H. Guaino: « Rompre avec les po­li­tiques d’aus­té­ri­té »

Le dé­pu­té des Yve­lines, an­cien conseiller de Sar­ko­zy, veut dé­fendre à la présidentielle un pro­jet à contre-cou­rant du li­bé­ra­lisme am­biant

Monaco-Matin - - France - THIER­RY PRUDHON

Hen­ri Guaino n’a pas réuni les par­rai­nages pour par­ti­ci­per à la primaire de la droite. Dom­mage. Le dé­pu­té des Yve­li­ne­syau­rait fait ré­son­ner une­mu­sique très dif­fé­rente de celle qu’onyen­tend, en ma­tière éco­no­mique tout spé­cia­le­ment. L’an­cienne émi­nence grise deNi­co­las Sar­ko­zy, qui ins­pi­ra aus­si lacam­pagne de Jacques Chi­rac sur la frac­ture so­cia­leen1995, s’est af­fran­chie et fait dé­sor­mais ca­va­lier seul. « Je conserve toute mon ami­tié et toute mon es­time à Ni­co­las Sar­ko­zy, pré­cise-t-il, mais je ne suis d’ac­cord­ni avec sa stra­té­gie, ni avec son pro­gramme. Je trouve aus­si qu’il n’au­rait pas dû re­ve­nir à la tête du par­ti et qu’un an­cien Pré­sident n’a rien à faire dans une primaire. Tout ce­la condui­tàoc­cul­ter la di­men­sion sym­bo­lique de la fonc­tion présidentielle. Et ne me re­con­nais­sant pas dans les idées de vieille po­li­tique qui sont au­jourd’hui mises sur la table, j’ai dé­ci­dé de me­ner mon propre com­bat. » Hen­ri Guai­no­comp­te­donc ob­te­nir les cinq cents si­gna­tures pour être di­rec­te­ment can­di­dat à la présidentielle. Et y dé­fendre un pro­jet de rup­ture, que l’on qua­li­fie­ra de néo-gaul­liste ou de che­vè­ne­men­tiste.

TVA so­ciale et in­ves­tis­se­ment

Hier soir, ce­lui qui est tou­jours membre des Ré­pu­bli­cains, même si ses idées en sont par­foisà­mille lieues, était l’in­vi­té de l’Automobile-Club de Mo­na­co, pou­ry­pré­sen­ter son livre En fi­nir avec l’éco­no­mie du sa­cri­fice Un­pa­vé de 670 pages, au titre ex­pli­cite sur sa vo­lon­té de vo­guer à contre-cou­rant de la droite li­bé­rale. « Au coeur de la pro­blé­ma­tique de l’im­puis­sance des po­li­tiques, il y a l’éco­no­mie. Hé­las, le dé­bat pu­blic se ré­sume au­jourd’hui à sa­voir com­bien on va sup­pri­mer de fonc­tion­naires ou com­bien on va éco­no­mi­ser. » Lui pro­pose d’in­ves­tir d’autres champs. « Je­suis un fa­rouche par­ti­san de laTVA­so­ciale, c’est-à-dire du rem­pla­ce­ment des co­ti­sa­tions so- ciales, au moins en par­tie, par de la TVA, parce que c’est aus­si une fa­çon­de­pro­té­ger le tra­vail fran­çais en taxant les im­por­ta­tions. Nous avons me­su­ré les li­mites du li­breé­change. Ce­la­ne­veut pas­dire qu’il faut se fer­mer, mais il faut ré­flé­chir jus­qu’où on peut pous­ser la li­bé­ra­li­sa­tiondes échanges et la sup­pres­sion des fron­tières ju­ri­diques et fis­cales. » Il dé­nonce ain­si « une es­pèce de condi­tion­ne­ment idéo­lo­gique qui conduit à croire que la concur­rence ré­sout tous les pro­blèmes de l’éco­no­mie ou que la mon­dia­li­sa­tion est heu­reuse, quoi qu’il ar­rive ». Or, note-t-il, « ce ne sont pas les déficits qui font les désordres de la so­cié­té, ce sont les désordres qui creusent les déficits. Il faut s’oc­cu­per des causes et non plus des consé­quences… Au­jourd’hui, nous avons la bu­reau­cra­tie, mais nous n’avons plus l’Etat. » Il avance des ré­ponses de trois ordres. D’abord, « rompre avec les po­li­tiques d’aus­té­ri­té. La pre­mière ré­forme struc­tu­relle à me­ner est une po­li­tique d’in­ves­tis­se­ment, y com­pris en em­prun­tant pour in­ves­tir. Toutes les or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales, qui ont long­temps prô­né la ri­gueur, ont au­jourd’hui ce diag­nos­tic. Il faut un co-inves- tis­se­ment avec des in­ves­tis­seurs pri­vés qui ap­portent des pro­jets. La dette pu­blique re­cu­le­ra parce que l’éco­no­mie re­pren­dra ». En­suite, « il faut s’adap­ter au­mar­ché du tra­vail en ins­tau­rant un sys­tème de pro­tec­tion so­ciale unique, fi­nan­cé pour une bonne part par l’im­pôt, le plus pos­sible par la TVA ». Il sug­gère, en­fin, de « re­lan­cer des po­li­tiques in­dus­trielles, en re­met­tant en cause la concur­rence telle qu’elle s’éta­blit ac­tuel­le­ment à l’échelle eu­ro­péenne, qui oblige à faire des ap­pels d’offres à n’im­porte quel pro­pos ».

« Ar­rê­tons avec les éti­quettes »

Hen­ri Guaino ne pré­co­nise pas une sor­tie de l’Eu­rope, mais sou­haite que la France y tape sur la table, quit­teà­pro­vo­quer une crise : « De toute fa­çon, l’Eu­rope ne se fe­ra pas sans nous, il faut ces­ser de dire que la France ne peut pas pe­ser. Il n’est pas nor­mal, par exemple, que les tra­vailleurs dé­ta­chés soient taxés dans leur pays d’ori­gine et non sur leur lieu de tra­vail. La crise de la dé­mo­cra­tie trouve en par­tie ses sources dans tout ce­la. On ne peut plus dire c’est comme ça et pas au­tre­ment. Ni le libre-échange ni la mon­dia­li­sa­tion ne sont des re­li­gions. ». Bref, Hen­ri Guaino reste im­pré­gné d’une grille de lec­tu­re­gaul­liste. Au-de­làde la­gauche et de la droite. « J’aime bien une phrase de Pas­qua qui di­sait : ‘‘Si être pour la jus­tice so­ciale, c’est être de gauche, je suis de gauche. Si être­pour l’ordre et l’au­to­ri­té, c’est être de droite, je suis de­droite’’. Ar­rê­tons avec les éti­quettes, qui em­pêchent de ré­flé­chir. En 2007 avec Ni­co­las Sar­ko­zy, nous sor­tions des éti­quettes. La ques­tion cen­trale est de sa­voir si nous croyons en­core à la na­tion et, si oui, ce que ce­la im­plique, en ma­tière de fron­tières, d’édu­ca­tion, de lutte contre les com­mu­nau­ta­rismes… Il faut aus­si ar­rê­ter de par­ler d’éco­no­mie avec des courbes, comme si der­rière il n’y avait pas des gens. » 1. Edi­tions Odile Ja­cob, 22,90 eu­ros.

(Pho­to Mi­chaël Ale­si)

Hen­ri Guaino, hier à l’Au­to­mo­bi­leC­lub de Mo­na­co.

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