Rapt : les in­croyables aven­tures de « Tin­tin »

Alors même que la PJ, sur les dents, ten­tait de re­trou­ver Jac­que­line Vey­rac, l’an­cien pa­pa­raz­zi cher­chait à ré­cu­pé­rer un élé­ment com­pro­met­tant ... au com­mis­sa­riat

Monaco-Matin - - Côte D’azur - GRÉ­GO­RY LE­CLERC

Un bon en­quê­teur doit avoir de la veine. Il en va ain­si. Mais sans flair, la­vei­nen’est que pous­sière. Lorsque la ri­chis­sime veuve de 76 ans est en­le­vée lun­di 24 oc­tobre, en plein jour, quar­tier des Mu­si­ciens à Nice, des té­moins de la scène in­diquent avoir aper­çu l’undes au­teurs du rapt tou­cher son vé­hi­cule. Il­li­co­pres­to, le Toyo­ta Rav4 de Jac­que­line Vey­rac est donc em­bar­qué pour re­cherche d’em­preintes. Lo­gique. De­vant sa té­lé, un homme n’igno­re­pas, avant­mê­meles en­quê­teurs, que la ba­gnole ne com­porte pas que des em­preintes. Elle est truf­fée. Luc Gour­so­las alias « Tin­tin », an­cien pa­pa­raz­zi ni­çois re­con­ver­ti sans droit ni titre en dé­tec­tive pri­vé, sait que sous le vé­hi­cule se trouve une ba­lise GPS. Et pour cause. Il l’a lui-même pla­cée pour fi­lo­cher la sep­tua­gé­naire…

« Il pose des ba­lises mais n’en­lève pas les vieilles dames »

Le pé­na­liste ni­çois Adrien Ver­rier, avo­cat de Luc Gour­so­las, ne conteste pas ce fait. Mais se­lon lui, « Tin­tin » igno­rait tout des plans ma­chia­vé­liques our­dis à l’en­contre de la pré­si­dente du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion du Grand hô­tel de Cannes. « Mon client pose des ba­lises pour dé­cou­vrir des adul­tères, mais il n’en­lève pas les vieilles dames! Il conteste fa­rou­che­ment toute par­ti­ci­pa­tion en connais­sance de cause à ces faits qu’il qua­li­fie de to­ta­le­ment abo­mi­nables. » En gar­deà­vue, la ligne de dé­fense du « dé­tec­tive pri­vé » s’est des­si­née. Il au- rait été sol­li­ci­té par Phi­lipp. D. an­cien sol­dat bri­tan­nique, de­ve­nu SDF, qu’il hé­ber­geait. L’ex sol­dat de sa Ma­jes­té au­rait ex­pli­qué à « Tin­tin » que Giu­seppe Se­re­na, an­cien gé­rant du res­tau­rant La Ré­serve, était en couple avec Ma­da­meVey­rac et que le res­tau­ra­teur sus­pec­taitdes in­fi­dé­li­tés. C’est pour ce­la, et uni­que­ment pour ce­la, que « Tin­tin » au­rait été re­cru­té, à rai­son de 500 eu­ros par jour. Voi­là ce que le « dé­tec­tive pri­vé » a dé­bal­lé de­vant les en­quê­teurs. La tra­jec­toire de cet an­cien pa­pa­raz­zi de haut vol, qui té­moi­gnait par­fois dans des émis­sions té­lé­vi­sées, était de­puis­quelque temps des­cen­dante. Cô­té fi­nances, il ti­rait le diable par la queue. Il en était ré­duit à faire la pige comme vi­gile sur une plage pri­vée de la Pro­me­nade des An­glais. Lui qui tra­quait au­tre­fois de par le­monde Brad Pitt ou Ca­ro­line de Mo­na­co. Et dont les cli­chés s’af­fi­chaient dans la presse people in­ter­na­tio­nale… 500 eu­ros par jour pour l’af­faire? Dans une salle d’in­ter­ro­ga­toire voi­sine, Phi­lippD. livre une autre ver­sion: « Le con­trat de Tin­tin, c’était 50000 eu­ros». « Ça fait cher l’af­faire du­ma­ri co­cu », iro­nise un proche de l’en­quête.

Au nez et à la barbe des po­li­ciers

D’au­tant qu’il y a un hic. Quand le rapt éclate dans la presse, LucGour­so­las au­rait en toute lo­gique dû, pen­sant se­lon ses dires fi­ler une femme adul­tère et « dé­cou­vrant » le­rapt, se­dé­non­cer à la po­lice. Que nen­ni. « Il a pa­ni­qué à par­tir du lun­di soir », confie un proche du dos­sier. Que fait alors Luc Gour­so­las ? Ce­la pa­raît in­croyable, mais il tente d’al­ler ré­cu­pé­rer la ba­lise GPS qu’il avait po­sée. Où ça? Dans la cour même du com­mis­sa­riat Au­vare! Au­nez et à la­barbe des po­li­ciers! Le lun­di soir à 19 heures, jour de l’en­lè­ve­ment, sou­mis àun­con­trôle ju­di­ciai­res­trict de­pui­sun­gra­veac­ci­dent de la route qu’il avait pro­vo­qué en dé­cembre der­nier, il s’y rend pour émar­ger. Il signe alors le­re­gis­treà­la­gué­rite si­tuée à l’ex­té­rieur de la ca­serne. On peut pen­ser que ce fin connais­seur des lieux en a pro­fi­té pour ob­ser­ver l’ani­ma­tion ré­gnant à l’in­té­rieur et ten­té de hu­mer l’at­mo­sphère. On ima­gine son in­quié­tude. Il n’est alors qu’à quelques di­zaines de mètres des bu­reaux de la cel­lule de la PJ qui bosse sur l’af­faire. Mais Luc Gour­so­las ne s’en tien­dra pas là. Il re­tourne le mar­diàAu­vare. Avec en tête l’idée, im­pro­bable, de mettre la­main sur la fa­meuse ba­lise? « Si j’avais pu le faire, je l’au­rais fait », a-t-il avouéen­garde à vue. Son avo­cat nie qu’il y soit al­lé pour cette rai­son. « Il avait l’in­ten­tion de se confier à un po­li­cier », ex­plique Me Adrien Ver­rier. Mais de concé­der: « L’idéea­pu lui tra­ver­ser l’es­prit. » Il au­rait ter­gi­ver­sé de­vant la ca­serne, as­su­rant ne pas y être en­tré. « Il a eu peur de re­pré­sailles. » . Entre-temps, le nez des li­miers de la po­lice ju­di­ciaire ni­çoise a payé. Ils ont­mis la main sur le mou­chard. Cette pa­luche po­sée sur le vé­hi­cule par l’un des­voyous au­ra été le coup de pou­ce­du­des­tin pour l’en­quête. L’ex pa­pa­raz­zi, convain­cu d’êtreem­bau­ché par un­ma­ri co­cua-t-il pa­ni­qué et pris les mau­vaises dé­ci­sions ? Étai­til au cou­rant du sor­dide scé­na­rio de rapt et de de­mande de ran­çon? Son avo­cat le nie. « Il est certes cou­pable de non­dé­non­cia­tion de crime, mais pas d’un rapt. Il est nor­mal qu’une ins­truc­tion soit ou­verte, nor­mal qu’il soit sus­pec­té, mais la fi­na­li­té de l’ins­truc­tion, c’est dé­cou­vrir la vé­ri­té. Et elle se­ra en sa fa­veur », as­su­reMe Adrien Ver­rier.

(Pho­to Jean-Fran­çois Ot­to­nel­lo)

C’est ici, à la ca­serne Au­vare, que «Tin­tin» a en­vi­sa­gé de ten­ter de ré­cu­pé­rer la ba­lise GPS res­tée sous le vé­hi­cule de Jac­que­line Vey­rac. Au nez et à la barbe des en­quê­teurs.

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