Dé­nu­tri­tion : quand la perte de poids in­quiète

L’amai­gris­se­ment doit être vu comme un si­gnal d’alerte. Les pro­fes­sion­nels de san­té ont lan­cé une pé­ti­tion pour aler­ter les pou­voirs pu­blics sur les dan­gers de la dé­nu­tri­tion

Monaco-Matin - - Santé - PROPOS RE­CUEILLIS PAR AXELLE TRUQUET atru­quet@ni­ce­ma­tin.fr

Lors­qu’on est malade, la perte de poid­sest bien sou­vent per­çue comme une nor­ma­li­té voi­reune fa­ta­li­té. Pour­tant, elle n’est ni iné­luc­table ni ano­dine puis­qu’elle peut conduire à une réelle dé­nu­tri­tion. Le Dr Gil­bert Zea­nan­din, gas­troen­té­ro­logue au CHU de Nice, ani­mait, hier, une confé­rence à Saint-Ra­phaël sur le su­jet

Qu’est-ce que la dé­nu­tri­tion? Il s’agit d’un amai­gris­se­ment qui n’est pas ho­mo­gène: onob­serve une di­mi­nu­tion consé­quen­tede la mas­se­mus­cu­laire, ap­pe­lée sar­co­pé­nie. Com­mele corps­puise dans ses réserves en­pro­téines, il s’épuise pro­vo­quant une al­té­ra­tion du sys­tème im­mu­ni­taire.

Le phé­no­mène est-il ré­pan­du? On es­ti­me­qu’ilya  mil­lions de per­sonnes dé­nu­tries en France. Une pé­ti­tio­né­mise par des so­cié­tés sa­vantes (dont la So­cié­té fran­çaise de nu­tri­tion cli­nique et mé­ta­bo­lique) est en train de cir­cu­ler . El­lea­pour but de sen­si­bi­li­ser l’en­sem­bledes ci­toyens et des ac­teurs de la san­téàce phé­no­mène lar­ge­ment sou­ses­ti­mé et mé­con­nu. Il est très dif­fi­cile par exemple de sous­traire le pré­ju­gé se­lon le­quel uno­bèse ne peut pas être dé­nu­tri.

Qui est concer­né? On a ten­dance à croi­reque la dé­nu­tri­tion est es­sen­tiel­le­ment l’af­fai­redes per­sonnes âgées. C’est faux, elle concerne tous les âgesde la vie, y com­pris l’en­fance. Par exemple, la pa­tho­lo­gied’unen­fant hos­pi­ta­li­sé­peut af­fec­ter sa crois­sance et son sta­tut pon­dé­ral.

Com­ment dé­pis­ter la­dé­nu­tri­tion? Ce­la passe tout sim­ple­ment par le sui­vi de la courbe de poids, au même ti­treque l’on contrôle la ten­sion ou la tem­pé­ra­ture. On parle de­dé­nu­tri­tion lorsque la per­te­de­poids est su­pé­rieure à  % en  mois, ouà  % en  mois. Le deuxième fac­teur est la pro­por­tion de la masse mus­cu­lai­re­qui a fon­du.

On dit que les per­sonnes ma­lades sont les plus à risque. Ef­fec­ti­ve­ment. Et el­les­doivent être d’au­tant plus sur­veilléesque la dé­nu­tri­tion risque d’ag­gra­ver le pro­nos­tic de leur ma­la­die .

Cer­taines pa­tho­lo­gie­sex­po­sen­tel­les­da­van­tage à la­dé­nu­tri­tion? Oui. C’est le­cas en par­ti­cu­lier de la ma­la­die d’Alz­hei­mer, de l’in­suf­fi­san­ce­car­dia­que­chro­nique ou en­co­rede l’in­suf­fi­sance ré­nale chro­nique. Le pa­tient et l’en­tou­rage, y com­pris mé­di­cal, ba­na­lisent sou­vent la per­tede

poids. Or si el­leest dueàune ma­la­dieai­guë ou chro­nique, elle n’est pas à consi­dé­rer de la­même fa­conque lors­qu’elle s’ins­crit dans le ca­dred’un­sur­poids et qu’elle est contrô­lée.

La dé­nu­tri­tion est-elle for­cé­ment as­so­ciéeàune ma­la­die? Non. Elle peut s’ins­tal­ler en de­hors de tout contexte pa­tho­lo­gique. Un pa­tient peut, sans­même s’en ren­dre­compte di­mi­nuer pro­gres­si­ve­ment ses ra­tions ali­men­taires. C’est lors­qu’un mé­de­cin l’in­ter­roge qu’il prend conscien­ce­qu’il­mange moins qu’avant.

Quelles sont les consé­quences? S’il s’agit d’une per­son­ne­qui souf­fred’une pa­tho­lo­gie, la dé­nu­tri­tion­pé­na­lise le­pro­nos­tic du pa­tient. El­leen­gen­drede la fa­tigue, donc une perte d’au­to­no­mie, une plus­grande

sen­si­bi­li­téaux in­fec­tions no­so­co­miales et, en­pa­ral­lèle, une moindre sen­si­bi­li­téaux trai­te­ments. Par­fois, un­ma­la­deest tel­le­ment dé­nu­tri qu’il faut sus­pendre son trai­te­ment ou pro­lon­ger la­du­rée d’hos­pi­ta­li­sa­tion. La ré­ha­bi­li­ta­tion fonc­tion­nelle en est frei­née. Hors contexte pa­tho­lo­gique, les consé­quences sont­moins graves ; il suf­fit de pro­cé­der à un ré­équi­li­brage ali­men­taire.

Quelle est la pri­seen­charge de la dé­nu­tri­tion? Une fois le diag­nos­tic po­sé (perte de poids, perte de l’ap­pé­tit, etc.) on peut réa­li­ser des ana­lyses de sang afinde re­pé­rer les ni­veaux de ca­rences et ap­pré­cier la sé­vé­ri­té de la dé­nu­tri­tion. La pre­miè­reé­tape de la prise en charge consis­teen l’amé­lio­ra­tionde l’au­to­no­mie orale. Ce tra­vail est me­né­par une équi­pe­plu­ri­dis­ci­pli­nai­re­dont le maillon­ma­jeur est le­dié­té­ti­cien. Il va ai­der le­pa­tient à adap­ter la com­po­si­tion et la qua­li­téde ses re­pas. La deuxième étape est de l’or­dre­du­sup­port nu­tri­tion­nel. Des com­plé­ment­so­raux sont don­nés pour pal­lier la fon­te­mus­cu­lai­reet le manque de nourriture. La troi­sième étape, s’il s’agit d’une dé­nu­tri­tion­sé­vère, consis­teà nour­rir ar­ti­fi­ciel­le­ment le pa­tient grâce à la­nu­tri­tion en­té­rale [une sonde qui passe par le tube di­ges­tif] ou dans les cas les plus graves, par le biais de la nu­tri­tion pa­ren­té­rale [les élé­ments dont l’or­ga­nisme a be­soin sont ad­mi­nis­trés par le sys­tème vas­cu­laire].

La dé­nu­tri­tion sé­vè­re­né­ces­si­tet-elle une hos­pi­ta­li­sa­tion?

Tout dé­pend­du­diag­nos­tic. Il est pos­sible de do­mi­ci­lier l’en­semble des soins­pour que le pa­tient puisse res­ter chez lui.

Quels conseils faut-il re­te­nir? Il ne faut pas­pren­dreune per­tede poids non contrô­léeà­la lé­gère. Ce n’est pas parce qu’onest malade qu’il est nor­mal de­mai­grir. Y com­pris concer­nant des­per­sonnes souf­frant d’obé­si­té: elles aus­si peuvent être­dé­nu­tries. Les mé­de­cins doivent prendre l’ha­bi­tude d’in­ter­ro­ger les pa­tients sur leur poids. Un amai­gris­se­ment sou­dain doit être­con­si­dé­ré com­meun si­gnal d’alarme.

1. Le Dr Zea­nan­din a par ailleurs par­ti­ci­pé, hier, à la 9e Jour­néean­nuel­le­del’In­ter­CLAN(qui­réu­nit­lesCLAN – Co­mi­té­de­liai­so­na­li­men­ta­tion­nu­tri­tion– de­la­ré­gion) Paca dont il est pré­sident.

(Photo Frantz Bou­ton)

La po­ly­mé­di­ca­tion peut al­té­rer les sens, no­tam­ment le goût et l’odo­rat, pro­vo­quant une perte d’ap­pé­tit pou­vant me­ner à une dé­nu­tri­tion.

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