Deux aé­ro­ports va­rois contraints de ré­duire leur plan de vol

Le Cas­tel­let et La Môle - Saint-Tro­pez ne peuvent plus ac­cueillir de vols hors Schen­gen. La me­sure prise pour éco­no­mi­ser des postes de douane risque d’im­pac­ter for­te­ment l’éco­no­mie tou­ris­tique

Monaco-Matin - - Grand Sud - ERIC GALLIANO egal­lia­no@ni­ce­ma­tin.fr

La sanc­tion est tom­bée le 29 oc­tobre. Ce jour-là, le jour­nal of­fi­cielde l’Union eu­ro­péenne pu­bliait la liste des points de pas­sage fron­ta­liers (PPF), dé­cla­rés par la France au­près des ins­tances com­mu­nau­taires. Or, le compte n’y est pas. « Treize PPF ont été sup­pri­més » , constate Ni­co­las Pau­lis­sen, le dé­lé­gué gé­né­ral de l’Union des aé­ro­ports fran­çais qui ne cache pas sa co­lère : « Nous contes­tons cette dé­ci­sion. Tant sur le fond que sur la forme. Car elle n’est pas sans consé­quence, no­tam­ment dans une ré­gion tou­ris­tique comme la vôtre... » En ef­fet, deux aé­ro­ports du dé­par­te­ment, LaMôle - SaintT­ro­pez et Le Cas­tel­let, ont vu leurs PPF rayés de la liste. À dé­faut­de­doua­niers, ces­deux pla­te­formes, com­meles onze autres concer­nées en France, ne peuvent plu­sac­cueillir­sur leurs pis­tes­de­vol­sin­ter­na­tio­naux en pro­ve­nance de pays ex­té­rieurs à l’es­pace Schen­gen. Un­man­queà­ga­gner évident. Pas seule­ment pour les ex­ploi­tants de ces deux aé­ro­ports, mais pour toute la ré­gion. Pro­fes­sion­nels du tou­risme et élus s’in­quiètent en ef­fet de perdre cette clien­tèle in­ter­na­tio­nale à fort pou­voir d’achat­qui ve­nai­ten­vil­lé­gia­ture l’été.

Coup dur éco­no­mique

Se­lon une étude que nous avons réa­li­sée en par­te­na­riat avec l’Union pa­tro­nale, rap- pelle Pierre Fourques, le di­rec­teur de l’aé­ro­port de La Môle - Saint-Tro­pez, les clients hors Schen­gen que nous ac­cueillons dé­pensent en moyenne 1700 eu­ros par jour dans le golfe de Saint-Tro­pez. Ils re­pré­sentent à eux seuls 30% de­notre chiffre d’af­faires. Avec la crise de l’Union eu­ro­péenne, cette clien­tèle était en dé­ve­lop­pe­ment. Ils viennent de Rus­sie, d’An­gle­terre ou en­core de pays émer­gents com­me­la Bul­ga­rie... Et ce sont eux quiont les­plus gros avions. Eux aus­si, qui nous achètent le plus de car­bu­rant et payent le plus de taxes aé­ro-por­tuaires. » Jus­qu’à pré­sent, ces res­sor­tis­sants de pays ex­tracom­mu­nau­taires pou­vaient po­ser leur jet di­rec­te­ment sur le tar­mac du Cas­tel­let ou de La Môle. Ce n’est donc plus le cas de­puis le 29 oc­to­bre­der­nier. Ils vont dé­sor­mais de­voir faire une es­cale doua­nière au­pa­ra­vant dans un autre aé­ro­port qui a eu la chan­ce­de­con­ser­ver sonPPF. «Ça­veut di­reune heu­re­de­per­due, des frais en plu­set da­van­tage de pol­lu­tion » , ré­sume Pierre Fourques qui re­doute que ce­la re­bute cer­tains de ces mil­liar­daires pres­sés. La dé­ci­sion de l’ad­mi­nis­tra­tion fran­çaise risque d’hy­po­thé­quer le pro­jet de ligne ré­gu­liè­rea­vec Lon­donCi­ty que le di­rec­teur­deLaMô­le­vou­lait lan­cer à l’été 2017. Au­tant de voya­geurs dont l’in­dus­trie tou­ris­tique risque de de­voir se pas­ser. Une­dé­ci­sionque le pré­sident de­laRé­gion, Ch­ris­tian Es­tro­si, in­ter­pel­lé par le mai­re­deCo­go­lin en séance plé­nière, a qua­li­fié « d’in­con­sé­quente » . Alors que cette ac­ti­vi­té est « dé­jà si du­re­ment af­fec­tée » , la sup­pres­sion des deux PPF va­rois est, pour lui, non seule­ment « un coup dur pour l’éco­no­mie de la Paca » mais aus­siun­bien « mau­vais si­gnal pour les in­ves­tis­seurs » .

Sans au­cune concer­ta­tion

Quand au pré­sident du co­mi­té ré­gio­nal du tou­risme et maire de Cannes, Da­vid Lis­nard, il es­time qu’elle va « à l’en­contre des ef­forts de re­lan­cedes pro­fes­sion­nel­sa­zu­réens » qui tentent de se re­le­ver « del’im­pact de l’at­ten­tat de Nice ». Da­vid Lis­nar­drap­pelle, en ef­fet, que les voya­geurs hors Schein­gen­re­pré­sentent 46% de­la­clien­tèle étran­gère. Au-de­là­du­fond, Ni­co­lasPau­lis­sen conteste éga­le­ment la forme : « Cette dé­ci­sion a été prise sans au­cune concer­ta­tion ni même au­cune étude d’im­pact. Les aé­ro­ports concer­nés ont ap­pris la sup­pres­sion de leur point de­pas­sa­ge­con­cer­né quelques se­maines seule­ment avant la pu­bli­ca­tion de la liste au jour­nal of­fi­ciel de l’Union eu­ro­péenne par le pré­fet lo­cal. Tout ce­laa­pris le sec­teur aé­ro­nau­tique par sur­prise. » Pierre Fourques confirme. L’aé­ro­port de Saint-Tro­pez a bien­re­çu la vi­si­te­de­deuxins­pec­teurs gé­né­raux du mi­nis­tère de l’Éco­no­mie et du mi­nis­tère de l’Éco­lo­gie, mais c’était « en juillet 2014 » ! « De­puis, nous n’avions eu au­cun re­tour » , as­su­re­le­di­rec­teur gé­né­ral. Du moins jus­qu’à ce­coup­de­fil, le7sep­tembre der­nier, du di­rec­teur de ca­bi­net du pré­fet du Var qui luian­non­çait la « mau­vaise nou­velle » . « J’ai cru de­ve­nir fou » , se­sou­vient Pierre Fourques qui reste très en co­lère: « Cette dé­ci­sion est tout sim­ple­ment la­men­table. » Comme l’en­semble des ac­teur­sim­pac­tés, il es­pè­re­bien que Ber­cy va re­ve­nir sur sa dé­ci­sion. Il en va de l’ave­nir éco­no­mique de la ré­gion. Uneé­tude d’im­pac­tae­nef­fet es­ti­méà­plusde170 mil­lions d’eu­ros pa­ranl’ac­ti­vi­té­gé­né­rée par le seul aé­ro­port de La Môle. Ce se­rait dom­mage de s’en pri­ver.

(Pho­to D. Le­riche)

Le site du Cas­tel­let per­dra un quart de son chiffre d’af­faires.

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