SI­GNÉ RO­SE­LYNE

La se­maine de Ro­se­lyne Ba­che­lot

Monaco-Matin - - La Une - Le re­gard de Ro­se­lyne Ba­che­lot sur l’ac­tua­li­té

Lun­di

Sa­créP­hi­lip­pe­deVilliers! On­peut ap­pré­cier ou dé­tes­ter l’homme po­li­tique, ses idées, ses mé­thodes et son style. Mais quand on voit le spec­tacle ma­gni­fi­que­du­dé­part du Ven­déeG­lobe aux Sa­blesd’Olonne de­vant plus de   spec­ta­teurs, il faut bien avouer son ad­mi­ra­tion­pour une vo­lon­té­po­li­tique sans faille au ser­vice de son dé­par­te­ment consi­dé­ré comme une pa­trie, laVen­dée. Sur une idée du na­vi­ga­teur Ti­touan La­ma­zou, il sou­tient Phi­lippe Jean­tot, qui, en , lance la­pre­miè­reé­di­tion de la seule course au­tour du monde en so­li­tai­reet sans es­cale. Quand Jean­tot dé­pose le bi­lan de sa so­cié­té en , il re­prend le gou­ver­nail et sauve la course grâ­ceàune so­cié­té d’éco­no­mie­mix­te­dé­te­nue ma­jo­ri­tai­re­ment par le Con­seil gé­né­ral de la Ven­dée. Que di­reen­co­rede l’in­croyable réus­si­te­du­parc à thème du Puy­duFou et de sa Ci­nés­cé­nie qui drai­nent­main­te­nant près de deux mil­lions de­vi­si­teurs par an. Cer­tains ob­jec­te­ront que la ligne his­to­rique vé­hi­cu­lée par les spec­tacles est ma­ni­pu­la­trice et re­vi­site no­tre­pas­sé sur le mo­ded’une lec­tu­re­my­thi­fiée– et loin d’être in­no­cente– du « c’était mieux avant » . Mais on peut fai­reun­pro­cès si­mi­lai­reàDis­ney­land, por­teur lui aus­si d’une vi­sion idéa­li­sée du­mo­dèle amé­ri­cain. Alors tant qu’à faire, loin des dys­to­pies qui hantent nos écrans, même si vous dé­tes­tez Phi­lippe de Villiers, ren­dez-vous en Ven­dée, il vous suf­fi­rad’ex­pli­quer à vos en­fants que la Ré­vo­lu­tion fran­çaise n’apas son­né le glas du pa­ra­dis ter­restre...

MMar­di

Ré­cep­tion à l’Am­bas­sa­dedes ÉtatsU­nis où l’am­bas­sa­drice, Jane Hart­ley aor­ga­ni­séune soi­rée élec­to­rale très réus­sie. Pour les in­vi­tés, l’af­faire est pliée : Hilla­ryC­lin­ton se­ra­pré­si­den­tedes États-Unis. Pour­tant, je peuxm’em­pê­cher de re­pen­ser à ceque j’écri­vais dans les co­lonnes de Nice-Ma­tin le  oc­to­brea­près un dé­bat Trump-Clin­ton: mal­gré l’avis de tous les ob­ser­va­teurs, je re­tire de ce dé­bat le sen­ti­ment que, mal­gré l’in­dé­nia­ble­per­for­mance de l’ex-se­cré­tai­red’État, elle n’a convain­cu au­cun de cesA­mé­ri­cains qui se sentent re­lé­gués et in­com­pris, qui se moquent du tiers com­me­du quart d’Alep ou des Kurdes et n’ont ja­mais en­ten­du par­ler de Hol­lande ou de Mer­kel. Rien n’est jouéet plus que ja­mais, la ca­la­mi­teuse vic­toire du sul­fu­reux ma­gnat de l’im­mo­bi­lier est pos­sible. Con­ti­nuant­ma dé­am­bu­la­tion dans les ma­gni­fiques sa­lons, je constate que der­rière les sou­rires de fa­çade et les po­li­tesses conve­nues, les pro­pos des col­la­bo­ra­teurs de l’am­bas­sade sont loin d’êtreaus­si op­ti­mistes que ceux de leurs hôtes. Sau­raient-ils quelque chose? Non, je doisme fai­redes idées... plus que quelques heures àat­ten­drea­vant de fê­ter la pre­mière fem­meà la Mai­son-Blanche et de conju­rer les vents mau­vais.

MMer­cre­di

Coup de ton­nerre, Do­nald Trump est le  e pré­sident des États-Unis ! De­puis l’of­fi­cia­li­sa­tion des ré­sul­tats à la fine pointe de l’aube, les po­li­to­logues et ana­lystes de tout poil sont sur le pont. Àdé­faut de se li­vrer àun im­pos­si­bleexer­ci­ce­de­lu­ci­di­té apos­te­rio­ri sur le mode du

« je vous l’avais bien­dit » , tout ce pe­tit­monde se fla­gel­lea­vec en­train avouant qu’ils n’ont rien vu ve­nir, qu’ils se sont trom­pés, que tout ce­ci re­flète la bé­ré­zi­nades son­deurs et l’ar­ro­gance des élites po­li­ti­co-mé­dia­tiques. Un mot re­vient en boucle sur les chaînes d’info : « Co­lère » , oui, la vic­toi­re­deT­rump se­rait due à la co­lè­redes Amé­ri­cains. Pour­quoi pas? Mais tout au long des heures qui s’égrènent, l’ana­lyse fine des ré­sul­tats vaé­bran­ler les pos­tu­lats sim­plistes. Pre­mière ré­vé­la­tion, Hilla­ry Clin­to­nest ma­jo­ri­taire en voix et la vic­toi­rede son ad­ver­saire n’est due

qu’à un sys­tème élec­to­ral qui sur­re­pré­sente les élec­teurs de l’Amé­rique ru­rale. Les ins­ti­tuts de son­da­ge­qui dans la der­nière se­maine don­naient Trum­pet Clin­tonàé­ga­li­té n’étaient donc pas si mau­vais... Certes, il yaune frange d’Amé­ri­cains dé­clas­sés dans l’élec­to­rat du­ma­gnat de l’im­mo­bi­lier, les ou­vriers des acié­ries de Penn­syl­va­nie, ceux qui ont été chas­sés de leur mai­son­par la crise des sub­primes, ces ha­bi­tants de la Rus­ty Ame

ri­ca, si bien dé­cri­te­par Phi­lipp Meyer, ceux qui n’at­tendent plus rien et ont vou­lu ren­ver­ser la table, pen­sant que de toutes fa­çons, ça­ne­pou­vait pas être­pire. Mais le gros des troupes est re­pré­sen­té­par les ré­pu­bli­cains tra­di­tion­nels, par­ti­sans del’ul­tra­li­bé­ra­lisme et ré­frac­taires à toutes les po­li­tiques so­ciales en­di­rec­tion des plus­mo­destes. La vé­ri­té est que ceux-làont vo­té pour Trump pour se dé­bar­ras­ser de l’Oba­ma­care et pro­fi­ter des baisses d’im­pôts pro­mises. Et puis, il y a tous ces te­nants de l’Amé­rique ra­ciste–  % des Amé­ri­cains! – qui n’ont ja­mais ac­cep­té­qu’un noir soit pré­sident, ceux pour qui l’om­ni­pré­sence du couple Oba­ma­dans la cam­pagne de Clin­to­naé­té vé­cue comme une­pro­vo­ca­tion. La co­lère? Non, des co­lères an­ta­go­nistes qui dé­crivent un pays frac­tu­ré et un sys­tème po­li­ti­queà­bout de souffle. Bien ma­lin ce­lui qui ose­ra ré­cu­pé­rer des im­pro­ba­tions aus­si contra­dic­toires...

VVen­dre­di

Mes amis, jem’étais trom­pée. Les « ré­cu­pé­ra­teurs » se sont pré­ci­pi­tés pour ex­pli­querà­quel point la pré­si­den­tiel­lea­mé­ri­caine ve­nait à l’ap­pui de leur thèse. À la­gauche, les mé­len­cho­nistes et autres al­ter­na­tifs dé­versent la doxa an­ti-li­bé­rale, à l’ex­trême droite, Ma­rine Le Pen­pa­rade sur la même ex­pli­ca­tion alors que, dans son im­mense ma­jo­ri­té, le­peuple amé­ri­cain y est op­po­sé. Se re­trou­ver aux cô­tés de Pou­tine, Ba­char el-As­sad, de Kim Jong-unet des mi­li­tants du Ku Klux Klan pour se ré­jouir de­la vic­toire du Do­nald de­vrait pour­tant in­ci­ter ce beau­monde à la ré­serve. Ni­co­las Sar­ko­zy, lui, ade­puis long­temps adop­té la tech­nique trum­pienne de la dis­rup­tion­qui consiste à sa­tu­rer l’es­pa­ce­mé­dia­tique par des pro­pos in­ap­pro­priés et­même cho­quants et fai­reain­si tour­ner le ma­nège des com­men­taires au­tour de soi et as­phyxier ses ad­ver­saires. De la soi­rée du Fou­quet’s au

« casse-toi, pauv’con » , on­ne­peut pas di­reque ces­mé­thodes lui aient réus­si. Il fe­rait donc bien, lui aus­si, de se mé­fier. Condam­ner une pen­sée unique– qui, au pas­sage, n’exis­te­pas– ne si­gni­fie pas se vau­trer dans la tri­via­li­té. Quan­tàmes amis jour­na­listes, deg­râce, ar­rê­tez de vous cou­vrir la tê­tede cendres! Ce n’est pas parce que ce gro­tesque in­di­vi­du va s’ins­tal­ler dans le bu­reau ovale que vos thèses sont in­va­li­dées. Vous avez fait votre tra­vail de dé­cryp­ta­geen­dé­non­çant ses mensonges, ses ou­trances, son igno­rance, sa vul­ga­ri­té sexiste, ra­cis­teet ho­mo­phobe. Il fau­dra con­ti­nuer.

« Se re­trou­ver aux cô­tés de Pou­tine, Ba­char el-As­sad, deKimJong-un [...] pour se ré­jouir de la­vic­toire du Do­nald de­vrait in­ci­ter tout le­monde àla­ré­serve. »

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