« Il est urgent de par­ler d’amour »

Monaco-Matin - - Détente - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR PHI­LIPPE DU­PUY

« L’amour, c’est la grande question du siècle, es­time Ra­du Mi­hai­lea­nu. Est-on en­core ca­pable de don­ner pour re­ce­voir? Là, est la question ». Cette question, les hé­ros de L’His­toire de l’Amour ne se la posent pas. La force de leurs sen­ti­ments suf­fit à tra­ver­ser l’his­toire et les fron­tières. À Deau­ville, où le film était pré­sen­té en avant-pre­mière, puis à Nice où il est ve­nu le mon­trer, le réa­li­sa­teur du Concert et de La Source des femmes nou­sa­par­lé de cette grande fresque ro­man­tique tour­née en Po­logne et à New York.

Pour­quoi ce titre, L’His­toire de l’Amour, comme si c’était une chose unique? Parce que ça l’est pour le hé­ros du film, qui pro­met de n’ai­mer ja­mais qu’une seule femme et d’en faire la femme la plus ai­mée au monde. C’est un conte, bien sûr, mais il montre qu’on peut être ca­pable de cette beau­té et de cette uto­pie dans un monde abî­mé et une époque com­pli­quée.

Le film com­mence pen­dant la guerre et se ter­mine au­jourd’hui. Quel lien fai­tes­vous entre les deux époques? Hé­las, toutes les pré­mices d’une nou­velle ca­tas­trophe sont là. On peut vrai­ment craindre l’ex­tinc­tion de notre ci­vi­li­sa­tion. La question c’est, qu’est- ce qu’on choi­sit: le­mur ou l’amour, avec tous les sa­cri­fices que ce­la exige. On a dé­pas­sé l’ère de l’in­di­vi­dua­lisme pur pour en­trer dans celle du ni­hi­lisme. Est- on en­core ca­pable d’amour pour l’autre? De don­ner pour re­ce­voir? C’est la question que pose le film.

L’autre question, c’est : faut-il sur­vivre àtout ? La ré­ponse est ou­verte. Mais per­son­nel­le­ment, en fonc­tion de mon his­toire fa­mi­liale, je di­rai oui. Il faut se battre jus­qu’à la der­nière se­conde pour la vie.

Qu’est-ce qui vous a conduit à adap­ter le ro­man de Ni­cole Krauss? Je l’avais lu à sa sor­tie et il m’avait bou­le­ver­sé. Mais, bi­zar­re­ment, je n’ai pas pen­sé tout de suite à l’adap­ter, alors qu’il porte des thèmes qui me sont chers. Peut- être parce que la struc­ture du ro­man est très com­plexe et qu’il se passe en grande par­tie aux États-Unis. Je n’ima­gi­nais même pas pou­voir tour­ner là-bas. Ce sont les pro­duc­teursMarc-An­toine Ro­bert et Xa­vier Ri­gault qui m’ont convain­cu de le faire.

Com­ment s’est pas­sé le tour­nage aux États-Unis? Je m’étais ren­sei­gné au­près de Guillaume Ca­net et de Cé­dric Kla­pisch et je dois dire que j’avais un peu peur. Mais fi­na­le­ment, je n’ai pas trou­vé le sys­tème aus­si ri­gide et contrai­gnant qu’on me l’avait pré­sen­té. Et puis, si on va tour­ner là-bas, ce n’est pas pour que ce soit exac­te­ment comme ici.

Si on vous dit qu’on trouve votre film « Le­lou­chien » ? J’en suis plu­tôt flat­té. Claude est un ami très proche. On par­tage cer­taines vues sur le ci­né­ma. On n’a pas peur des émo­tions, par exemple, même si cer­tains nous le re­prochent. Le goût de mé­lan­ger la pe­tite his­toire et la grande, aus­si... C’est un des rares ci­néastes dont je pou­vais voir les films en Rou­ma­nie quand j’étais jeune. Je me suis construit avec lui, BillyWil­der, Or­son Welles, Lu­bitsch... et Woo­dy Al­len!

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