Pour­quoi les po­li­ciers en ont ras-le-bol

Fran­çois Hol­lande re­çoit cet après-mi­di les syn­di­cats po­li­ciers, qui ont ap­pe­léà­ma­ni­fes­ter hier et ce mi­di. Mais c’est d’abord la base qui ex­prime un pro­fond ma­laise, à Nice et ailleurs. Jus­qu’où ?

Monaco-Matin - - La Une -

Par­ti pour du­rer ? Le mou­ve­ment po­li­cier qui rythme l’au­tomne 2016 fe­ra date, quelles qu’en soient la du­rée et l’is­sue. En 2012 dé­jà, les hommes en bleu avaient ma­ni­fes­té leur blues dans l’entre-deux tours de la pré­si­den­tielle. Mais cette nou­velle fronde par­tie de la base, sans consigne syn­di­cale ni po­li­tique, in­ter­pelle par son am­pleur. Et par le pro­fond ma­laise qu’il tra­duit. Au­point­de­bous­cu­ler l’agen­da pré­si­den­tiel. Au­jourd’hui à 18 h, Fran­çoisHol­lande re­çoit à l’Ély­sée les­re­pré­sen­tants syn­di­caux de la mai­son po­lice. Des syn­di­cats qui ont ap­pe­léàdes ras­sem­ble­ments diurnes, quand la­dé­tres­se­po­li­ciè­re­ré­son­nait jus­qu’ici de nuit. Hier, des ras­sem­ble­ments si­len­cieux ont eu lieu de­vant les pa­lais de jus­tice, à l’ap­pel d’une in­ter­syn­di­cale. Ce mi­di est pré­vue une « marche de la co­lère po­li­cière et ci­toyenne » à l’ap­pel d’Uni­té-SGP FO, seul ab­sent hier.

Po­si­tions di­ver­gentes

Le deuxième syn­di­cat de gar­diens de la paix au­ra-t-il plus de suc­cès ? Hier, l’ap­pel lan­cé par Al­liance (ma­jo­ri­taire) avec Sy­ner­gie Of­fi­ciers, l’Un­sa ou en­core les syn­di­cats de com­mis­saires (SCPN, SICP), a été peu sui­vi. Ils étaient ain­si une qua­ran­tai­ne­de­vant leTGI de Nice, une tren­tai­neàG­rasse. Sym­boles de la perte de confiance de la base en­vers ses re­pré­sen­tants. « Ce n’est pas un mou­ve­ment pa­ral­lèle, on­va tous dans le­même sens!, plaide Laurent Lau­bry, dé­lé­gué dé­par­te­men­tal d’Al­liance. Nous sommes là pour por­ter leur pa­role et leurs re­ven­di­ca­tions: re­fonte de la lé­gi­time dé­fense, po­li­tique pé­nale ferme, re­tour des peines plan­cher, ano­ny­mi­sa­tion des pro­cé­dures... Les col­lègues ne doivent pas se trom­per de cible. C’est l’État qui laisse le laxisme s’ins­tal­ler ! » Si le dé­lé­gué Al­liance sa­vait qu’il se­rait dif­fi­cile de­mo­bi­li­ser, cer­tains ne cachent pas leur désac­cor­da­vec les ma­ni­fes­tants noc­turnes. Tel cet of­fi­cier Sy­ner­gie pré­sent de­vant le TGI de Nice. « Même si je les com­prends, c’est­main­te­nant que les col­lègues de­vraient ma­ni­fes­ter. Pas quand c’est in­ter­dit! Si­non, comment être cré­di­ble­quan­don ira voir des ci­toyens pour leur dire que leur ma­ni­fes­ta­tion est illé­gale ? » Les in­té­res­sés, eux, in­voquent un ul­ti­me­re­cours fa­ceàl’échec de leurs ten­ta­tives lé­gales. Sous pres­sion constante de­puis bien­tôt deux ans (at­ten­tats, état d’ur­gence, flux mi­gra­toires, ma­nifs an­ti-loi tra­vail, Eu­ro...), les po­li­ciers ont vu leur trop-plein­de­co­lè­re­dé­bor­der après le drame du8oc­tobre, quand deux d’en­treeux ont été griè­ve­ment­brû­lés par des cock­tails Mo­lo­tovàVi­ryC­hâ­tillon (Es­sonne). Les ma­ni­fes­ta­tions po­li­cières ont dé­bu­té le 17 oc­tobre en ré­gion pa­ri­sienne. Mais c’est à Nice, place Mas­sé­na, que furent prises les pre­mières pho­tos de po­li­ciers de dos dif­fu­sées sur les ré­seaux so­ciaux, quelques jours plus tôt. « On dit que c’est par­ti de Nice, enef­fet. C’est pos­sible, mais je n’ai pas d’élé­ment le con­fir­mant » , as­sure le di­rec­teur dé­par­te­men­tal de la sé­cu­ri­té pu­blique Mar­cel Au­thier.

Des émules sur la Côte

Une cer­ti­tude: les po­li­ciers ni­çois sont par­ti­cu­liè­re­ment sen­sibles et sou­dés, après l’at­ten­tat­du 14-Juillet. Ils sont plu­sieurs cen­taines, le soir ve­nu, àse­re­trou­ver sur les grandes places ni­çoises ouà­dé­fi­ler en cor­tège de voi­tures, gy­ro­phares et deux-tons al­lu­més. CRS, po­li­ciers mu­ni­ci­paux, per­son­nels­mé­di­caux ou simples ci­toyens viennent les épau­ler. En­fin de se­maine der­nière, ces ras­sem­ble­ments se sont éten­dusàMen­ton, Cannes, Grasse puis An­tibes. « La force de ce mou­ve­ment, c’est la so­li­da­ri­té de nos col­lègues. Ils at­tendent des ré­ponses et ont at­ten­du beau­coup trop long­temps » , ap­plau­dit Ce­lya Bou­me­dien, « en tant que po­li­cière » plu­tôt que se­cré­tai­re­dé­par­te­men­ta­led’Uni­té-SGP. Sou­cieux de ne pas êtreac­cu­sé de ré­cu­pé­ra­tion, son syn­di­cat a ap­pe­lé à une marche au dé­part de la­pla­ceMas­sé­na sans ban­de­roles ni prises de pa­role. « S’il y a au­jourd’hui ce re­jet des syn­di­cats, c’est aus­si parce que l’ad­mi­nis­tra­tionn’a pas te­nu compte de nos re­ven­di­ca­tions, grin­ceCe­lya Bou­me­dien. Ce n’est pas faute de les avoir aler­tés ! »

(Pho­to Sé­bas­tien Bo­tel­la)

L’in­ter­syn­di­cale a pei­né à mo­bi­li­ser, hier, comme ici de­vant le TGI de Nice.

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