Tor­do: « On gal­vau­de­nos va­leurs »

Monaco-Matin - - Sports - RE­CUEILLI PAR SYLVAIN MUSTAPIC

Sa che­ve­lure lé­gen­daire et son re­gard clair sont tou­jours là. Ani­mé par une vraie fu­reur de vivre, l’an­cien in­ter­na­tio­nal tri­co­lore Jean- Fran­çois Tor­do sillonne le globe dans le cadre de son tra­vail dans l’hu­ma­ni­taire. Vi­vant « ca­ché dans les bois » , près de Nice, il était de pas­sage di­manche pour la der­nière ren­contre du Stade Ni­çois. Il nous a li­vré sa vi­sion du rugby ac­tuel.

Quel re­gard por­tez-vous sur le rugby azu­réen, no­tam­ment sur le Stade Ni­çois ? Le club a tra­ver­sé des tem­pêtes. Au­jourd’hui, il com­mence à s’apai­ser, il re­part sur de bonnes bases struc­tu­rées, avec une belle école de rugby qui est son fleu­ron. Main­te­nant, il faut se pen­cher sur l’équipe pre­mière. C’est la cin­quième ville de France, avec le deuxième aé­ro­port du pays. Je pense qu’il y a un po­ten­tiel à dé­ve­lop­per, mais à force de se le dire, les an­nées passent... En ce mo­ment ça bouge un peu, Al­lianz com­mence à s’in­ves­tir. Il y a un bu­reau di­rec­teur à étof­fer pour être en­core plus com­plé­men­taire et vi­ser la mon­tée en Fé­da­rale . Il vaut mieux bien se struc­tu­rer avant pour ne pas prendre trop de re­tard.

Un poste dans la di­rec­tion vous in­té­res­se­rait ? Dans l’im­mé­diat, cha­cun doit ame­ner sa pe­tite pierre à l’édi­fice. Ar­ri­ver et dire que l’on va tout cham­bou­ler, ce n’est pas pos­sible. Le­monde ne se fait pas en  jours. Le rugby ni­çois a un long pas­sé. Au­jourd’hui, il a été di­gé­ré. C’est en re­cons­truc­tion. On ver­ra ce que le fu­tur nous ré­serve. Il faut pous­ser l’équipe pre­mière, car ça per­met d’in­té­res­ser plus de monde. Il faut aus­si tra­vailler sur une aug­men­ta­tion du bé­né­vo­lat avant de pen­ser à al­ler plus loin.

La proxi­mi­té de Tou­lon peut-elle être un frein ? Au contraire. Je pense que si à Tou­lon cer­tains jeunes ne font pas en­core l’af­faire, ils pour­raient ve­nir ici en Pro D. A l’in­verse, si l’on a des jeunes qui ont le ni­veau, ça leur per­met­trait d’al­ler en Top  là-bas. Ça fait de L’ex-in­ter­na­tio­nal est in­quiet pour l’ave­nir de l’équipe de France.

l’ému­la­tion. Si le rugby tou­lon­nais­marche bien, c’est bon pour le rugby en France et dans le Sud-Est.

« La France doit se re­mettre en ques­tion »

Comment per­ce­vez-vous le re­cul de l’équipe de France dans le pay­sage mon­dial ? Mal. En , les All-Blacks met­taient  points aux Ja­po­nais. Au­jourd’hui, c’est qua­si­ment ce

qu’ils­mettent à la France. Je pense qu’on a ré­gres­sé. Pas tech­ni­que­ment, mais hu­mai­ne­ment. On a des joueurs qui ont  che­vaux sous le ca­pot, mais qui n’ar­rivent pas à pas­ser la qua­trième car ils ne sont pas là men­ta­le­ment. La France doit se re­mettre en ques­tion, re­trou­ver son rugby la­tin et ne pas es­sayer de co­pier ce­lui de l’hé­mi­sphère sud. Ce n’est pas notre ADN. On doit don­ner da­van­tage une chance à nos jeunes. En Top , ProD et F, on a  % de joueurs étran­gers. Je n’in­vente rien, je ne fais pas le mec ai­gri mais le constat est là : on doit re­trou­ver notre rugby la­tin et pas avoir un rugby clo­né sur l’hé­mi­sphère sud, en ne re­cru­tant que des étran­gers et en s’adap­tant à eux. On est en train de gal­vau­der nos va­leurs et notre sport. Les ré­sul­tats sont par­lants. Comme a dit Guy No­vès : « Je ne peux pas trans­for­mer des ci­trouilles en car­rosses » . Il faut re­par­tir de la base, faire confiance aux jeunes. Au­jourd’hui, c’est plus fa­cile d’al­ler cher­cher un joueur confir­mé, même si ça coûte de l’ar­gent. J’es­père que le rugby fran­çais va prendre son des­tin en mains. On est la der­nière roue du car­rosse, les Ar­gen­tins com­mencent à poin­ter le bout du nez, d’autres na­tions aus­si. J’es­père qu’on n’au­ra pas pris trop de re­tard…

Comment pour­rait-on re­de­ve­nir com­pé­ti­tif au plus haut ni­veau ?

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