Les ra­vages de l’égo­lo­gie po­li­tique

Monaco-Matin - - France - Par DE­NIS JEAMBAR

« Nul n’est à l’abri des er­reurs par ex­cès de confiance en soi. »

On ne l’en­tend plus, on ne la voit plus ou si peu, Cé­cile Du­flot a donc as­sis­té im­puis­sante et dé­faite à la vic­toire, lun­di soir, de Yan­nick Ja­dot face à Mi­chèle Ri­va­si au se­cond tour de la pri­maire or­ga­ni­sée par les Verts pour dé­si­gner leur can­di­dat à la pré­si­den­tielle. Elle rê­vait de la course ély­séenne, éli­mi­née sè­che­ment dès le pre­mier tour de ce scru­tin de qua­li­fi­ca­tion, la voi­ci sur la touche. Il est loin le temps où elle pa­ra­dait, mi­nistre du Logement lan­çant des ré­formes qui ont cas­sé le mar­ché de l’im­mo­bi­lier, dé­fiant le chef de l’État jus­qu’à quit­ter le gou­ver­ne­ment pour pou­voir l’af­fron­ter dans la pré­si­den­tielle de . Une aven­ture qui res­semble à la fable de La Fon­taine: la gre­nouille qui vou­lait se faire aus­si grosse que

le boeuf. On connaît ces vers : « La ché­tive pé­core s’en­fla si bien qu’elle ex­plo­sa. Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages… » Ce dé­sastre per­son­nel, Cé­cile Du­flot le doit, d’abord, à une ma­la­die très ré­pan­due dans la classe po­li­tique: « l’égo­lo­gie ». Certes, pour se lan­cer dans ce monde, il faut une ex­cep­tion­nelle confiance en soi et en son des­tin. Mais nul ne par­vient au som­met sans sou­mettre son am­bi­tion, aus­si grande soit- elle, à la rai­son. Cé­cile Du­flot a cru qu’elle était en­trée dans la cour des grands en  quand les Verts em­me­nés par Da­niel Cohn-Ben­dit ob­tinrent , % des suf­frages aux élections eu­ro­péennes, le meilleur ré­sul­tat ja­mais en­re­gis­tré par les éco­lo­gistes. Elle fi­gu­rait sur la liste et a fait de ce suc­cès le sien ou­bliant qu’il était dû à Da­niel Cohn-Ben­dit. Sur­fant sur ce ré­sul­tat, de­ve­nue pa­tronne d’Eu­rope Éco­lo­gie-Les Verts, elle ob­tint des cir­cons­crip­tions pour ses can­di­dats aux lé­gis­la­tives de , en­tra au gou­ver­ne­ment, puis dé­fia Fran­çois Hol­lande pour par­ti­ci­per à la pré­si­den­tielle. Pé­ché d’or­gueil qui lui fait alors igno­rer la fragilité de son image mais aus­si de l’éco­lo­gie po­li­tique, force d’ap­point mais in­ca­pable de de­ve­nir un par­ti do­mi­nant. On connaît la suite qui conduit au fias­co d’au­jourd’hui. Peu de mains cha­ri­tables risquent d’ailleurs de se tendre vers elle pour la re­le­ver tant son « égo­lo­gie » l’a conduit à dis­tri­buer des le­çons, des bons et de mau­vais points. Mais sa mésa­ven­ture de­vrait en faire ré­flé­chir plus d’un. Car nul n’est à l’abri des er­reurs par ex­cès de confiance en soi. On vient de le voir avec Un pré­sident ne de­vrait

pas par­ler comme ça… qui ré­vèle un Fran­çois Hol­lande nar­cis­sique et aveugle sur lui­même. Fran­çois Bay­rou a cé­dé, sans doute, au même pen­chant avec sa charge ré­cente et so­li­taire contre Nicolas Sar­ko­zy : il lui a of­fert des ar­gu­ments pour mo­bi­li­ser ses troupes et a per­du, lui- même quelques plumes dans les son­dages. Tous, dé­ci­dé­ment, avant de par­ler, de­vraient son­ger à La Fon­taine…

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