseil dé­par­te­men­tal: « De­puis jan­vier 2016, ce tra­vail a per­mis d’em­pê­cher une ving­taine de dé­parts en Sy­rie » .

(Pho­to Jean-Sé­bas­tien Gi­no An­to­mar­chi)

Francis Millias­seau de l’ADSEA, Eric Gol­din­ger et Sa­mi Ché­ni­ti du conseil dé­par­te­men­tal ont dis­tri­bué, les pre­miers kits de lutte contre la ra­di­ca­li­sa­tion.

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