«Il n’ya­plus de­place entre le low­cost et le luxe »

Fon­da­teur de la so­cié­té APG, lea­der mon­dial de four­ni­tures de ser­vices aux com­pa­gnies aé­riennes, réunit 70 tran­spor­teurs en Prin­ci­pau­té, jus­qu’à au­jourd’hui, pour par­ler bu­si­ness

Monaco-Matin - - Monaco - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR THO­MAS MI­CHEL ET NI­CO­LAS HAS­SON-FAURE tmi­chel@ni­ce­ma­tin.fr nhas­son@ni­ce­ma­tin.fr

Lea­der mon­dial de four­ni­tures de ser­vices aux com­pa­gnies aé­riennes, APG opère (commercialisation et dis­tri­bu­tion) dans 153 pays, jouit d’une im­plan­ta­tion dans 110 d’entre eux, et compte 200 clients ex­clu­sifs sur les 900 com­pa­gnies aé­riennes re­cen­sées dans le monde. Au­tant dire que la so­cié­té fon­dée­par Jean-Louis Ba­roux pèse lourd sur le tar­mac! La 8e édi­tion de l’APG World Con­nect – le4eàMo­na­co–, un­cycle de confé­rences réunis­sant jus­qu’à au­jourd’huià l’hô­tel Fair­mont 70 tran­spor­teurs aé­riens de toutes tailles – mais « peu de low cost » –, at­teste de cette en­ver­gu­re­mon­diale. Quant à Jean-Louis Ba­roux, il af­firme, après quelques tâ­ton­ne­ments, avoir trou­vé la terre pro­mise sur le Ro­cher. « On ne de­mande que ça d’avoir des liens im­por­tants avec les Mo­né­gasques et le gou­ver­ne­ment. » Seuls re­grets pour l’or­ga­ni­sa­teur, l’ab­sence d’un hé­ros de l’aven­ture So­lar Im­pulse, Ber­trand Pic­card, et le dé­sis­te­ment de der­niè­re­mi­nute de Fré­dé­ric Ga­gey, fraî­che­ment dé­bar­qué du poste de p.d.-g. d’Air France (lire nos édi­tions d’hier). Cô­té­bu­si­ness, les voyants sont en re­vanche au vert. Convain­cu « qu’on ne fait rien sans les agences de voyage et que la dis­tri­bu­tion di­recte par In­ter­net n’a de sens que quand vous êtes une grosse com­pa­gnie sur un gros marché » , l’homme d’af­faires pré­sente, avec la gouaille de l’ex­pé­rience et le franc-par­ler du tau­lier, « l’in­ter­line » comme la « clé du sys­tème » de trans­port aérien. « L’in­ter­line, c’es­tà-dire que, moi, com­pa­gnie aé­rienne, j’ac­cepte le billet d’une autre com­pa­gnie aé­rienne parce que je sais qu’elle va me payer. » Un sys­tème au­quel il croit tant qu’APGa­créé, àCannes, sa­propre com­pa­gnie aé­rienne – APGAir­lines – « en sup­port de l’in­ter­line » . « Elle va opé­rer des vols à par­tir de Nice pour Ber­game. Si nous si­gnons les ac­cords in­ter­line que nous avons pré­vus, iciàMo­na­co, on va faire un chiffre d’af­faires entre 120 et 150 mil­lions d’eu­ros d’ici deuxans. C’est un bu­si­ness qui doit pou­voir mon­ter à un pe­tit mil­liard, ce n’est pas rien et ça jus­ti­fie de ve­nir pas­ser du temps au so­leil! (rires) ».

Pour­quoi or­ga­ni­ser cet évé­ne­men­tàMo­na­co? Mo­na­co, c’est très dif­fé­rent. Ça fait  ans que je suis dans le bu­si­ness et je me suis aper­çu que l’unedes clés de sa réus­site, c’était de res­pec­ter la cultu­redes autres, ne pas im­po­ser sa propre culture. Et pour al­ler dans un pays neutre, hor­misMo­na­co, trou­vez quelque chose! Il y a San Ma­rin Ça pla­ne­pour Jean-Louis Ba­roux aux com­mandes de l’APGWorld Con­nect.

pro­ba­ble­ment, mais ce n’est pas le même pres­tige. Mo­na­co, pour nous, ça a un sens géo­po­li­tique im­por­tant de neu­tra­li­té. Et c’est gla­mour, les gens sont de bonne hu­meur quand ils viennent ici.

Au point de fai­re­deMo­na­co l’unique lieu de ré­cep­tion de l’APGWorld Con­nect à l’ave­nir? Com­meo­nest mon­diaux, ona vou­lu faire leAPG World Con­nect par­tout. Et chaque fois, onaeu des pro­blèmes de culture, parce que les­mêmes mots ne veulent pas dire les mêmes choses. En Jor­da­nie, vous don­nez ren­dez-vous à quel­qu’un à  heures, il com­prend que c’est à par­tir de  heures, mais il peut ar­ri­ver à  heures! Dans cer­tains pays, « de­main », c’est n’im­porte quel jour après au­jourd’hui. AWa­shing­ton, on a eu d’énormes pro­blèmes avec la nour­ri­ture et pour­tant on avait tra­ver­sé trois fois l’At­lan­ti­que­pour dire “faites at­ten­tion”. Ici, à Mo­na­co, on se­met d’ac­cord avec le chef et il n’ya­pas à re­ve­nir der­rière. Onest vrai­ment convain­cus qu’on­peut faire beau­coup de cho­sesàMo­na­co. Vous n’êtes pas obli­gés d’avoir des en­tre­pôts, des aé­ro­ports, il suf­fit d’avoir du brain, du­sa­voir-faire, et vous faites du bu­si­ness tout pa­reil.

Quel­leest la thé­ma­tique de cet­teé­di­tion  ? Le marché de masse et le marché de luxe. Le marché de masse, il y a les low­cost qui ar­rivent et sont très puissants main­te­nant. Le luxe, vous avez les com­pa­gnies du Golfe qui sont là et qui ont don­né un nou­veau stan­dard. On va dé­battre avec des com­pa­gnies qui sont sou­vent tra­di­tion­nelles mais qui, j’en suis convain­cu, de­vront évo­luer dans un sens ou dans l’autre. Sans ça, au mi­lieu, elles vont mou­rir.

Donc, le­mar­ché aérien va évo­luer vers ces ex­tré­mi­tés… Ce qui est vrai d’ailleurs pour tous les pro­duits. Que vous pre­niez des voi­tures, des tex­tiles, etc. Il n’ya­plus de place entre le low­cost et le haut de­gamme.

Ces ren­contres ne se can­tonnent donc pasàdes échanges, elles re­vêtent aus­si des en­jeux stra­té­giques et fi­nan­ciers… Oui, on est là pour fai­redes sous! Les com­pa­gnies font des af­faires entre elles car elles n’ont pas sou­vent l’oc­ca­sion de se ren­con­trer. Ame­ner  com­pa­gnies aé­rien­nesàMo­na­co, il n’y a pas beau­coupd’en­droit où vous pou­vez faire ça. Il y a le mee­ting de IATA (In­ter­na­tio­nal Air Trans­port As­so­cia­tion), qui traite de  à  com­pa­gnies, et après

il ya­nous. On n’apas les mêmes, mais une pe­tite com­pa­gnie aé­rienne et une­grande font exac­te­ment le­mê­me­mé­tier, ce sont les­mêmes stan­dards.

Quels sont les su­jets qui agitent le­monde du trans­port aérien en ce­mo­ment? L’un des pro­blèmes des com­pa­gnies, c’est de sa­voir com­ment elles se si­tuent, com­ment elles vont ga­gner des sous. Ac­tuel­le­ment, elle gagne un peu de sous parce que le pé­tro­leest bas. Le jour où le pé­trole re­monte, tout le monde va se re­mettre à re­plon­ger. Donc les com­pa­gnies sont en train de ré­flé­chir à leur po­si­tion­ne­ment, ou elles vont d’un cô­té ou de l’autre, mais elles ont du mal à tran­cher. Ce sont des com­pa­gnies qui sou­vent ont ,  ou  ans, une longue his­toire et par­fois de l’apa­thie. C’est dif­fi­cile de faire chan­ger les gens et ces com­pa­gnies sont ac­tuel­le­ment gé­rées par ceux qui ont ap­pris dans les an­ciens sys­tèmes. Il faut donc at­ten­dre­qu’une­nou­velle gé­né­ra­tion ar­ri­ve­pour bou­le­ver­ser un­peu tout ça.

Et en ce qui concerne la ques­tion du dé­ve­lop­pe­ment du­rable? Le dé­ve­lop­pe­ment du­rable, c’est in­con­tour­nable. Vrai­ment. le trans­port aérien, quoi qu’on en dise, a vrai­ment pris conscien­cede ce­la et du fait que c’est un plus pour se com­mer­cia­li­ser. Être éco­lo­gi­queade la va­leur sur plu­sieurs points. D’abord, c’est beau­coup plus éco­no­mique: moins vous consom­mez, moins vous usez vo­treap­pa­reil. Et puis ça pol­lue moins et c’est bien vu. Ça s’adresse beau­coup aux construc­teurs­mais aus­si aux gens du contrôle aérien car, si vous ar­ri­vez à re­tailler les routes, gros­so mo­doon­pen­se­qu’on peut ga­gner, enEu­rope et en moyenne, àpeu près six mi­nutes de temps de vol. C’est co­los­sal! Mais c’est com­pli­qué, tout le monde doit s’y mettre. L’an­cien pa­tron des achats de flot­te­pour Air Fran­ceet KLM, Pierre Vel­lay, va d’ailleurs fai­reune in­ter­ven­tion sur ce su­jet-là. Il dit: “At­ten­tion! Air­bus va dans le mau­vais sens, Boeing va dans le bon sens”.

Les com­pa­gnies portent-elles un vrai in­té­rêt aux in­no­va­tions, comme la­prouesse de So­lar Im­pulse gui­dée de­puis Mo­na­co? Je vou­lais l’avoir So­lar Im­pulse! Je suis bluf­fé! Je vou­lais ab­so­lu­ment avoir Ber­trandPic­card [l’un des deux pi­lotes de l’aven­ture, NDLR] mais ça n’apas été­pos­sible. Ren­dez-vous compte, les frères Wright lors­qu’ils ont com­men­cé en , ils ont fait , kmà­deux mètres de hau­teur. Cin­quante ans après, on tra­ver­sait l’At­lan­tique avec des jets. Qui vous dit que dans  ans on n’au­ra pas des avions so­laires? J’en­tends dire que c’est une bê­tise et que ça ne se fe­ra ja­mais. Je vou­drais voir que ça ne se fas­se­pas. So­lar Im­pul­sea­mon­tré que c’était pos­sible! Les gens sont bluf­fés­mais ils ne le disent pas trop ( rires). On com­men­ceà avoir des avions élec­triques. Sur le plande l’en­vi­ron­ne­ment, c’est très bien, ça ne fait pas de bruit. Sur le­plan écologique, il n’est pas prou­véque le bi­lan car­bone soit vrai­ment im­por­tant. Mais le so­lai­reoui! Il y aen­co­re­beau­coup de pro­grès à fai­re­mais ils le fe­ront.

On est là pour faire des sous ! ” Je suis bluf­fé par So­lar Im­pulse ! ”

(Pho­to Jean-Fran­çois Ot­to­nel­lo)

Ce dé­bat s’adresse-t-il plus aux construc­teurs qu’aux com­pa­gnies aé­riennes?

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