Son sau­veur ra­conte: «C’est une fem­me­très so­lide»

Monaco-Matin - - L’info Du Jour - CH­RIS­TOPHE CIRONE cci­rone@ni­ce­ma­tin.fr

Jean-Charles est sou­la­gé. Sa­tis­fait du de­voir ci­toyen ac­com­pli. A pré­sent, il as­pire da­van­tage à la dis­cré­tion qu’à en ti­rer glo­riole. C’est pour­tant ce Ni­çois de 47 ans qui a mis fin au cal­vaire de Jac­que­line Vey­rac, mer­cre­di, sur les coups de 12h45. Il re­fuse d’être qua­li­fiéde hé­ros. Il est, à tout le moins, son sau­veur. Jean-Charles est l’un de ces ci­toyens or­di­naires dont le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Nice a loué la ré­ac­ti­vi­té, mer­cre­di. « Je ne peux pas en dire plus que ce qu’a dit le pro­cu­reur » , pré­vient JeanC­harles, joint hier au té­lé

phone par Nice-Ma­tin. Sou­cieux de ne pas gê­ner l’en­quête, ce­qua­dra s’en tient à ra­con­ter, fac­tuel­le­ment, com­ment lui et ses proches ont dé­li­vré Jac­que­line Vey­rac. Et son ré­cit est aus­si poi­gnant qu’éclai­rant.

« À l’aide! J’ai été en­le­vée! »

« Ce vé­hi­cule était sta­tion­né de­puis deux jours à vingt mètres de chez moi, ex­plique

Jean-Charles. Rien d’éton­nant jusque-là, car pas mal de gens sta­tionnent à cet en­droit. Mais mer­cre­di ma­tin, quand on est ren­trés vers 11 heures avec mon épouse, j’ai re­mar­qué que la plaque d’im­ma­tri­cu­la­tion avant ne te­nait plus que par le cô­té gauche. Du coup, elle dé­voi­lait une deuxième plaque en des­sous. J’ai dit à mon épouse: “Ça sent la voi­ture vo­lée”. Quand je suis re­mon­té cher­cher le cour­rier, vers mi­di et de­mi, j’ai vou­lu prendre une photo de cette voi­ture avec ses deux pla- ques d’im­ma­tri­cu­la­tion pour aler­ter la po­lice. C’est là que j’ai vu quel­qu’un bou­ger à l’in­té­rieur. Et c’était la dame… » Qua­rante-huit heures après avoir dis­pa­ru à l’ar­riè­red’un uti­li­tai­re­blanc, quartier des Mu­si­ciens, Jac­que­line Vey­rac vient de ré­ap­pa­raître douze ki­lo­mètres plus haut, dans l’une de ces pai­sibles routes col­li­naires qui ser­pentent sur les hau­teurs de Nice. In­ter­lo­qué­par cette vi­sion, Jean-Charles est aus­si in­ter­pel­lé par des cris. « Elle

m’a hur­lé: “A l’aide! J’ai été en­le­vée! Ça fait deux jours que je suis dans la voi­ture, ai­dez-moi!” Je lui ai ré­pon­du: “Je vai­scher­cher de l’aide et j’ar­rive.” »

« Il a ti­ré comme un fou pour ou­vrir »

Son ange gar­dien com­pose aus­si­tôt le 17, puis fonce chez lui aler­ter son épouse Em­ma­nuelle, sa belle-soeur et son beau-frère. « Il a pris un caillou et a cas­sé la fe­nê- tre cô­té conduc­teur. Comme c’était im­pos­sible de faire sor­tir la dame par ce biais, il a réus­si à for­cer la ser­rure de la double-porte de la four­gon­nette à l’ar­rière. Il a ti­ré comme un fou! » En­fin, l’air libre. En­fin, la dé­li­vrance pour Jac­que­line Vey­rac, res­tée li­go­tée à même le plan­cher de l’uti­li­tai­re­du­rant de longues heures. « C’est une femme très so­lide. Dans sa tête et phy­si­que­ment, sa­lue Jean-Charles. On lui a don­né un pe­tit truc à boire et man­ger. On pen­sait l’ai­der à mar­cher jus­qu’à la mai­son; en fait, elle mar­chait nor­ma­le­ment, par elle-même. Elle n’a pas fon­du en larmes. Mais elle était sou­la­gée, c’est évident! Dans son re­gard, il y avait tous les re­mer­cie­ments pos­si- bles, puis­qu’on lui a sau­vé la vie. Ce­la dit, on n’a pas pu dis­cu­ter long­temps avec elle. La po­lice et les pom­piers sont ar­ri­vés très, très vite. » Jean-Charles l’avoue: ja­mais il n’au­rait ima­gi­né dé­cou­vrir, dans ce vé­hi­cule confon­dant de ba­na­li­té, celle dont le nom était sur toutes les lèvres. « Pas une se­conde, je n’ai pen­sé que ce vé­hi­cule pou­vait être lié à cet­teaf­faire. La chance, c’est que la plaque se soit dé­ta­chée! »

« On re­pen­sait à des scé­na­rios du pas­sé »

Or à ses yeux, ce dé­noue­ment heu­reux n’avait rien

d’évident. « On sui­vait l’af­faire aux in­fos et dans Nice

Ma­tin, comme tout le monde. Quand, au bout de deux jours, il n’y a tou­jours pas de de­mande de ran­çon, vous pen­sez à ces scé­na­rios ni­çois, dans le pas­sé, où cer­taines per­sonnes se sont re­trou­vées avec du bé­ton aux pieds, lâ­chées en pleine Mé­di­ter­ra­née… » Et si les ra­vis­seurs avaient en­co­reé­té pré­sents, àproxi­mi­té, à cet ins­tant? JeanC­harles a en­vi­sa­gé cette hy­po­thèse quand son épouse

a re­con­nu la vic­time. « Mais on ne s’est pas po­sé la ques­tion plus que ça. Quand vous voyez cette femme avec des liens, qui crie à l’aide, vous ne cher­chez pas à com­prendre. Vous la li­bé­rez. » En forme de conclu­sion à sa­dé­cou­verte sal­va­trice, Jean-Charles s’ex

clame: « L’es­sen­tiel est qu’on l’ait re­trou­vée en vie! »

Il y avait tous les re­mer­cie­ments dans son re­gard”

(Photo Sé­bas­tien Bo­tel­la)

La po­lice tech­nique et scien­ti­fique pro­cède aux consta­ta­tions, au­tour du vé­hi­cule uti­li­taire aban­don­né. La vitre cô­té conduc­teur, bri­sée, at­teste des ef­forts des té­moins pour li­bé­rer la vic­time.

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