Bru­tal, le confrère...

Monaco-Matin - - Détente -

Voi­là six dé­cen­nies le doc­teur Sou­bi­ran pu­bliait Les Hommes en blanc, une fresque ro­ma­nesque mé­lan­geant l’eau de rose et l’al­cool à ° au fil de la­quelle on voyait des grands pa­trons lu­ti­ner gen­ti­ment les pe­tites in­fir­mières. Au­jourd’hui Mar­tin Win­ck­ler, lui aus­si dis­ciple d’Hy­po­crate et an­cien gé­né­ra­liste ru­ral, sort Les Brutes en blanc. Un vé­ri­table ré­qui­si­toire contre des confrères aux­quels il re­proche leur condes­cen­dance et par­fois leur mé­pris. Win­ck­ler dé­plore sur­tout que la re­la­tion entre ma­lades et mé­de­cins soit aus­si asy­mé­trique. C’est- à- dire que dans le couple de moins en moins bé­ni par la Sé­cu­ri­té so­ciale, les che­va­liers du sté­tho­scope tiennent tou­jours le haut du car­re­lage me­nant à leur ca­bi­net de consul­ta­tion. Com­ment en se­rait-il au­tre­ment alors que l’un est ha­billé et l’autre tout nu, que le pre­mier est aus­si sou­vent en dé­but de car­rière que le se­cond en fin de vie et que l’un pos­sède toute la science du monde tan­dis que l’autre ne connaît que l’an­goisse de la mort. Quel dia­logue de plus de trente se­condes es­pé­rer entre ce­lui qui voit dé­fi­ler les corps et ce­lui qui a du vague à l’âme, entre ce­lui à qui la se­cré­taire a de­man­dé de cal­li­gra­phier son nom et ce­lui dont les ordonnances sont illi­sibles, entre le pur pro­duit de la mé­ri­to­cra­tie scien­ti­fique et l’an­cien dé­cro­cheur qui a l’im­pres­sion de ne plus exis­ter

qu’à tra­vers ses ma­la­dies ?

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