Man­del : «Là où ma femme passe tout tré­passe »

Elle l’ap­pe­lait « mon ange », se sen­tait cou­pable. So­phie Man­del est dé­sor­mais l’ac­cu­sa­trice sans conces­sion de son ex-ma­ri ju­gé pour le meurtre à Ro­que­brune en 2011 de Pierre Tor­re­gros­sa

Monaco-Matin - - Côte D’azur - CH­RIS­TOPHE PER­RIN chper­rin@ni­ce­ma­tin.fr

Pierre Tor­re­gros­sa, 39 ans, cher­chait par tous les moyens à voir son fils de7ans quand ilaé­té abat­tu le 7 oc­tobre 2011. Il ve­nait d’en­trer par ef­frac­tion route de la Tur­bie à Ro­que­brune-Cap-Mar­tin chez Marc et So­phieMan­del, son ex-com­pagne, quand il a été at­teint au vi­sage d’un tir de che­vro­tine. Au deuxième jour­du­pro­cès de MarcMan­del, un ex­pert au­to­mo­bile mo­né­gasque sans his­toires, la Cour ana­lyse le conflit ahu­ris­sant qui op­pose Pierre Tor­re­gros­sa à So­phie Man­del. Conflit dont le pa­roxysme est… un ho­mi­cide.

« Je suis ma­rié avec le diable

» Dès le ma­tin, l’ac­cu­sé pré­vient la cour et les ju­rés: « Vous al­lez ap­prendre à connaître So­phie. Jeme suis ma­riée avec le diable. Là où­ma femme passe, tout tré­passe. » À 15 h, « le diable » a plu­tôt fière al­lure. So­phie Man­del née Sig­wald, jo­lie femme de 38 ans, sé­pa­rée de Pierre Tor­re­gros­sa, di­vor­cée de MarcMan­del, se pré­sente à la barre. An­cien agent de po­lice de Mo­na­co au­jourd’hui sans pro­fes­sion, mè­re­de­deux pe­tits gar­çons pri­vés cha­cun de leur père res­pec­tif, elle en­tame sa dé­po­si­tion en évo­quant d’em­blée « l’in­fluence ma­çon­nique de M. Man­del, les pres­sions constan­tesàMo­na­co, une jus­tice et des avo­cats sous in­fluence. [...] J’ai cru fer­me­ment en son in­no­cence jus­qu’à sa li­bé­ra­tion. » Le pré­sident Pa­trick Ve­ron re­vient au conflit avec Pierre Tor­re­gros­sa, re­lit des SMS qu’il qua­li­fie de « pa­thé­tiques » entre un homme et une femme qui s’entre-dé­chirent. Avec une in­fi­nie pa­tience, le ma­gis­trat cherche à com­prendre les rai­sons d’un cli- mat si dé­lé­tère. Pour­quoi les ju­ge­ments or­ga­ni­sant les droits de vi­site n’étaient pas res­pec­tés par So­phie Man­del? « Un mau­vais conseil de la part d’un avo­cat », se jus­ti­fieSo­phie Man­del d’une voix de plus en plus af­fir­mée. Pour­quoi tant d’in­sultes, de haines re­cuites? Le­pré­sident Vé­ro­nest in­tri­gué par le­com­por­te­ment de cette femme qui prive un père de son fils mais lui de­mande une au­to­ri­sa­tion de sor­tie du ter­ri­toire pour em­me­ner le pe­tit auxÉ­tats-Unis. « J’ai l’im­pres­sion que c’est mon pro­cès, coupe le té­moin qui suf­foque. Je ne suis pas fière de cette es­ca­lade ir­res­pon­sable. Mais ce conflit n’ex­plique pas l’acte », ré­pète-t-elle.

« En­fan­tillages »

« On est sans cesse dans la chi­ca­ne­rie », consta­te­dé­pi­té le pré­sident. « Si ça ne s’était pas ter­mi­né par la mort d’un homme, ces en­fan­tillages en se­raient ri­sibles. » Plus sin­gu­lier en­core, So­phie Man­del, fervent dé­fen­seur de son ma­ri au mo­ment du drame, est de­ve­nue sa pire ac­cu­sa­trice. Pour­quoi un tel bas­cu­le­ment en fé­vrier 2012? Le­pré­sident se déses­père d’ob­te­nir une ré­ponse. So­phie Man­del n’évoque pas la de­mande de di­vorce de son ma­ri, mais s’at­tar­de­sur ses­me­naces de mort - « Je te sui­ci­de­rai » -, éma­nant d’un­hom­me­qu’elle dé­crit comme « pa­ra­noïaque » , « im­pul­sif ». Dé­fense et par­tie ci­vile s’étonnent de ce bru­tal re­vi­re­ment, des 960 lettres échan­gées avec le dé­te­nu Man­del et ap­por­tées au juge d’ins­truc­tion comme au­tant d’élé­ments à charge. Ce­lui qu’elle ap­pe­lait « mon ange » s’est sou­dain mé­ta­mor­pho­sé en « as­sas­sin ma­chia­vé­lique ». « Un ma­ni­pu­la­teur » qui de­mande soi-di­san­tà­sa­femme de mo­di­fier las­cène du crime et de dé­truire des preuves. Me Phi­lippe Sous­si, avo­cat de MarcMan­del, ré­agit et lit de larges ex­traits si­gnés So­phie Man­del, fin 2011: « Je de­vrais être à ta place. Je me sens ter­ri­ble­ment res­pon­sable. Quel cau­che­mar mon amour, que tu ne mé­ri­tais pas. Il a gâ­ché ma vie, je ne vou­lais pas qu’il gâche la tienne. » Un mea culpa de­puis long­temps aux ou­bliettes. Suite du pro­cès au­jourd’hui.

(Pho­to Ch. Per­rin)

L’arme du crime, un fu­sil de chasse avec le­quel Marc Man­del, un homme jus­qu’ici sans his­toire, a tué Pierre Tor­re­gros­sa.

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