La « Jungle » de Ca­lais ferme sur fond de dé­parts et d’in­cen­dies

Monaco-Matin - - France -

La « Jungle » deCa­lais se consu­mait hier au mi­lieudes cendres et dé­bris noir­cis, aban­don­née par les mi­grants chas­sés par de vio­lents in­cen­dies qui, avec la bé­né­dic­tion des au­to­ri­tés, ont pré­ci­pi­té la fin du plus vaste bi­don­ville en France. Il s’agit d’ « une tra­di­tion, no­tam­ment pour cer­taines com­mu­nau­tés qui mettent le feu à leur ha­bi­ta­tion au mo­ment de la quit­ter » , a dé­cla­ré la pré­fète du Pas-de-Ca­lais, Fa­bienne Buc­cio – le­même phé­no­mène avait été consta­té en mars lors du dé­man­tè­le­ment de la zone sud. Mais àen­croi­reYones, un Éry­thréen de 17 ans, ceux à l’ori­gine des in­cen­dies étaient prin­ci­pa­le­ment des mi­grants af­ghans « en­co­lère parce que la Jungle est fi­nie et qu’ils n’ont pas réus­si à al­ler en An­gle­terre » . Le feua­pris un peu par­tout, no­tam­ment dans l’allée cen­trale du camp bor­dée­ré­cem­ment en­core de com- merces in­for­mels, ra­va­geant tentes, ca­banes et ca­ra­vanes. D’épais pa­naches de fu­mée noire étaient vi­sibles de­puis le port de Ca­lais, à 500 mètres de là. Les forces de l’or­dreont blo­qué tem­po­rai­re­ment les ac­cès les plus fa­ciles à contrô­ler, in­ter­di­sant l’en­tréeà­ceux– mi­grants, bé­né­voles, jour­na­listes – qui vou­laient en­core y pé­né­trer. « C’est vrai­ment au­jourd’hui la fin de la Jungle. Il n’y a plus per­sonne sur le camp » , a af­fir­mé la re­pré­sen­tante lo­cale de l’État. En fait, en mi­lieu d’après-mi­di, si le site était qua­si dé­sert, il res­tait tou­te­fois une cen­taine de mi­grants sur place, se­lon des jour­na­listes de l’AFP.

« Je vais fi­nir dans la rue »

En re­vanche, au Centre d’ac­cueil pro­vi­soire, for­mé­de­con­te­neurs et qui n’hé­berge plus que des mi­neurs, la vie sui­vait son cours: des en­fants jouaient au foot dans la cour, dans un air ren­du presque ir­res­pi­rable par la fu­mée des in­cen­dies, dont la plu­part étaient éteints. Se­lonMme Buc­cio, un to­tal de5596 per­sonnes avaient hier soir été « mises à l’abri » de­puis le dé­but du pro­ces­sus­de­dé­man­tè­le­ment lun­di (dont 1348 pour la seule jour­née d’hier), sur un to­tal de 6400 re­cen- sés dans le camp par les au­to­ri­tés (8150 se­lon des as­so­cia­tions). Le centre de tran­sit a été fer­mé peu avant 21 heures. « C’est vrai­ment pas bien, on est obli­gés de par­tir mais on n’a pas d’en­droit pour dor­mir ce soir » , se plai­gnait un Af­ghan contem­plant la fu­mée. En bor­dure du camp, onze Sou­da­nais refusaient tou­jours, hier après-mi­di, de­quit­ter les lieux. « On veut tou­jours pas­ser en An­gle­terre, on reste ici » , ex­plique Mo­ha­med, 30 ans. Il n’était pas le seul à ne pas se ré­si­gner à par­tir en centre d’ac­cueil et d’orien­ta­tion. « Je vais fi­nir dans la rue. Ca va être le des­tin de beau­coup d’entre nous. Je pense que même si la Jungle brûle, cer­tains re­vien­dront ici, où au moins on a une pos­si­bi­li­té de pou­voir ten­ter notre chance en Grande-Bre­tagne » , pré­di­sait Ra­mi, un Sou­da­nais de 27 ans.

(Photo AFP)

Au fil de la jour­née, plus d’un mil­lier de mi­grants ont quit­té le camp, ra­va­gé par de vio­lents in­cen­dies.

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