Ca­bi­nets den­taires low-cost : le conseil de l’Or­dre­met en garde

Monaco-Matin - - Santé - AXELLE TRUQUET atru­quet@ni­ce­ma­tin.fr

Ces der­nières an­nées, des cli­niques den­taires low-cost (à bas prix) ont fait leur ap­pa­ri­tion sur le ter­ri­toire fran­çais de­puis la loi HPST (« Hô­pi­tal, pa­tients, san­té et ter­ri­toire ») de 2009. Pour ga­ran­tir l’ac­cès aux soins aux plus dé­fa­vo­ri­sés, l’ou­ver­tu­re­dece type d’éta­blis­se­ment n’est plus sou­mise àau­to­ri­sa­tion préa­lable mais àune simple dé­cla­ra­tio­nau­près de l’ARS (Agence ré­gio­nale de san­té). « Si l’ob­jec­tif est tout à fait louable, on as­siste à des dé­rives, alerte le Dr Oli­vier Comte, pré­sident du­con­seil dé­par­te­men­tal de l’Ordre des chi­rur­giens den­tistes des Alpes-Ma­ri­times. Il faut com­pren­dreque les pra­ti­ciens qui y exercent sont sa­la­riés de ces éta­blis­se­ments. Pour ga­ran­tir des prix bas, cer­tai- nes de ces cli­niques leur versent des sa­laires très faibles : en­vi­ron 1200 eu­ros bruts par mois, le com­plé­ment étant as­su­ré par un pour­cen­tage sur les ho­no­raires, par­fois seule­ment 20 %. Or il faut sa­voir qu’en moyenne, le col­la­bo­ra­teur d’un ca­bi­net den­taire clas­sique ré­tro­cède 40% des ho­no­raires (qui per­mettent de payer les lo­caux, le ma­té­riel, la se­cré­taire, etc.) et en conserve donc 60 %. Par consé­quent, si ces pra­ti­ciens veulent pou­voir s’as­su­rer un vé­ri­table sa­laire, ils sont obli­gés de faire du chiffre. » Il ar­ri­ve­rait donc que dans cer­tains éta­blis­se­ments low­cost, les pa­tients s’en­chaînent, les den­tistes n’ayant à peine plus de quelques mi­nutes à leur consa­crer. « Le pro­blème est que cer­tains réa- lisent des soins qui ne sont pas tou­jours né­ces­saires. Même si ces trai­te­ments sont ef­fec­tués par des pro­fes­sion­nels di­plô­més, il n’en de­meure pas moins qu’ils sont in­utiles. » Par exemple, au lieu de ré­pa­rer une dent cas­sée avec du com­po­site, cer­tains pour­raient pré­fé­rer po­ser un im­plant, plus lu­cra­tif.

Se­cond avis et de­vis

Le Dr Comte s’ap­puie sur un exemple bien pré­cis : ce­lui de Den­texia, un groupe de cli­niques den­taires contre le­quel des mil­liers de pa­tients ont por­té plainte à tra­vers la France. Une af­faire dans la­quelle les ex­perts ont été jus­qu’à évo­querdes mu­ti­la­tions­vo­lon­taires. Le conseil de l’Ordre re­çoit, quant à lui, ré­gu­liè­re­ment des plaintes de pa­tients qui s’es­timent lé­sés. L’abus de soins a une autre con­sé­quence : il coûte très cher à la Sé­cu­ri­té so­ciale, qui doit ain­si rem­bour­ser des trai­te­ments su­per­fé­ta­toires. At­ten­tion tou­te­fois, il ne faut pas ti­rer de conclu­sions hâ­tives. Toutes les cli­niques à bas prix ne sont pas mal­in­ten­tion­nées. Le Dr Comte conseille sim­ple­ment aux pa­tients de « ne pas hé­si­ter à consul­ter un autre den­tiste pour avoir un se­cond avis. Il faut se faire faire un de­vis, nor­ma­le­ment obli­ga­toire à par­tir de 70 eu­ros. » Dans le doute et en de­hors des cas d’ur­gence, mieux vaut donc prendre le temps de la ré­flexion sur­tout lors­qu’il s’agit de trai­te­ments coû­teux.

(Photo illustration F.F.)

Le conseil de l’ordre craint les abus de soins de la part de cer­taines cli­niques den­taires low- cost.

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