« Ça res­semble à un film »

Mé­daillée d’or aux JO de Rio, Es­telle Mos­se­ly ra­conte sa vie de femme, d’in­gé­nieure... et boxeuse

Monaco-Matin - - Sports - RE­CUEILLI PAR FA­BIEN PIGALLE

Sans gants ni pro­tège dents, Es­telle Mos­se­ly,  ans, a bais­sé sa garde pour un en­tre­tien d’une ving­taine de mi­nutes au Spor­tel de Mo­na­co. Sou­riante, rieuse, et tou­jours aus­si dé­ter­mi­née. Bref, une femme en or.

Aquoi res­sem­blait la vie d’Es­telle Mos­se­ly avant votre mé­daille d’or à Rio ? Il y a eu dif­fé­rentes pé­riodes. Jus­qu’à oc­tobre , j’étais en­core à l’école. Donc ça res­sem­blait à une vie d’étu­diante et spor­tive de haut ni­veau. C’était à la fois char­gé en émo­tions et au ni­veau du plan­ning (rires). Je me le­vais à  h du­ma­tin pour al­ler en cours, et puis j’en­chaî­nais le soir avec l’en­traî­ne­ment, tous les jours. C’était as­sez éprou­vant. Après, j’ai été sta­giaire chez Al­lianz où j’ai pu bé­né­fi­cier d’un amé­na­ge­ment d’ho­raires. Cette fois, ma vie était donc ar­ti­cu­lée entre le­monde de l’en­tre­prise et l’en­traî­ne­ment. J’ai ob­te­nu mon di­plôme d’in­gé­nieur en in­for­ma­tique à l’école su­pé­rieure d’in­gé­nieurs Leo­nard- de-Vin­ci et j’ai été en­suite em­bau­chée. Au dé­but, on ap­pré­hende la ré­ac­tion des col­lègues vis-à-vis de nos ab­sences. Dans l’in­for­ma­tique, on tra­vaille beau­coup en groupe en plus. Mais ç’a été­moins dif­fi­cile que pré­vu parce que Al­lianz avait dé­jà l’ha­bi­tude d’in­té­grer des spor­tifs de haut ni­veau au sein de son en­tre­prise. Je me sen­tais sou­te­nue pour les JO. C’est im­por­tant pour un ath­lète d’avoir cette sé­cu­ri­té parce qu’on ne sait ja­mais ce que se­ra fait de­main.

D’au­tant qu’on ne gagne pas sa vie sur les rings… Au­jourd’hui, non. Ça chan­ge­ra peut- être. Il faut at­tendre de voir les re­tom­bées des JO qui ont ap­por­té un vrai coup de pro­jec­teur sur la dis­ci­pline. Heu­reu­se­ment, le lan­ce­ment du Es­telle Mos­se­ly, heu­reuse dans sa nou­velle vie de cham­pionne olym­pique.

Pacte de Per­for­mance por­té par Thier­ry Braillard, se­cré­taire d’État aux sports, est un vrai plus pour nous. Il per­met d’ai­der les en­tre­prises et les ath­lètes, peu im­porte leur ex­po­si­tion mé­dia­tique. L’as­su­rance d’avoir un mé­tier après...

« L’après » jus­te­ment, c’est le stress du spor­tif ? Si c’est mal gé­ré ou an­ti­ci­pé, c’est très stres­sant. Des fois, on fonce tête bais­sée dans notre dis­ci­pline et on ne s’ins­crit pas sur le long terme. Moi, j’ai tou­jours eu le sou­hait de pré­pa­rer mon ave­nir. J’avais tou­jours en tête « l’après » et c’est pour ça que j’ai me­némes études d’in­gé­nieur à fond mal­gré les dif­fi­cul­tés.

Avez-vous pen­sé de­voir choi­sir entre études et sport ?

Je ne me suis ja­mais po­sée cette ques­tion. Même si par­fois l’en­vie d’in­dé­pen­dance, de ga­gner sa vie a été forte. J’ai connu les pe­tits bou­lots, dans l’évé­ne­men­tiel, de nuit dans la sé­cu­ri­té etc. C’était le seul moyen de tra­vailler, et en même temps m’en­traî­ner et étu­dier la jour­née. Je l’ai vé­cu… Sans sou­tien et sans aide, c’est com­pli­qué. Par­fois, on doute.

Et là, bim, une mé­daille d’or... (rires) Ma vie a beau­coup chan­gé. Ça a lit­té­ra­le­ment ex­plo­sé après les Jeux. Je n’ima­gi­nais pas ça comme ça. Au- de­là du titre, il y a eu notre couple qui a été mis en avant (To­ny Yo­ka, son pe­tit ami, a éga­le­ment été­mé­daillé d’or à Rio, ndlr). L’image que les gens gardent à la fin, c’est To­ny et moi mé­daillés en­semble. Çaa­mul­ti­plié les choses. On a beau­coup de sol­li­ci­ta­tions mé­dia­tiques, des in­ter­ven­tions au­près d’en­tre­prises, des écoles. Ils sont in­té­res­sés par mon double par­cours. On montre que tout est pos­sible. On peut le faire. L’image qu’on vé­hi­cule est im­por­tante.

On a l’im­pres­sion que votre couple est plus mé­dia­tique en­core que la mé­daille... C’est vrai qu’après le ré­sul­tat, l’his­toire de nos vies a été mise en avant. On n’a ja­mais rien ca­ché et on le vit très bien. A fond même. C’est notre force d’être à deux. Mais on sait aus­si dire stop aux gens qui en de­mandent trop. Après ef­fec­ti­ve­ment, ça res­semble à un film…

Un film à peine croyable… C’est cer­tain que si vous m’aviez ra­con­té cette his­toire il y a deux ou trois ans, je vous au­rais dit : « mouais d’ac­cord... » (rires). Mais en , je vous au­rais cru ! C’était quelque chose que je sen­tais ve­nir. Spor­ti­ve­ment, on s’est éle­vé à deux. Avez-vous conscience d’être dans une lu­mière éphé­mère ? J’en ai conscience oui. C’est comme ça… Et d’ailleurs c’est pour ce­la qu’on veut sur­fer des­sus au maxi­mum afin de faire pas­ser nos mes­sages... Il existe une sur­ex­po­si­tion, à nous de nous en ser­vir.

Quels­mes­sages jus­te­ment ? Tout au long de ma vie, bien avant mes titres, on m’a ré­pé­té : « Je ne sais pas comment tu fais pour faire tout ça ! » , « Je ne com­prends pas pour­quoi tu fais tout ça » etc. En de­ve­nant cham­pion olym­pique on ap­porte la meilleure des ré­ponses ! Donc mon­mes­sage, c’est ce­lui­là : si on tra­vaille et qu’on y croit, on peut y ar­ri­ver. Et puis, tou­jours dé­fendre l’image de la femme. Beau­coup ga­lèrent dans dif­fé­rents­mi­lieux. Je veux qu’elles conti­nuent d’y croire. Les femmes peuvent se dé­mar­quer en fon­çant un peu dans le tas, en bous­cu­lant les codes. Ça ne sert à rien de se lais­ser por­ter...

Vous avez com­men­cé à  ans. Une pe­tite fille dans une salle de boxe, ça a dû faire sou­rire ? J’avais en­vie de faire du sport, c’est tout (rires).

La boxe… J’ai es­sayé d’autres sports, mais la boxe, j’ai ac­cro­ché. Dans­ma salle per­sonne nem’a ju­gé. J’étais un membre comme un autre. Les en­traî­neurs étaient der­rière moi et me pro­po­saient des com­pé­ti­tions, comme ils en pro­po­saient aux gar­çons. Je ne voyais pas de dif­fé­rences.

Vous ai­miez vous battre dans la cour de ré­cré ? (rires) C’est un cli­ché ça ! A l’in­verse du ca­rac­tère, ça oui, il en faut. Il faut être so­lide, vou­loir dé­mon­trer des choses. Nos vies res­pec­tives aus­si nous per­mettent de trou­ver la force de nous dé­pas­ser à l’en­traî­ne­ment etc. Ça, c’est la vé­ri­té. Mais le cô­té gar­çon man­qué et ba­gar­reuse : cli­chés (rires) ! Je l’ai en­ten­du un pa­quet de fois...

Votre ave­nir ? Spor­ti­ve­ment, je me pose des ques­tions… J’ai en­vie de conti­nuer, mais pour dé­cou­vrir autre chose. Si c’est pour faire la même chose, non mer­ci. Les JO de To­kyo, j’ai en­vie ! Parce que c’est tou­jours de nou­velles ren­contres, une nou­velle équipe.

Avec To­ny ? Quoi avec To­ny ? Bien sûr ! On se­ra tou­jours en­semble, puis­qu’on est en couple (rires)! Non plus sé­rieu­se­ment, To­ny passe pro, donc ça va chan­ger nos ha­bi­tudes, nous n’au­rons pas les mêmes en­traî­ne­ments, ni les mêmes pé­riodes de com­pé­ti­tions. Pour­quoi pas pas­ser pro aus­si...

Et sur un plan plus per­son­nel… Je reste in­gé­nieur in­for­ma­ti­cienne…

Fon­der une fa­mille ? Oui, comme beau­coup de couples! Mais per­sonne ne met­tra sa pas­sion de cô­té, ce n’est plus in­com­pa­tible. Après, pour nous les femmes, faire un en­fant né­ces­site une pa­ren­thèse dans sa car­rière spor­tive. Mais re­gar­dez Sa­rah Ou­rah­moun (mé­daillée d’ar­gent à Rio, à  ans, ndlr) qui a fait un en­fant et qui est re­ve­nue plus forte en de­ve­nant vice-cham­pionne olym­pique ! Elle était en­core plus dé­ter­mi­née. Je lui ré­pète sou­vent : « Sa­rah, ce qui me mo­tive, c’est de te voir réus­sir » .

(Pho­to Mi­chael Ale­si)

(Pho­to AFP)

Es­telle Mos­se­ly avec son com­pa­gnon To­ny Yo­ka.

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