In­car­cé­rés

Sur les sept per­sonnes sus­pec­tées dans l’enlèvement, lun­di, de Jac­que­line Vey­rac, une fem­med’af­faires azu­réenne, cinq de­vaient êtreé­crouées hier soir dont le com­man­di­taire pré­su­mé Giu­seppe Se­re­na (en haut à gauche).

Monaco-Matin - - La Une - CH­RIS­TOPHE PER­RIN chper­rin@ni­cema­tin.fr

Giu­seppe Se­re­na avait connu le suc­cès avec un res­tau­rant rue Las­ca­ris, dans le quar­tier du Port à Nice. Il tu­toie les som­mets de la réus­site en mars 2007 quand il dé­cide de re­lan­cer La Ré­serve, une table de pres­tige en perte de vi­tesse. En lo­ca­tion-gé­rance, le res­tau­rant si­tué entre le port et le Capde- Nice, face à la mer, n’évite pour­tant pas la dé­con­fi­ture deux ans plus tard. Une li­qui­da­tion qui au­rait coû­té à cet in­ves­tis­seur tu­ri­nois plu­sieurs cen­taines de mil­liers d’eu­ros. Entre 500 000 et un mil­lion d’eu­ros se­lon les sources. « J’ai pris des risques et j’y laisse des plumes mais nous ne sommes pas des mal­hon­nêtes » , avait- il confié dans nos co­lonnes lors d’une in­ter­view pa­rue en mai 2009. Bles­sé dans son amour-propre, il au­rait alors dé­ve­lop­pé de­puis une ran­coeur à l’adresse de Jac­que­line Vey­rac, pro­prié­taire du fonds de com­merce. C’est du moins l’hy­po­thèse avan­cée, hier soir, par Jean-Mi­chel Prêtre, le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Nice, lors d’une confé­rence presse, sa­chant que le ma­gis­trat n’a ci­té au­cun nom des dif­fé­ren-

tes per­sonnes mises en exa­men et qui sont toutes pré­su­mées in­no­centes.

Des SMS qui se perdent

Le com­mis­saire di­vi­sion­naire Phi­lippe Fri­zon, chef de l’an­tenne PJ de Nice, a confir­mé qu’il con-

si­dé­rait à ce stade de l’en­quête Giu­seppe Se­re­na comme le com­man­di­taire de l’enlèvement et de la sé­ques­tra­tion de Jac­que­line Vey­rac. La ven­geance, chez Giu­seppe, pro­fes­sion­nel de la res­tau­ra­tion, se­rait- il un plat qui se mange froid ? Pour éla­bo­rer une opé­ra­tion com­man­do, le res­tau­ra­teur monte un cas­ting im­pro­bable, hé­té­ro­clite. Il re­crute Luc Gour­so­las, un ex-pa­pa­raz­zi, qui de­puis des mois sur­veille les faits et gestes de Mme Vey­rac - par ailleurs pro­prié­taire du Grand Hô­tel à Cannes - no­tam­ment grâce à une ba­lise fixée sous le vé­hi­cule de la femme d’af­faires. Il y a éga­le­ment dans l’équipe Phi­lip D., un an­cien sol­dat bri­tan­nique de­ve­nu SDF, hé­ber­gé par Gour­so­las. Le com­man­di­taire trouve avec dif­fi­cul­té semble-til, trois hommes de main char­gés du rapt et de la sur­veillance de la vic­time. Là en­core des pe­tits dé­lin­quants sans lien avec le grand ban­di­tisme.

Mais plu­sieurs grains de sable vont ve­nir en­rayer cette fu­neste mé­ca­nique. Une fois Jac­que­line Vey­rac em­me­née de force dans une four­gon­nette, alors qu’elle sor­tait de la phar­ma­cie Gam­bet­ta à Nice et re­joi­gnait son 4x4 ave­nue Emi­lia, rien ne se passe comme pré­vu. Les SMS en­voyés lun­di après­mi­di au fils deMme Vey­rac, cen­sés for­ma­li­ser une de­mande de ran­çon, n’ar­ri­ve­ront ja­mais à leur des­ti­na­taire. Ce qui ne manque pas d’in­quié­ter les au­to­ri­tés, im­puis­santes tant que les ra­vis­seurs ne se sont pas ma­ni­fes­tés. Jac­que­line Vey­rac, mal­gré ses 76 ans, fait preuve de ca­rac­tère ( lire par ailleurs) et tente par deux fois de s’échap­per. Il y a en­suite la vi­gi­lance d’un pas­sant, che­min de Sa­quier à Nice, qui re­marque la plaque d’im­ma­tri­cu­la­tion mal fixée d’une four­gon­nette blanche. Son ini­tia­tive, sa­luée par le pro­cu­reur, per­met de li­bé­rer Jac­que­line Vey­rac saine et sauve dès mer­cre­di. Le sa­voir-faire des po­li­ciers de la PJ ni­çoise, ren­for­cés par leurs col­lègues de Mar­seille et du ma­té­riel so­phis­ti­qué en­voyé par la di­rec­tion cen­trale d’Ecul­ly fait le reste. Les en­quê­teurs pro­cèdent à un vaste coup de fi­let avec neuf in­ter­pel­la­tions sur Nice et ses en­vi­rons mer­cre­di et jeu­di. Deux per­sonnes ont été mises hors de cause en fin de se­maine, no­tam­ment un chef cui­si­nier, as­so­cié de Se­re­na à l’époque de La Ré­serve.

Un ex- po­li­cier sous contrôle ju­di­ciaire

Après 96 heures de garde à vue, sept per­sonnes ont été dé­fé­rées hier ma­tin. Le par­quet a re­quis six man­dats de dé­pôt et un contrôle ju­di­ciaire. Fi­na­le­ment cinq per­sonnes de­vaient être pla­cées dans la nuit en dé­ten­tion pro­vi­soire par le juge des li­ber­tés et de la dé­ten­tion. Elles ont été mises en exa­men pour enlèvement, sé­ques­tra­tion, ten­ta­tive d’ex­tor­sion et vol, le tout en bande or­ga­ni­sée. La peine en­cou­rue pour ce crime est la per­pé­tui­té. Un an­cien po­li­cier, re­con­ver­ti en dé­tec­tive of­fi­cieux, a été mis en exa­men pour non-em­pê­che­ment de crime mais a été re­lâ­ché hier après-mi­di, sous contrôle ju­di­ciaire. In­for­ma­tion confir­mée par son conseil, Me Di­na Bas­si­ri. L’en­quête ne fait que com­men­cer a rap­pe­lé le com­mis­saire Fri­zon. Seul un quart des pré­lè­ve­ments de la po­lice tech­nique et scien­ti­fique a été ana­ly­sé. Deux juges d’ins­truc­tion ont été dé­si­gnés pour pi­lo­ter les nom­breuses in­ves­ti­ga­tions qui res­tent à ef­fec­tuer. Se­lon nos sources, d’autres in­ter­pel­la­tions doivent in­ter­ve­nir. Les en­quê­teurs comptent no­tam­ment élu­ci­der l’enlèvement avor­té de Jac­que­line Vey­rac en 2013. Un évé­ne­ment aux étranges si­mi­li­tudes même si les pro­ta­go­nistes ne sont pas for­cé­ment tous les mêmes.

(DR)

Luc Gour­so­las (à gauche), l’ex-pa­pa­raz­zi, sur­veillait de­puis des mois Jac­que­line Vey­rac. Il a été re­cru­té par le com­man­di­taire pré­su­mé du rapt, Giu­seppe Se­re­na (à droite), l’an­cien gé­rant du res­tau­rant La Ré­serve à Nice. Ils font par­tie des cinq per­sonnes écrouées.

(Pho­to Fran­çois Vi­gno­la)

Le pro­cu­reur a ren­du un hom­mage ap­puyé au co­los­sal tra­vail de la bri­gade cri­mi­nelle de la PJ, ren­for­cée la se­maine der­nière par l’en­semble des ser­vices.

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