Va­lé­rie Pé­cresse, carte maî­tresse d’Alain Jup­pé

Monaco-Matin - - France - Par MICHÈLE COT­TA

Elle s’est fait at­tendre. Ce n’est qu’à  heures du deuxième dé­bat de la pri­maire de la droite et du centre que Va­lé­rie Pé­cresse, la pré­si­dente Les Ré­pu­bli­cains (LR) de la ré­gion Île-de-France, a an­non­cé son ral­lie­men­tàA­lain Jup­pé. Une sur­prise, du­re­ment res­sen­tie dans le camp de Fran­çois Fillon, car on la sa­vait proche de ce­lui-ci: elle l’avait en ef­fet sou­te­nu en  dans le duel qui l’avait op­po­séà Jean-Fran­çois Co­pé, pour la pré­si­den­cede la dé­fun­teUMP. Elle n’en a pas moins au­jourd’hui, sans at­tendre le se­cond tour, choi­si le maire de Bor­deaux. Parce qu’il est, au­jourd’hui, le fa­vo­ri de la pri­maire? Pas seule­ment, d’au­tant que trois se­maines nous sé­parent en­co­re­du­pre­mier tour, et que les pronostics ne sont pas cou­lés dans le bronze. Il est tou­jours dif­fi­cile, lorsque le scru­tin est en­core in­dé­cis, pour l’unou l’autre des grands ba­rons (ou ba­ronnes) po­li­tiques de faire son choix. Trop tôt, comme Fran­çois Ba­roin, et l’on­peut se mordre les doigts d’avoir abat­tu ses cartes trop vite. Trop tard, et le train risque de pas­ser sans s’ar­rê­ter à votre sta­tion. Si Va­lé­rie Pé­cresse a choi­si Jup­pé, c’est d’abord par re­fus de Ni­co­las Sar­ko­zy. Certes, ce­lui-ci en avait fait la mi­nistre de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur et de la Re­cherche de  à , puis du Bud­get et des Comptes pu­blics de  à . Certes, plus tard, il l’a éga­le­ment dé­si­gnée comme chef de file (LR) pour les ré­gio­nales de  en Île- deF­rance, qu’elle a ar­ra­chée après une dure cam­pagne face au so­cia­liste Claude Bar­to­lone. Il n’em­pêche: entre l’ex-pré­sident de la Ré­pu­blique et elle, le cou­rant a tou­jours été al­ter­na­tif, os­cil­lant entre cor­dia­li­té et af­fron­te­ment, ir­ri­ta­tion et résignation. Les re­la­tions per­son­nelles n’ex­pliquent pas tout. Le choix de Va­lé­rie Pé­cresse est éga­le­ment po­li­tique: à la tête de la ré­gion Île-de-France, elle a ou­vert très lar­ge­ment sa ma­jo­ri­té ré­gio­nale aux cen­tristes. D’où sa crainte de voir la ligne po­li­tique choi­sie par Ni­co­las Sar­ko­zy cas­ser cette har­mo­nie dif­fi­cile. Le choix d’Alain Jup­pé, sou­te­nu­par la droite et mas­si­ve­ment par le centre, lui semble plus proche de ce­lui qu’elle a fait elle-même en . Avant de faire son choix, Va­lé­rie Pé­cresse avait te­nu à faire sa­voir par lettre aux can­di­dats ce qu’elle at­ten­dait d’eux. Ni­co­las Sar­ko­zy ne lui a pas ré­pon­du, Fran­çois Fillon a in­ter­pré­té le ques­tion­naire comme une fa­çonde prendre ses dis­tances vis-à-vis de lui. Alain Jup­pé, au contraire, s’est ren­du lui-même à la pré­si­dence de la Ré­gion­pour re­mettre en main propre ses ré­ponses, fa­vo­rables, à la lettre deVa­lé­rie Pé­cresse, non sans avoir lais­sé en­tendre, au­pa­ra­vant, qu’elle fe­rait une ex­cel­lente Pre­mier­mi­nistre. Les bonnes ma­nières en­traî­nant les bonnes ma­nières, et la po­li­tique fai­sant fi­na­le­ment la loi, la pré­si­dente a choi­si Alain Jup­pé, « la bonne per­sonne, a-t- elle dit,

à la bonne place » . Sa dé­ci­sion, cruelle pour Fran­çois Fillon, l’est sur­tout pour Ni­co­las Sar­ko­zy, qui ne voit pas de gaie­té de coeur son concur­rent prin­ci­pal en­gran­ger un­nou­veau sou­tien.

« Entre Ni­co­lasSar­ko­zy et elle, le cou­rant a tou­jours été al­ter­na­tif, os­cil­lant entre cor­dia­li­té et af­fron­te­ment, ir­ri­ta­tion et résignation. »

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