Comment un po­li­cier re­trai­té a re­çu “Tin­tin”

Me Bas­si­ri dé­fend un po­li­cier re­trai­té qui a re­çu, à son do­mi­cile, du­rant le kid­nap­ping, l’ex pa­pa­raz­zi im­pli­qué dans le dos­sier. La jus­tice lui re­proche une « non dé­non­cia­tion de crime »

Monaco-Matin - - La Une - GRÉ­GO­RY LE­CLERC gle­clerc@ni­ce­ma­tin.fr

La vie de mon client a bas­cu­lé d’un coup. » Me Di­na Bas­si­ri est avo­cate à Cannes. Elle dé­fend, dans l’af­faire du rapt de Jac­que­line Vey­rac, un po­li­cier en re­traite. Il a été in­ter­pel­lé la se­maine der­nière dans ce dos­sier, puis mis en exa­men pour « non dé­non­cia­tion de crime » et re­mis en li­ber­té sous contrôle ju­di­ciaire. Il est ac­cu­sé de ne pas avoir aler­té la jus­tice de ce qu’il sa­vait. L’avo­cate can­noise, plu­tôt spé­cia­li­sée dans les af­faires fi­nan­cières, ne don­ne­ra pas le nom de son client. Se­lon nos in­for­ma­tions, il s’agit d’un an­cien en­quê­teur de la Sû­re­té ur­baine dé­par­te­men­tale, une uni­té ju­di­ciai­re­de­puis dis­soute. La vie de cet homme à la re­trai­tea­bas­cu­lé sur un coup de fil. Nous sommes mar­di 25 oc­tobre, un peu moins de 24 heures après le rapt de la ri­chis­sime veuve, Jac­que­line Vey­rac, dont on est tou­jours sans nou­velles.

« J’ai de très gros pro­blèmes »

La po­lice en­quête tous azi­muts. C’est alors que, se­lon l’avo­cate, l’ex-po­li­cier qui se trou­vait chez lui re­çoit un coup de fil de Luc Gour­so­las. L’au­to­pro­cla­mé « dé­tec­tive pri­vé », an­cien pa­pa­raz­zi, veut le voir de toute ur­gence. Ce­lui qu’on sur-

nomme « Tin­tin » a, de­puis des lustres, des re­la­tions très étroites avec les mi­lieux po­li­ciers. La ca­serne Au­vare, il la connaît par coeur, tout comme les­hommes qui y tra­vaillent. « Mon client le connaît, comme tous les po­li­ciers. Ce n’est pas une ami­tié. Je pré­cise aus­si que mon client ne connaît au­cun autre pro­ta­go­niste du dos­sier, ni Mme Vey­rac, ni per­sonne d’autre », in­sis­teMe Di­na Bas­si­ri. « Il faut que je te voie, c’est im­por­tant. » Le ton au té­lé-

phone est si urgent que l’ex­po­li­cier ac­cepte un ren­dez­vous sur le champ avec l’ex­pa­pa­raz­zi. Il le re­çoit en pan­toufles sur le pa­lier de son do­mi­cile ni­çois, dans la­ma­ti­née de mar­di. Que se son­tils dit? L’avo­ca­te­ne­veut pas ren­trer dans ces dé­tails. Se­lon une sour­ce­proche du dos­sier, Luc Gour­so­las a évo­qué im­mé­dia­te­ment l’af­faire Vey­rac, sans ci­ter de noms de pro­ta­go­nistes. « J’ai de très gros pro­blèmes, il faut que tu m’aides, j’ai pla­cé des ba­lises sur une voi-

ture. Je ne sa­vais pas que c’était Vey­rac. » Le « dé­tec­tive pri­vé » au­rait in­di­qué, en ex­pli­ca­tion, que cette sur­veillance lui avait été pré­sen­tée comme une af­faire d’adul­tère. Me Di­na Bas­si­ri af­firme que son client a été aba­sour­di de ce que ve­nait de lui an­non­cer l’ex-pa­pa­raz­zi. « Comme la France en­tière, il avait en­ten­du l’af­faire à la ra­dio et à la té­lé. Pas­sée la stu­peur, son ins­tinct de flic a re­pris le des­sus et il a dit à Luc Gour­so­las, « Viens on va à Au­vare ». Avec pour ob­jec­tif que « Tin­tin » se rende.

« J’ai un gi­got sur le feu »

Face à cette ré­ac­tion, Luc Gour­so­las au­rait, se­lon Me Bas­si­ri, as­su­ré qu’il se ren­drait à la po­lice – il avait en ef­fet po­sé les ba­lises de sur­veillance sur la voi­ture de la vic­time – « mais plus tard dans la jour­née ». Et de sor­tir cette phrase éton­nante, se­lo­nune source proche du dos­sier: « Mais je dois re­pas­ser chez moi avant, j’ai un gi­got sur le feu. » A ce mo­ment-même, Mme Vey­rac crou­pis­sait li­go­tée dans le coffre d’une voi­ture sur la col­line de Bel­let. Elle ne se­ra li­bé­rée que le len­de­main, dé­cou­verte par ha­sard par un ri­ve­rain. Se­lonMe Adrien Ver­rier, avo­cat de Luc Gour­so­las – qui ré­af­firme que l’ex-pa­pa­raz­zi igno­rait tout du pro­jet de rapt –, il s’agis­sait plus de trou­ver une ex­cuse pour écour­ter la conver­sa­tion. Ce dont convient Me Bas­si­ri. Mais pour­quoi être al­lé voir cet an­cien­po­li­cier? « C’était pour prendre con­seil », as­su­reMe Ver­rier. La suite, on la connaît. L’ex­pa­pa­raz­zi ne se ren­dra pas, et se­ra in­ter­pel­lé le mer­cre­di en find’après-mi­di quelques heures après la li­bé­ra­tion de la vic­time. « Mon client pen­sait que Luc Gour­so­las s’était bien ren­du, af­firme Me Bas­si­ri. Sur­tout lors­qu’il a vu le len­de­main que Mme Vey­rac était li­bé­rée et qu’il a en­suite consta­té que M. Gour­so­las était au nombre des in­ter­pel­lés. » Se­lon elle, cette mise en exa­men pour « non dé­non­cia­tion de crime » n’est pas mé­ri­tée. « Mon client a pen­sé que Luc Gour­so­las avait te­nu pa­role. Jus­qu’à ce qu’il se fasse in­ter­pel­ler par ses propres an­ciens col­lègues! Vous vous ren­dez compte? Il est anéan­ti. » Me Di­naBas­si­ri re­dit sa confiance en la jus­tice, et dans les ma­gis­trats qui ont été dé­si­gnés (NDLR: les deux juges d’ins­truc­tion In­grid Der­veaux et Alain Che­ma­ma, doyen des juges d’ins­truc­tion de Nice). « Mon client a pas­sé sa vie au ser­vice des autres, il a une car­rière exem­plaire. C’est un Saint-Ber­nard, il ne peut s’em­pê­cher d’ai­der les gens, et il le paye au­jourd’hui », af­firme l’avo­cate.

On ap­pren­dra d’ailleurs plus tard (notre édi­tion­du1er no­vembre), quel’ex-pa­pa­raz­zi avait, dans un plan as­sez im­pro­bable en­vi­sa­gé, le mar­di, de ré­cu­pé­rer ses ba­lises sur la­voi­ture sai­sie par les en­quê­teurs, dans la cour même du com­mis­sa­riat! Il s’était donc ren­du à Au­vare mais sans pou­voir mettre son plan à exé­cu­tion.

(Pho­to G. L.)

Me Di­na Bas­si­ri, avo­cate d’un ex-po­li­cier in­ter­pel­lé dans le cadre de l’af­faire Vey­rac, puis mis en exa­men et re­mis en li­ber­té sous contrôle ju­di­ciaire.

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