Le chan­teur et poète ca­na­dien s’est éteint à  ans

Le chan­teur et poète ca­na­dien s’est éteint la nuit der­nière à Los An­geles à l’âge de 82 ans

Monaco-Matin - - La Une - PHI­LIPPE DU­PUY jp­du­puy@ni­ce­ma­tin.fr

Pour beau­coup, ses chan­sons évoquent la tris­tesse et le cha­grin, mais aus­si l’es­poir et la spi­ri­tua­li­té. Hal­le­lu­jah, l’une de ses plus connues (elle a fait l’ob­jet de nom­breuses re­prises, dont une par Jeff Bu­ck­ley qui l’a ren­due cé­lèbre) est un des titres les plus joués dans les en­ter­re­ments… Et dans les­ma­riages! Elle pas­sait hier en boucle, sur les ra­dios, après l’an­nonce de la mort de son créa­teur, Leo­nardCo­hen, dans la­nuit de jeu­di à ven­dre­di, à Los An­geles (Ca­li­for­nie). Il était âgé de 82 ans et laisse une oeuvre mu­si­cale et lit­té­raire for­mi­dable qui au­rait pu (dû?) lui va­loir la même re­con­nais­sance qu’à Bob Dy­lan. Com­men­tant ces jours der­niers le Prix No­bel de lit­té­ra­ture dé­cer­né à son vieil al­ter ego, Co­hen avait dé­cla­ré avec hu­mour que c’était « comme de dire de l’Eve­rest que c’est une grande montagne ». On pour­rait fa­ci­le­ment lui re­tour­ner le com­pli­ment de­vant l’ava­lanche d’hon­neurs post­humes dont il est dé­jà l’ob­jet.

Hé­ri­tier de la beat gé­né­ra­tion

Né le 21 sep­tembre 1934 dans une fa­mille juive ai­sée et an­glo­phone de Mon­tréal, Leo­nardCo­he­nap­prend la gui­tare à l’ado­les­cence et pu­blie ses pre­miers poèmes à l’uni­ver­si­té, en 1956. En 1960, sous l’in­fluence de la beat gé­né­ra­tion, il s’ins­talle en pré­cur­seur du mou­ve­ment hip­pie dans une île grecque (Hy­dra), où il écrit ses pre­miers ro­mans ( The Fa­vo­rite Game et Beau­ti­ful Lo­sers). Mais c’est à son re­tour aux États-Unis, en 1966, qu’il connaît le suc­cès avec sa pre­miè­re­chan­son Su­zanne, po­pu­la­ri­sée­par Ju­dy Col­lins. Il en­re­gistre son pre­mier al­bum Songs of Leo­nardCo­hen en 1967 , qui contient Su­zanne et So long Ma­rianne, et perce vé­ri­ta­ble­ment deux ans plus tard avec Songs From a Room, dans le­quel fi­gurent deux autres de ses grands clas­siques Bird on the Wire et The Par­ti­san. En­ga­gé seule­ment sur le ter­rain de la spi­ri­tua­li­té (à la dif­fé­rence du Dy­lan contes­ta­taire des dé­buts), Co­hen tra­verse les an­nées soixante sans aban­don­ner le cos­tume noir qui a consti­tué du­rant toute sa car­rière son unique te­nue de scène. Sa mu­sique n’évo­lue­ra­pas beau­coup­non plus, pas­sant seule­ment d’un folk mi­ni­ma­liste (gui­tare-voix) à des in­fluences yid­dish et tzi­ganes d’Eu­rope de l’Est, avec vio­lon­set choeurs fé­mi­nins de plus en plus pré­sents pour contre­ba­lan­cer la voix de basse pro­fonde qui a tou­jours fait sa si­gna­ture.

Un pic de créa­ti­vi­té dans ses der­nières an­nées

En cin­quante an­nées de car­rière, Leo­nard Co­hen ne pro­dui­ra d’ailleurs qu’une quin­zaine d’albums (tous ex­cel­lents et fi­dèles à la for­mule ori­gi­nelle), avec un pic de créa­ti­vi­té éton­nant dans les der­nières an­nées, mo­ti­vé au­tant par le be­soin fi­nan­cier (comme beau­coup d’ar­tistes Co­hen, s’est fait dé­pouiller par un agent), que par ce­lui d’écrire et de chan­ter jusqu’au bout. D’une qua­li­té mu­si­cale épa­tante, ses der­nières tour­nées, pas­sées par Mo­na­co en 2009 et Tou­lon en 2012, ont été des mo­ments de com­mu­nion par­ti­cu­liè­re­ment in­tenses avec son pu­blic. En sep­tem­bre­der­nier, le chan­teur, dé­jà bien di­mi­nué phy­si­que­ment, a fê­té son 82e an­ni­ver­saire avec un nou­vel al­bum­ma­gni­fique – l’un de ses meilleurs –, au ti­tre­pré­mo­ni­toire, YouWant It Dar­ker, dans le­quel rode l’idée d’une mort pro­chaine. Il sonne au­jourd’hui comme un adieu : « I’m rea­dy my Lord » chante dans le mor­ceau-titre ce juif conver­ti au boud­dhisme qui a pas­sé une par­tie des an­nées quatre-vingt-dix dans un mo­nas­tère, où il a été fait moine. Quelques se­maines plus tôt, Co­hen avait fait ses adieux à sa muse, Ma­rianne Ih­len (LA « Ma­rianne »), qui l’a pré­cé­dé dans la mort, avec un texte dé­chi­rant où il écri­vait :« Ma­rianne, le temps où nous sommes si vieux et où nos corps s’ef­fondrent est ve­nu et je pense que je vais te suivre très bien­tôt. Sache que je suis si près der­rière toi que si tu tends la main, je pense que tu pour­ras at­teindre la mienne ». Pour at­té­nuer la peine im­mense que pro­voque sa dis­pa­ri­tion dans le monde en­tier (les dra­peaux de sa vil­le­na­tale Mon­tréal ont été mis en berne à l’an­nonce de sa mort), on les ima­gi­ne­ra réunis pour l’éter­ni­té, flot­tant main­dans la­main, dans les pa­lais do­rés où chante le choeur des Pa­triarches…

(Pho­tos Paul Ber­gen/EPA/MAXPPP Rolf Haid/EPA/MAXPPP )

En août , Leo­nard Co­hen avait don­né deux concerts à Mo­na­co, puis un der­nier en  à Tou­lon

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