Jean Cas­tel­li­ni : « Les ban­quiers opèrent une mu­ta­tion pro­fonde de leur mé­tier »

Monaco-Matin - - Le Dossier Du Jour - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR J.D.

Jean Cas­tel­li­ni, qui fut no­tam­ment et du­rant trois ans pré­sident de la di­rec­tion gé­né­rale, de la banque J. Sa­fra (Mo­na­co), connaît par­fai­te­ment le sec­teur ban­caire et les bou­le­ver­se­ments aux­quels est confron­tée ac­tuel­le­ment la place mo­né­gasque. Conseiller de gou­ver­ne­ment pour les Fi­nances et l’Éco­no­mie de­puis , il dresse un ta­bleau somme toute op­ti­miste pour l’ave­nir du sec­teur.

Pour­quoi au­tant de fer­me­tures en si peu de temps?

Il y a au­tant de rai­sons que d’his­toires. Il y a beau­coup de ra­chats. Mo­na­co su­bit les consé­quences des stra­té­gies in­ter­na­tio­nales, car le pays est es­sen­tiel­le­ment une ville de banques pri­vées. Il ne s’agit donc pas, de la part des grands groupes fi­nan­ciers, de prendre une dé­ci­sion contre la place mo­né­gasque. Mais beau­coup de ces mai­sons se disent que les marges sont moins im­por­tantes.

Dans ce cas, quel ave­nir pour Mo­na­co?

Ce­la doit nous ame­ner à ré­flé­chir à deux choses. D’une part, la ten­dance est à l’ “on-sho­ri­sa­tion ”. Les banques de­vront, à par­tir de Mo­na­co, of­frir à leurs clients ré­si­dents toute la gamme de ser­vices des grands groupes. Par exemple, no­tam­ment de­puis l’ac­cord qu’il vient de si­gner avec la HSBC, le CFM pour­ra pro­po­ser de l’in­ves­tis­se­ment, de la banque d’en­tre­prise, etc. Ça doit être la ten­dance si les banques veulent se dé­ve­lop­per.

Mo­na­co est de­ve­nu une place « trans­pa­rente ». N’est- ce pas ce­la le pro­blème pour les ban­quiers?

Non, pas du tout. C’est exac­te­ment le contraire. Il s’agit d’une ten­dance glo­bale qui ré­pond d’ailleurs à la de­mande des clients. Mais il est clair que les ban­quiers opèrent une mu­ta­tion pro­fonde de leur mé­tier et de leur ac­ti­vi­té.

Cette vo­lon­té de trans­pa­rence n’est pas nou­velle… Les banques n’au­raient- elles pas pu an­ti­ci­per cette évo­lu­tion pour évi­ter la fer­me­ture?

Ce n’est pas parce qu’il y a plus de trans­pa­rence qu’elles ferment. Il y a des pres­sions très fortes. Les taux d’in­té­rêt sont très bas. Une conjonc­ture ma­croé­co­no­mique pèse sur les éta­blis­se­ments. Je pré­fère me dire qu’à Mo­na­co, on va avoir un éta­blis­se­ment comme le CFM qui pour­ra en­core se dé­ve­lop­per sur la place et qui pour­ra ab­sor­ber des coûts plus im­por­tants, plu­tôt que de pe­tits éta­blis­se­ments qui ont peu­têtre les reins moins so­lides. La concen­tra­tion est in­évi­table.

Mo­na­co a une des plus im­por­tantes concen­tra­tions de ri­chesse au monde. Mais les banques ne semblent pas at­ti­rer pour au­tant les ca­pi­taux de la clien­tèle riche et ré­si­dente. Est- ce un pro­blème de ré­gu­la­tions, de pro­fes­sion­na­lisme, de se­cret pro­fes­sion­nel?..

Je pense que ce qui pour­ra être ren­for­cé dans les an­nées qui viennent, ce sont les com­pé­tences à dis­po­si­tion des clients. Le ser­vice, c’est le vrai chal­lenge. Rien n’em­pêche au­jourd’hui les banques d’y par­ve­nir. On au­ra alors un ef­fet boule de neige po­si­tif. C’est parce que l’on se­ra en­me­sure de pro­po­ser des ser­vices, que les clients consi­dé­re­ront que la place est plus in­té­res­sante. Les nou­veaux ve­nus ne le réa­lisent pas for­cé­ment au­jourd’hui. Plu­sieurs banques peuvent pro­po­ser un large éven­tail d’offres à par­tir de Mo­na­co et les clients peuvent être aus­si bien ser­vis, si­non mieux.

Les com­pé­tences sont- elles là ?

Dans un mar­ché qui de­vient des­ti­né aux ré­si­dents, c’est ca­pi­tal que les per­sonnes qui ont fait le choix de Mo­na­co se per­suadent et soient per­sua­dées qu’elles peuvent ob­te­nir tous les ser­vices de­puis Mo­na­co. Oui, les banques ont les com­pé­tences. Il faut que ces deux pu­blics ap­prennent à mieux se connaître. C’est com­pli­qué pour un client de chan­ger. Il faut une bonne rai­son de le faire. Par­fois la proxi­mi­té joue. C’est sans doute la clé du pas­sage de   mil­liards à   mil­liards. Ça peut se faire as­sez fa­ci­le­ment éco­no­mi­que­ment. À charge pour les éta­blis­se­ments ban­caires de prou­ver qu’ils sont à la hau­teur.

(Pho­to Mi­chael Ale­si)

Jean Cas­tel­li­ni, conseiller de gou­ver­ne­ment pour les Fi­nances et l’Éco­no­mie.

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