Taxis et per­son­nels soi­gnants en sou­tien des po­li­ciers

Hier, place Mas­sé­na à Nice, dans un cli­mat de ten­sion avec leurs syn­di­cats et leur hié­rar­chie, les po­li­ciers ont contes­té des me­sures in­suf­fi­santes an­non­cées et pour­suivent leur mou­ve­ment

Monaco-Matin - - Côte D’Azur - GUILLAUME BER­TO­LI­NO gui­ber­to­li­no@ ni­ce­ma­tin.fr

Un nou­veau slo­gan est ap­pa­ru, hier, sur la vitre ar­rière de cer­tains taxis ni­çois : #Je­sou­tiens­la­po­lice. « Nous nous de­vons d’être à leurs cô­tés. Il faut pro­té­ger ceux qui nous pro­tègent ». Hier, du­rant la pause dé­jeu­ner, la place Mas­sé­na de Nice a été une nou­velle fois le lieu de re­ven­di­ca­tions choi­si par les po­li­ciers du dé­par­te­ment. « La base » comme ils s’ap­pellent. Ils ont tous les âges. Toutes les fonc­tions. Toute la même co­lère. Et les der­nières an­nonces du gou­ver­ne­ment ne sont pas pour apaiser les es­prits. « Nous sommes sur­tout là en tant que ci­toyens plus qu’en chauf­feurs de taxis. Même si, nous aus­si, nous su­bis­sons les vio­lences rou­tières, les com­por­te­ments dé­lic­tuels à bord de nos vé­hi­cules ou les me­naces di­rectes » , clament à l’unis­son Ch­ris­tophe Char­pen­tier et Marc Da­niel, res­pec­ti­ve­ment pré­sident et se­cré­taire gé­né­ral du syn­di­cat des taxis azu­réens. Ils étaient donc une tren­taine, fausse cas­quette de po­lice sur le crâne, à ve­nir gros­sir les rangs de po­li­ciers exas­pé­rés. Tant par leurs propres syn­di­cats à qui ils re­prochent de me­ner à bien des « me­su­rettes pour se main­te­nir au chaud » alors que « le mal est pro­fond et né­ces­sitent des moyens bien plus im­por­tants » . Que par leur hié­rar­chie qui, de­puis l’en­tre­vue de mer­cre­di der­nier entre Fran­çois Hol­lande et les syn­di­cats de po­lice jus­te­ment, mè­ne­rait une « chasse à l’homme » .

« Me­naces» de ré­vo­ca­tions

N’hé­si­tant pas « dans la plu­part des DDSP de France et ici pour une di­zaine de col­lègues », confes­sait hier un jeune po­li­cier désa­bu­sé, « à me­na­cer de ré­vo­ca­tion » les agents qui se re­groupent spon­ta­né­ment, le soir, de- puis main­te­nant 15 jours. En pré­fec­ture des Al­pesMa­ri­times, on pré­fère au terme de « me­naces » un « rap­pel des règles qui fi­gure no­tam­ment dans le plan de re­lance an­non­cé par le mi­nistre de l’In­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve » . De plan de re­lance jus­te­ment, pour ces hommes et ces femmes qui disent ris­quer leur vie tous les jours pour moins de 1 900 eu­ros, « c’est du fou­tage de gueule. Non seule­ment il an­nonce une en­ve­loppe de 250 mil­lions qui ne ser­vi­ra pas à grand-chose. Mais en plus, c’est juste une avance sur le bud­get de 2017. Nous vou­lons du concret. Et nous conti­nue­rons le mou­ve­ment jus­qu’à ce que nous soyons en­ten­dus. On ver­ra bien si on laisse pen­dant 24 heures les rues sans po­li­ciers… Ce se­ra l’anar­chie » . Beau­coup de jeunes po­li­ciers par­mi les ma­ni­fes­tants. Pour ces « bleus » , qui sortent de l’école et qui es­pé­raient em­bras­ser la car­rière que leur pa­pa, po­li­cier lui aus­si, leur ra­con­tait ga­min, c’est la grande dés­illu­sion. « Qu’est ce que l’on peut faire quand une pa­trouille de trois est prise pour cible dans un sec­teur sen­sible à l’est du dé­par­te­ment. Ap­pe­ler les ren­forts qui sont à Nice ou plus loin en­core. Le temps d’ar­ri­ver, on au­ra pris com­bien de cock­tail Mo­lo­tov sur la voi­ture ? » Ra­conte ce­lui-ci pour dé­non­cer l’ab­sence de moyens. Les dé­ci­sions er­ra­tiques. Et rap­pe­ler les souf­frances qu’en­durent tou­jours des col­lègues pa­ri­siens.

Étendre le mou­ve­ment

Les fau­tifs pour « la base », ce sont « les syn­di­cats qui pro­tègent leurs ar­rières et ne font pas re­mon­ter toutes nos re­ven­di­ca­tions. Ils sont dans le com­pro­mis per­ma­nent. Notre hié­rar­chie c’est pire, elle se pro­tège entre elle. N’en a rien à faire de nous qui sommes sur le ter­rain » . Le ma­laise est pro­fond. Le dia­logue rom­pu. « Qu’ils ré­voquent nos col­lègues. Ce­la don­ne­ra un se­cond souffle au mou­ve­ment. Der­rière on peut es­pé­rer voir des per­son­nels soi­gnants comme au­jourd’hui, des pom­piers, des pro­fes­seurs se joindre à nous » .

(Photo C. Do­der­gny)

Près de  ma­ni­fes­tants, hier ras­sem­blés place Mas­sé­na, ont en­ta­mé la Mar­seillaise.

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