Le  mars , le duc Charles- Em­ma­nuel Ier de Sa­voie crée le sé­nat de Nice pour se dé­bar­ras­ser d’An­ni­bal Gri­mal­di, comte de Beuil. En ef­fet, cette cour de jus­tice va le ju­ger cou­pable de tra­hi­son et le condam­ner à mort.

Monaco-Matin - - L’interview - NEL­LY NUSSBAUM

Au dé­but du XVIIe siècle, le prince sou­ve­rain Charles-Em­ma­nuel Ier, duc de Sa­voie, (1638-1675) est en conflit avec An­ni­bal Gri­mal­di ( 15571621), comte de Beuil, gou­ver­neur gé­né­ral du com­té et de la ville de Nice. Ce der­nier, puis­sant per­son­nage, n’hé­site pas à agir en tant que sou­ve­rain en lieu et place de Charles-Em­ma­nuel 1er, pré­ten­dant ne re­le­ver que de Dieu. Afin d’abro­ger la po­li­tique féo­dale du comte qui a toute au­to­ri­té sur ses su­jets, le duc dé­cide de lui in­ten­ter un pro­cès. Seule­ment, de­puis le Moyen Âge, les cours de jus­tice se trouvent soit sur Cham­bé­ry, soit sur Tu­rin. Pour ame­ner le comte de­vant une chambre de jus­tice lo­cale, Charles-Em­ma­nuel 1er crée le sé­nat de Nice le 8 mars 1614. Une cour de jus­tice des­ti­née à faire ap­pli­quer des dé­ci­sions du­cales dans les États de Sa­voie sur les­quels il règne. Ce qui va éga­le­ment fa­ci­li­ter la vie des ha­bi­tants qui, pour toutes af­faires de jus­tice, étaient obli­gés de par­cou­rir de nom­breux ki­lo­mètres. Exé­cu­té par stran­gu­la­tion An­ni­bal de Beuil qui voit d’un mau­vais oeil la créa­tion de cette ins­ti­tu­tion s’y op­pose de toutes ses forces, mais sans ré­sul­tat. Ce n’est que le 2 jan­vier 1621, que cet af­fron­te­ment entre Charles-Em­ma­nuel et An­ni­bal connaît en­fin un dé­noue­ment. Ce jour-là, ju­gé pour tra­hi­son par le sé­nat de Nice, An­ni­bal de Beuil est condam­né à mort. Il se­ra exé­cu­té le 9 jan­vier sui­vant, étran­glé as­sis sur une chaise. Le duc de Sa­voie a choi­si cette mort parce qu’An­ni­bal avait dit qu’il pré­fé­rait être étran­glé par un Turc que de se sou­mettre au duc de Sa­voie. Avec An­ni­bal Gri­mal­di de Beuil dis­pa­raît le der­nier re­pré­sen­tant de la féo­da­li­té ni­çoise, ce qui va en­traî­ner l’es­sor de la bour­geoi­sie. Si le sé­nat juge en tant que tri­bu­nal d’ins­tance et cour d’ap­pel des pro­cès ci­vils et cri­mi­nels im­pli­quant aus­si bien peuple que riches per­son­na­li­tés, il fait sur­tout of­fice de conseil po­li­tique pour Char­lesEm­ma­nuel Ier. Il prend des dé­ci­sions te­nant lieu de rè­gle­ment, no­tam­ment pour la chasse, la conduite des eaux, les che­mins pu­blics... donne des avis sur l’ad­mi­nis­tra­tion du com­té, pré­sente des re­quêtes comme l’ex­tra­di­tion des res­sor­tis­sants étran­gers, et peut aus­si exer­cer un droit d’en­re­gis­tre­ment d’édits ou de lettres pa­tentes. Ses membres – un pré­sident, quatre sé­na­teurs, deux avo­cats, deux huis­siers, un se­cré­taire et huit sol­dats de jus­tice – sont nom­més di­rec­te­ment par le duc. Le sé­nat fut d’abord éta­bli place Pierre Gautier dans le Vieux-Nice – au­jourd’hui pré­fec­ture des Alpes-Ma­ri­times –, puis ins­tal­lé dans l’hô­tel du Sé­nat, rue Ju­lesGilly dans la se­conde moi­tié du XVIIe siècle où il sié­gea jus­qu’en 1848. Le bâ­ti­ment, qui a long­temps ser­vi d’ac­cueil de nuit pour né­ces­si­teux, de­vrait pro­chai­ne­ment de­ve­nir le centre d’in­ter­pré­ta­tion de l’ar­chi­tec­ture et du pa­tri­moine ni­çois.

Plai­doi­rie de­vant le sé­nat de Nice. Ex-vo­to dé­po­sé au sanc­tuaire de La­ghet XIXe siècle. (© Ar­chives dé­par­te­men­tales des AM)

Bâ­ti­ment de l’an­cien sé­nat, si­tué rue Jules-Gilly au fond du cours Sa­leya. (© As­so­cia­tion du Vieux-Nice)

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