De nou­velles vi­déos d’abat­toir font scan­dale

Monaco-Matin - - France -

Foe­tus de veaux ti­rés du ven­trede leur mère, hu­mi­lia­tions­par l’en­ca­dre­ment, loi du si­lence… Mau­ri­cio Gar­cia-Pe­rei­ra, em­ployé de l’abat­toir­mu­ni­ci­pal de Li­moges, « n’en peut plus » . En­fant de la ferme et man­geur de viande, il s’est al­lié à l’as­so­cia­tion pro-ve­gan L214 pour dé­non­cer des pra­tiques qui le ré­vulsent. C’est cet­te­même as­so­cia­tion qui en juin der­nier, avait épin­glé l’abat­toir du Mer­can­tour, dans les Alpes-Ma­ri­times. Des vi­déos tour­nées en ca­mé­ra ca­chée mon­traient des sé­vices graves et des in­frac­tions sur des bo­vins, des mou­tons, des co­chons et des che­vaux.

« On a peur »

Ni bo­bo, ni éco­lo, Mau­ri­cio, 47 ans, ne sup­porte plus le triste spec­tacle au­quel il as­siste à l’abat­toir de Li­moges. Pour­tant, ce n’est­pas une pe­tite na­ture. Im­mi­gré es­pa­gnol, ila­gran­di à la ferme, « la­plus grande ex­ploi­ta­tion agri­cole de Ga­lice » , lance-t-il fiè­re­ment. L’as­so­cia­tion L, dé­jà à l’ori­gine de la dif­fu­sion des pré­cé­dentes vi­déos, a ré­vé­lé des pra­tiques cho­quantes à l’abat­toir de Li­moges.

Hier, il a dif­fu­sé via le site in­ter­net de L214 des vi­déos cho­quantes, témoignages, se­lon lui, de son quo­ti­dien à l’abat­toir. On peut y voir no­tam­ment des foe­tus de bo­vins, cer­tainsàuns­tade très avan­cé, ex­tir­pés en­core vi­vants de l’uté­rus de leur­mère tout juste abat­tue. Mau­ri­cio est le­pre­mier « lan­ceur d’alerte » à té­moi­gner à vi­sage dé­cou­vert pour L214. Et il sait que ce­la pour­rait lui coû­ter cher. Son sa­laire de 1300 e par mois très exac­te­ment, et son pré­cieux contrat à l’abat­toir mu­ni­ci­pal: « C’était en 2009, j’étais en ga-

lère. Je ve­nais de me sé­pa­rer de la mère de mes en­fants. Quand l’abat­toir m’a pro­po­sé un CDI, j’ai en­fin vu le bout. » « Nous sommes nom­breux à l’abat­toiràêtre cho­qués de ce qu’on voit là bas. Mais au­cun ne par­le­ra, on a peur. » Comme lui, la moi­tié de ses col­lègues sont étran­gers et sup­portent « hu­mi­lia­tions et bri­mades » , le prix à payer pour gar­der son em­ploi. « De­puis 2013, je n’en peux plus » , lâche l’ou­vrier. « Mais au­tour de­moi, tout le monde fai­sait comme s’il n’y avait pas de pro­blème. Quand on se sent seul, on fi­nit par se dire qu’onest fou. Je ne sa­vais pas par où com­men­cer. »

Bar­dot in­ter­pelle Sté­phane Le Foll

Et puis, en 2015, il voi­tà­la­té­lé les images dif­fu­sées par L214. C’est le dé­clic. Il contacte l’as­so­cia­tion et, équi­pé d’une­dis­crète ca­mé­ra, Mau­ri­cio tourne en cinq mois, de mai à sep­tembre der­nier, plus d’une ving­taine de vi­déos – alors que la di­rec­tion, échau­dée par les pre­mières ré­vé­la­tions de L214, avait in­ter­dit les té­lé­phones por­tables au tra­vail. « Quel­le­hon­teà­vous tous, qui gou­ver­nez et ac­cep­tez sans ré­agir ces atro­ces­mas­sacres in­hu­mains, cette tor­ture ani­male, qui se per­pé­tuent et nous glacent d’ef­froi » , a ré­agi hier Bri­gitte Bar­dot. « J’ac­cuse Le Foll, mi­nistre de la souf­france, d’être le la­men­table com­plice de cet­te­bar­ba­rie, de cette tor­ture. Rien n’a chan­gé, sauf en pire. Je de­mande aux can­di­dats de la présidentielle de prendre im­pé­ra­ti­ve­ment au sé­rieux l’ur­gence de l’amé­lio­ra­tion des condi­tions d’abat­tage. »

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