Garde à vue pro­lon­gée pour Me Chan­tal Azé­mar-Mo­ran­di­ni

L’avo­cate can­noise, ad­jointe à l’Édu­ca­tion et conseillère dé­par­te­men­tale, au­rait fait de la « ca­va­le­rie » sur le compte de ses clients al­lant jus­qu’à fal­si­fier des do­cu­ments

Monaco-Matin - - Côte D’azur - ERIC GAL­LIA­NO egal­lia­no@ni­ce­ma­tin.fr

L’avo­cat Me Azé­mar-Mo­ran­di­ni de­vrait être­dé­fé­rée dans la ma­ti­née au tribunal de grande ins­tance de Grasse. Cette avo­cate can­noise, qui oc­cupe par ailleurs les fonc­tions d’ad­jointe à l’édu­ca­tion de la ci­té des Fes­ti­vals, au­ra pas­sé les der­nières 48 heures dans les lo­caux de la po­lice ju­di­ciaire de Nice. L’avo­cate a dû s’ex­pli­quer au­près des en­quê­teurs de la bri­gade fi­nan­cière sur cer­tains mou­ve­ments de fonds consta­tés sur son compte pro­fes­sion­nel Car­pa. Lun­di, le ca­bi­net de Me Azé­marMo­ran­di­ni, bou­le­vard Car­not, avait été per­qui­si­tion­né, tout comme son bu­reau à la­mai­rie an­nexe de la Fer­rage (nos édi­tions d’hier). Les faits qui lui sont re­pro­chés se­raient tou­te­fois sans lien, du moins di­rect, avec ses ac­ti­vi­tés po­li­tiques. Les en­quê­teurs ont sim­ple­ment vou­lu s’as­su­rer que l’élue n’avait pas en­tre­po­sé en mai­rie des do­cu­ments de tra­vail. No­tam­ment des élé­ments de comp­ta­bi­li­té.

Faux créan­ciers

Car ce sont les pra­tiques fi­nan­cières de cette avo­cate can­noise qui sont au coeur de l’in­for­ma­tion ju­di­ciaire ins­truite de­puis une di- zaine de jours par le ma­gis­trat gras­sois Jean-Pierre Mur­cia­no. Celle-ci a été ou­verte par le Par­quet de Grasse après que des clients de Me Azé­mar-Mo­ran­di­ni ont dé­ci­dé de dé­po­ser plainte contre leur propre conseil. C’est le cas de ce com­mer­çant can­nois dé­sor­mais re­pré­sen­té par Me Adrien Ver­rier. « Nous avons sai­si la jus­tice il y a quelques se­maines dé­jà, ex­plique ce der­nier, lorsque nous nous sommes ren­du compte que cette consoeur avait four­ni de faux re­le­vés Car­pa. Elle nous a fait croire qu’elle avait payé des créan­ciers ce qui n’était ma­ni­fes­te­ment pas le cas. En l’état des élé­ments dont nous dis­po­sons, le pré­ju­dice que nous avons su­bi est en­core dif­fi­cile à chif­frer, mais il est d’au moins 50000 eu­ros. » Les faits re­mon­te­raient à 2015, voire 2014. À cette époque, le com­mer­çant can­nois choi­sit de se faire as­sis­ter par Me Azé­marMo­ran­di­ni dans le cadre de deux ces­sions, celles d’un fonds de com­merce et d’un droit au bail. La vente réa­li­sée, les sommes cor­res­pon­dantes sont ver­sées sur le compte Car­pa de l’avo­cate can­noise qui, lé­ga­le­ment, est cen­sée les vi­rer sur ce­lui de son client, L’avo­cate et élue can­noise, Chan­tal Azé­mar-Mo­ran­di­ni, doit être dé­fé­rée ce ma­tin au pa­lais de jus­tice de Grasse.

dé­duc­tion faite, tou­te­fois, du paie­ment d’éven­tuels créan­ciers. L’élue can­noise n’au­rait pas hé­si­té à faire croire à cer­tains paie­ments, do­cu­ments fal­si­fiés à l’ap­pui, sans tou­te­fois les ef­fec­tuer, voire à in­ven­ter de faux créan­ciers, afin de conser­ver une par­tie des sommes en jeu. A son pro­fit ou pour rem­bour­ser d’autres clients de­ve­nus trop pres­sants. Car Me Ver­rier l’as­sure : « Nous sommes loin d’être les seules vic-

times. » En­core faut-il le dé­mon­trer. C’est tout l’en­jeu de la garde à vue de Chan­tal Azé­mar-Mo­ran­di­ni et des per­qui­si­tions me­nées dans ses dif­fé­rents bu­reaux ce lun­di. Afin, no­tam­ment, de chif­frer le pré­ju­dice exact. Loin des cen­taines de mil­liers d’eu­ros évo­qués, il n’ex­cé­de­rait pas « quelques di­zaines de mil­liers d’eu­ros que ma cliente va rem­bour­ser en ven­dant un pe­tit ap­par­te­ment qu’elle pos­sède à Nice » , se­lon Me Fré­dé­ric Ro­si, l’avo­cat de Chan­tal Azé­mar-Mo­ran­di­ni. Il re­con­naît que sa consoeur s’est li­vrée à « une forme de ca­va­le­rie » , uti­li­sant « l’ar­gent d’un client pour en rem­bour­ser un autre » . S’il plaide la « mau­vaise ges­tion » , il ré­fute en re­vanche toute ten­ta­tive d’en­ri­chis­se­ment per­son­nel.

« Dé­bor­dée par ses ac­ti­vi­tés po­li­tiques »

« Très in­ves­tie dans ses fonc­tions mu­ni­ci­pales et de conseillère dé­par­te­men­tale, ma cliente s’est en fait lais­sée dé­bor­der par ses ac­ti­vi­tés po­li­tiques, as­su­reMe Ro­si. Elle n’a plus consa­cré as­sez de temps à son ca­bi­net dont la ges­tion est al­lée à vau-l’eau. Elle n’ar­ri­vait plus à faire face aux frais, aux fac­tures… » Pour y re­mé­dier, l’avo­cate au­rait donc fran­chi la ligne jaune en­pui­sant dans son compte Car­pa, au­tre­ment dit dans l’ar­gent de ses clients. Un, puis un autre pour rem­bour­ser le pre­mier, ain­si de suite… Me Ro­si re­con­naît que ces faits sont consti­tu­tifs d’un « dé­lit ». Ce­lui d’abus de confiance et de faux en écri­ture pu­blique qui pour­raient au­jourd’hui va­loir à Me Chan­tal Azé­mar-Mo­ran­di­ni une mise en exa­men.

(Pho­to S. P.)

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