Franges de vie À la une

On n’est pas sé­rieux quand on a 27 ans. Ju­lie op­pose à son cancer sa joie de vivre, belle et épa­nouie sous des franges aux cou­leurs de la vie

Monaco-Matin - - La Santé - NAN­CY CATTAN ncat­tan@ni­ce­ma­tin.fr

C’est là. Tu as deux pos­si­bi­li­tés : réa­li­ser tous tes rêves, suivre une école d’art, créer un blog… Ou t’écrou­ler, et là, tu sais où tu vas al­ler » . L’au­teur de ces mots sans dé­tour s’ap­pelle Ju­lie. Et la per­sonne qu’elle in­vec­tive ain­si, c’est el­le­même. Mars 2015. Ju­lie a seule­ment 27 ans, elle est gra­ve­ment malade. C’est ce qu’el­leaap­pris une se­maine plus tôt : « Vous avez un cancer du sein de grade 3. ». La suite? Dix-huit mois de trai­te­ments com­pre­nant vingt-quatre séances de chi­mio­thé­ra­pie, deux in­ter­ven­tions chi­rur­gi­cales et qua­rante séances de ra­dio­thé­ra­pie. « J’ai pleu­ré pen­dant une se­maine… Et puis, j’ai choi­si la pre­mière op­tion. » Vivre. Au­mo­ment où la ma­la­die fait in­tru­sion, la jo­lie Va­roise, qui exerce le mé­tier de ju­riste, est en train de re­faire sa­vie. Et elle se fait cette ré­flexion tein­tée d’hu­mour noir : « Sans che­veux, cils, ni sour­cils, ça va être dur! » . Elle na­vigue alors sur In­ter­net à la re­cherche de cette fé­mi­ni­té qu’elle se re­fuse d’aban­don­ner au cancer. « Ce que je dé­cou­vrais me fi­chait le ca­fard! » Elle se ré­sout néan­moins à ache­ter une per­ruque, qu’elle re­mise aus­si­tôt au­pla­card! « Quand je la por­tais, j’avais l’im­pres­sion que tout le monde me re­gar­dait. » Alors, Ju­lie, ima­gine des tur­bans pour dis­si­mu­ler son crâne nu. Et elle écrit à une chan­teuse aux belles coif­fures en­tur­ban­nées, Ima­ny. s’amuse-t-elle. Je rê­vais d’en avoir une, sans oser. » Alors, elle va se sai­sir de cet ac­ces­soire et com­bi­ner joyeu­se­ment tur­bans et fausses franges. « Le pro­blème, c’est que ce qui exis­tait n’était pas très adap­té à l’alo­pé­cie [perte de che­veux, ndlr] » . Pas de quoi dé­cou­ra­ger cette jeune femme, à la vo­lon­té fa­rouche. Elle dé­ve­loppe un sys­tème simple per­met­tant de faire évo­luer l’accroche de la frange, au fur età­me­su­rede la re­pousse des che­veux. Son ac­ces­soi­re­mode, elle choi­sit de le par­ta- ger en mon­tant un atelier, « la tête dans les nouages », en par­te­na­riat avec la Ligue contre le cancer des Alpes-Ma­ri­times et la marque Ame­ri­can Vin­tage. Les sou­rires qui avaient dé­ser­té s’in­vi­ten­tà­nou­veau lorsque les femmes, jeunes ou moins jeunes, se dé­couvrent, belles de­vant le mi­roir qu’elles n’osaient plus af­fron­ter. Au­jourd’hui, Ju­lie a dé­ci­dé de fran­chir un pas sup­plé­men­taire avec son pro­jet Les Fran­jynes : « Créer une gamme de su­blimes franges, as­so­ciées à des tur­bans ». Pour le fi­nan­cer, elle vient de lan­cer une cam­pagne de crowdfunding sur Ulule. Et, en quelques jours, el­lea­dé­jà at­teint près de 60 % de son ob­jec­tif fixé à 22000 Pour ce­la, elle ne mé­nage pas sa peine, et vio­lente ses ré­ti­cences, en s’af­fi­chant tête nue, puis coif­fée, pour ap­puyer son pro­jet. Sans ja­mais se dé­par­tir de son sou­rire ravageur. « En ce­mo­ment, je kiffe ma vie. Le cancer m’a fait ga­gner du temps… » On n’est pas sé­rieux quand on a 27 ans.

(DR)

« En per­dant nos che­veux, nos cils, nos sour­cils, c’est notre iden­ti­té de femme que l’on perd », té­moigne Ju­lie.

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