« Jen’ai ja­mais vou­lu le tuer »

Sur fond de sé­pa­ra­tion conflic­tuelle, un père ve­nu ré­cu­pé­rer son fils a été abat­tu en 2011 à Ro­que­brune. Le ti­reur est ju­gé de­puis hier pour meurtre. Il n’a été dé­te­nu que quatre mois

Monaco-Matin - - Côte D’azur - CH­RIS­TOPHE PERRIN chper­rin@ni­ce­ma­tin.fr

MarcMan­del, 44ans, élé­gant ex­pert au­to­mo­bile mo­né­gasque, ré­pète ce qu’il a tou­jours dit de­puis le drame du7oc­tobre 2011 route de La Turbie à Ro­que­brune-Cap-Mar­tin. « Ja­mais je n’ai vou­lu la mort deM. Tor­re­gros­sa. Je suis anéan­ti. J’ai en­le­vé à une fa­mille un père, un frère, un fils, un ami...» Ilya­cin­qans, Marc Man­del a ti­ré au fu­sil de chasse sur Pierre Tor­re­gros­sa, 39 ans, qui ve­nait d’en­trer en voi­ture dans sa pro­prié­té. La vic­time ve­nait ré­cu­pé­rer son fils dans le ca­dred’un droit de vi­site. De­puis des mois, l’am­biance entre les pa­rents de l’en­fant se dé­gra­dait. Pa­trick Ve­ron, le pré­sident de la cour d’as­sises, évoque « une es­ca­lade per­ma­nente à la lec­ture de SMS échan­gés. » Une en­quê­trice parle « d’un pa­pa déses­pé­ré, qui n’a pas vu son fils de­puis avril 2011. L’am­biance était tel­le­ment hou­leuse que per­sonne ne vou­lait s’en mê­ler. »

« J’ai ti­ré en l’air »

Le jour du drame, Pierre Tor­re­gros­sa part de Mar­seille et se rend à Mo­na­co, fort­de­plu­sieurs­dé­ci­sions de jus­tice qui lui per­mette d’exer­cer son droit­de­vi­site. Ni sa­mère si son fils de 7 ans ne sont là. Exas­pé­ré, il dé­cide d’al­ler voir à Ro­que­brune, dans la ré­si­dence se­con­daire de MarcMan­del, le nou­veau­ma­ri de So­phie, la mère de leur fils. Ex­cé­dé, il lui en­voie un texto: « So­phie, per­sonne en­core une fois. Ça va mal se pas­ser. » À19 h, Pierre Tor­re­gros­sa pé­nè­treen­voi­tu­re­dans la pro­prié­té. MarcMan­del, seu­là­ce­mo­ment dans l’ha­bi­ta­tion, af­firme qu’il s’est tou­jours te­nu à l’écart du con­flit. Ce soir-là, iI se sai­sit d’un Flash-Ball, une arme de dé­fense. « Barre-toi connard ou je vais te plom­ber! » , hurle-t-il. Les deux­hom­me­su­na­ni­me­ment ap­pré­ciés par leur en­tou­rage, se re­trou­ven­tà­vingt mètres de dis­tance, dans un face-à-face ten­du. En contre­bas de la mai­son, ap­puyé sur sa voi­ture, Pierre Tor­re­gros­sa té­lé­phone. « J’ai cru à un guet-apens » , af­firme le ti­reur. Ça al­lait cres­cen­do. Il avait em­bou­ti ma voi­ture, cre­vé mes pneus. J’avais de plus en plus peur. Son fils nous di­sait qu’il avait une arme dans la boîte à gants. J’ai pa­ni­qué. » Il dé­laisse son Flash-Ball pour se sai­sir d’un fu­sil de chasse de gros ca­libre. « Je vou­lais juste qu’il s’en aille. Je vou­lais juste qu’il s’en aille » , ré­pète l’ac­cu­sé. « J’ai ti­ré en l’air. J’ai été sur­pris de voir un nuage de fu­mée au-des­sus de la voi­ture. Je pen­sais que M. Tor­re­gros­sa se ca­chait der­rière l’Opel. Quand j’ai pous­sé la por­tière, j’ai cru à un cau­che­mar. » La vic­time gît ago­ni­sant dans une ma­re­de­sang, un oeil dé­truit, la gorge per­cée. Deux plombs l’ont tou­ché. Mal­gré le point de com­pres­sion ef­fec­tué par MarcMan­del qui ap­pelle dans le même temps les se­cours, Pierre Tor­re­gros­sa suc­com­be­ra quel-ques heures plus tard à l’hô­pi­tal. Suite du pro­cès au­jourd’hui avec la très at­ten­due au­di­tion de So­phie Man­del.

(DR)

Marc Man­del, un homme or­di­naire qui s’est re­trou­vé, mal­gré lui, au coeur d’une guerre pa­thé­tique entre deux ex-conjoints.

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