Has­san de Mo­na­co « l’ami de tout le monde»

Après des dates à Nice en sep­tembre, l’hu­mo­riste mo­né­gasque sort d’une sé­rie de re­pré­sen­ta­tions à An­tibes. Son spec­tacle, tout en dé­ri­sion, casse les cli­chés qui collent au Ro­cher

Monaco-Matin - - Monaco Culture - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR PAS­CAL FIANDINO pfian­di­no@ni­ce­ma­tin.fr

L’hu­mour mo­né­gasque, vous connais­sez? Non? Alors guet­tez les pro­chaines sor­ties de Has­san de Mo­na­co pour vite ré­ser­ver un stra­pon­tin! Ac­cla­mé au théâtre des Va­rié­tés de Mo­na­co pour Has­san fait son show, le Mo­né­gasque aex­por­té son suc­cès au théâtre Le Tri­bu­nal d’An­tibes, la se­maine der­nière. Grand ga­gnant du fes­ti­val ni­çois Les Fourres du Rire en 2014, il raconte son quo­ti­dien, de la scène à l’hô­pi­tal, ses in­fluences, par­ta­gées entre laP­rin­ci­pau­té, où il est né et ré­side, et le Ma­roc, son pays d’ori­gine. In­vi­té par ses fans à re­mon­ter au plus vite sur une scène mo­né­gasque, l’hu­mo­riste avance un « cou­rant 2017 je pense » sur les ré­seaux so­ciaux. En at­ten­dant, son quo­ti­dien, c’est l’hô­pi­tal.

Com­men­çons par les pré­sen­ta­tions… Je m’ap­pelle Has­san Mouk­fi et j’ha­bite à Mo­na­co, ce qui est une par­ti­cu­la­ri­té en soi. (Ta­quin) En fait, je suis in­fir­mier anes­thé­siste mais, de­puis tou­jours, je vou­lais mon­ter sur scène. Sauf que­mon pè­reme di­sait (il prend l’ac­cent ma­ro­cain): “d’abord, t’as le bac, après, tu fais c’que tu veux ”. Quand j’ai eu le bac, il m’a dit: “d’abord, t’as un mé­tier et après tu fais c’que tu veux ”. Et quand, en­fin, j’ai eu un mé­tier, il m’a dit: “main­te­nant… tu fais c’que tu veux. ” Et jeme suis lan­cé!

Qu’est-ce qui vous mo­ti­vait? J’avais des choses à ra­con­ter parce que, ayant la chance de vivre à Mo­na­co, qui est une bulle, jeme suis ren­du compte que les gens avaient des pré­ju­gés et des images toutes faites de l’en­droit. Et comme je me sen­tais un peu par­ti­cu­lier… Comme dans Le Prince de Bel Air [sé­rie culte des an­nées quatre-vingt- dix, où Will Smith quitte un­mi­lieu­mo­deste pour ha­bi­ter chez de riches pa­rents, N.D.L.R.], mais sauf que je suis plus tra­pu que Will Smith… Voi­là, je vou­lais par­ler de ça, de ces pré­ju­gés que je ren­contre aus­si à l’hô­pi­tal. Ra­con­ter avec un re­gard neutre et à tra­vers ce­lui de mon père, qui a une vi­sion un peu dé­ca­lée de la vie. Ce spec­tacle, quelque part, c’est un hom­ma­geà­mon pa­pa.

Qu’évo­quez-vous dans ce one-man-show? Ce que c’est que d’être, entre guille­mets, un “Ara­beàMo­na­co”. Il y a les ra­cailles, les gens de Du­baï et moi, je suis entre les deux. J’ai un sta­tut par­ti­cu­lier, je suis un peu leur street cre­di­bi­li­ty, vous ima­gi­nez? Je leur per­mets de tou­cher quelque chose qu’ils n’ont pas l’ha­bi­tude de tou­cher. J’ai une mis­sion, un rôle. C’est même bien vu, je suis l’ami de tout le monde. Une sorte de Passe-Par­tout [per­son­nage du jeu TV Fort Boyard], en plus grand et sans les clés quoi…

Mais en­core? J’évoque mon père, qui a vou­lu qu’on réus­sisse. J’es­saie de trans­mettre une image po­si­tive. Il nous a dit que le seul moyen de s’en sor­tir en France, c’est l’école. Il a tout mi­sé là- des­sus. Il ne com­pre­nait rien au fran­çais, mais il nous ai­dait à faire les de­voirs. C’est ça que j’ai vou­lu mon­trer: cette en­vie qu’on s’en sorte, la fierté qui a été la sienne quand on a réus­si. Quand je lui dis que je tra­vaille au bloc opé­ra­toire, il s’en­flamme. D’ailleurs, au Ma­roc, tout le monde croit que je suis mi­nistre!

C’est un mes­sage qui a, se­lon vous, une plus forte ré­so­nance au­jourd’hui? C’est ça! C’est le seul moyen de s’en sor­tir, il n’y en a pas d’autres. Il faut souf­frir, y al­ler à fond. Il n’y a au­cune ex­cuse d’origines, d’argent. Mon père s’est sa­cri­fié pour que j’y ar­rive. Il a fait tout un tas de pe­tits bou­lots pour qu’on soit mieux que lui. Ce sont de su­per va­leurs qu’il nous a trans­mises. Et il y a donc, aus­si, l’hô­pi­tal… C’est mon fonds de com­merce. Dans mes sketchs, j’ex­plique d’où vient cette pas­sion, quel type de per­sonnes on y ren­contre. Je casse un peu l’image du mé­de­cin tout-puis­sant. Les gens pensent que l’hô­pi­tal, c’est su­per-cool, qu’il y a de belles in­fir­mières, de beaux doc­teurs. On croit que c’est Grey’s Ana­to­my, que ça couche par­tout… Ce n’est pas du tout comme ça!

C’est comment, alors? Un mi­cro­cosme où il y a de tout. Des bos­seurs, des fai­néants, des gens ef­fi­caces, ap­pré­ciés… Les mé­de­cins, les pre­miers, ils n’ont pas tous le sa­voir ul­time. Il y a cette su­pré­ma­tie car ils uti­lisent des mots que l’on ne com­prend pas. Mais par­fois, ça ne veut pas dire grand-chose… Par exemple (il prend un ton grave): vous avez une car­dio­pa­thie bi­pa­thique. Il y a des mots qui ne veulent rien dire et pour­tant, ça fait classe. Quand vous sur­fez là des­sus, à l’hô­pi­tal, vous êtes le roi du monde. Il y a aus­si ce ser­vice que j’adore: la­ma­ter­ni­té. [Ta­quin] Vous sa­vez, c’est bien connu, les femmes en­ceintes, elles sont dé­ten­dues, contentes d’être là… Et elles nous le rendent bien. (Il marque un temps). Non, en fait, ce n’est pas du tout ça! Il reste en­core en ro­dage. Avec Peg­gy Se­me­ria [met­teur en scène, qui a coé­crit le spec­tacle], on va l’amé­lio­rer pe­tit à pe­tit. Là, c’est l’un de nos der­niers ar­rêts sur la Côte d’Azur. En un an, j’ai eu la chance de faire une tren­taine de dates. Pour la pre­mière au théâtre des Va­rié­tés [en oc­tobre ], c’était com­plet! Quatre cents places avec liste d’at­tente. Je ne sais pas comment vous dire… On écrit un spec­tacle, per­sonne ne l’a vu et on fait com­plet! C’est ma­gique!

Si le suc­cès est au ren­dez-vous, vous lâ­chez l’hô­pi­tal? Pour le mo­ment, la ques­tion ne se pose pas. C’est un bon équi­libre. A l’hô­pi­tal, je suis content car je sais que le soir je vais jouer. Et je suis content de jouer car je sais que le ma­tin, je vais pou­voir m’ins­pi­rer de ce que je vois. Main­te­nant, si on me pro­pose   par mois pour faire du théâtre, la ques­tion se po­se­ra plus fa­ci­le­ment.

Quels hu­mo­ristes vous ins­pirent? Je suis fan deGad El­ma­leh. J’ap­pré­cie le co­mique d’ob­ser­va­tion, par­ler de la vie de tous les jours. J’aime bien Flo­rence Fo­res­ti, Tho­mas N’Gi­jol. Mais j’es­saye aus­si, de sor­tir des cases. C’est fa­cile, quand on est d’ori­gine magh­ré­bine, d’en­trer dans le cô­té com­mu­nau­ta­riste. At­ten­tion, les images sont po­si­tives mais, moi, je ne suis pas du tout un mec de ci­té. C’était cool d’être l’Arabe de la classe!

Au Ma­roc, tout le monde croit que je suis mi­nistre ” C’était cool d’être l’Arabe de la classe ! ”

Votre spec­tacle com­mence à bien tour­ner…

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