« Il ne faut pas avoir peur »

Jean-Pierre Dick prend de­main le dé­part de son qua­trième Everest des mers. A la veille de s’élan­cer pour un tour du monde de 80 jours, il évoque le quo­ti­dien, en course, d’un skip­per so­li­taire

Monaco-Matin - - Sports - RE­CUEILLI PAR CH­RIS­TO­PHER ROUX Sa­voir + Le Prince Albert II de Monaco don­ne­ra le dé­part de ce 8e Ven­dée, de­main à 13h02.

Pour « JP » Dick, leVen­dée Glo­bea­dé­jà com­men­cé. Le Ni­çois s’at­ta­que­raof­fi­ciel­le­men­tà­son qua­trième Everest des mers, de­main, à l’is­sue d’un dé­part pro­gram­mé à h. Of­fi­cieu­se­ment, le skip­per de St Mi­chel-Vir­bac est dé­jà en course de­puis une se­maine. C’est simple, l’Azu­réen n’a pas une mi­nute à lui. Entre les der­niers ré­glages et une in­ter­view pour ITélé, l’hom­mede  ans, qui rêve d’un po­dium après sa  place en , est dé­jà plon­gé dans son Ven­dée. Il a tout de même pris le temps de ra­con­ter ses trois pro­chains mois. Ceux d’un quo­ti­dien en mer qu’il connaît si bien, entre manque de­som­meil, plats lyo­phi­li­sés et so­li­tude.

Jean-Pierre,  jours de so­li­tu­deen­mer se pro­filent, com­ment tuer l’en­nui ? Il n’y a pas beau­coup d’en­nui. Le cer­veau est tou­jours orien­té vers quelque chose à ré­gler. L’at­ten­tion sur le ba­teau est per­ma­nente. Vous êtes da­van­tage abru­ti par ce temps pas­sé dans les ré­glages que par l’en­nui.

On a les chiffres de la vi­tesse du ba­teau, du vent ou la di­rec­tion de ce vent dans la tête. J’au­rai jus­teun ras-le­bol de de­voir consul­ter tous ces chiffres par mo­ments.

Com­ment éva­cuer cette las­si­tude ? Il faut être ca­pa­blede s’ex­traire, de lâ­cher prise. Pour ça, j’em­por­tede la mu­sique, des livres. J’ai ame­né une li­seuse, même si jem’aper­çois que j’ai peude temps pour lire sur unVen­dée. En -

, jen’avais qua­si­ment lu qu’un­bou­quin. J’au­rai avec moi une tren­tai­nede livres cet­tean­née. Gé­né­ra­le­ment, je rentre ra­pi­de­ment dans des bio­gra­phies contrai­re­men­tàdes ro­mans qui sont plus longs. Là, j’ai ame­né celles de Mi­chel Ber­ger ou de Cris­tia­no Ronaldo. J’ai des textes lé­gers et d’autres plus sé­rieux. Le par­rain du ba­teau c’est Erik Or­sen­na. Vous ima­gi­nez donc que j’ai un bon conseiller. Ni­veau mu­sique, j’écoute de la pop- rock des an­nées  tout en re­gar­dant les chiffres. C’est pas­mal de U, Simple Minds, de quoime rap­pe­ler mon en­fan­ceet­mon ado­les­cence.

« Je vais perdre  kg de muscles au ni­veau des jambes »

Vous dé­lais­sez le ci­né­ma ? Je n’amè­ne­pas de films. Ils ont un cô­té­pre­nant et le fait d’être ab­sor­bé peut vous em­pê­cher de voir les choses qui se passent de­hors. Je vais dor­mir entre het h par jour et se­lon trois tranches d’h-h. Avoir un som­meil ré­pa­ra­teur et pro­fond se­ra né­ces­saire. Si­non vous ne te­nez pas trois mois. Même si le mo­teur du som­meil reste la­mer et le vent, il faut sa­voir s’écou­ter et dor­mir quand le corps en­abe­soin.

Les re­pas se­vou­dront fru­gaux... Je sé­lec­tionne les meilleurs plats lyo­phi­li­sés au monde. Avec ça, j’ai quelques sa­lades en boî­te­pour pren­dreun­peu de fibres et du cho­co­lat. Je mange beau­coup, je suis grand (,m, ndlr) et dans le grand sud il fait froid. L’ali­men­ta­tion est donc un mo­ment de plai­sir im­por­tant. J’em­mène un peu­plus de  kg de nour­ri­ture. Je man­ge­rai trois re­pas par jour, ac­com­pa­gnés de deux col­la­tions (une le jour et une au­tre­de­nuit). Mal­gré ça, je vais perdre  kg de muscle au ni­veau des jambes.

Vous vi­vrez les fêtes de Noël en mer… Oui et je ne sais pas com­ment ça va se pas­ser. Mon équipe et ma fa­mille, que j’ap­pel­le­rai trois fois par se­maine, me ré­servent des sur­prises. C’est ce­qui fait le charme de ce mo­ment-là parce c’est une fê­te­dif­fi­cile pour nous. On n’est pas en fa­mille et on se re­trouve dans la gri­saille et le grand sud. C’est très aus­tère. Le coup de fil à la fa­mille c’est sym­pa mais quan­don rac­croche, on re­tour­ne­dans l’uni­vers li­qui­deet, là, c’est beau­coup moins mar­rant.

La peur est un su­jet ta­bou pour de nom­breux skippers. Chez vous aus­si ? Ce n’est pas ta­bou pour moi. Il ne faut pas avoir peur, même si des craintes peuvent sur­ve­nir. J’ai eu peur de mou­rir une fois. Ce n’était pas sur le Ven­dée mais en . Je­de­vais ré­pa­rer un truc à l’avant du ba­teau, dans les vagues, sans pou­voir vrai­mentme pro­té­ger.

(Pho­to Y.Zed­da/St Mi­chel-Vir­bac)

Le Ni­çois va user de lec­ture et de­mu­sique pour s’éva­der des affres de la course. Le som­meil est aus­si une sa­créeé­qua­tion…

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