 VanGogh­dé­voi­lés

Of­fi­cia­li­sée hier après-mi­di lors d’une con­fé­rence de presse à Pa­ris, la dé­cou­verte d’un ex­pert en art de la prin­ci­pau­té de Mo­na­co a été aus­si­tôt contes­tée par le Van Gogh Mu­seum

Monaco-Matin - - L’événement -

Branle-bas de com­bat hier après-mi­di place des Vosges, àPa­ris. Ilya­vait le my­thede l’oreille cou­pée, il y au­ra dé­sor­mais ce­lui du Brouillard d’Arles, nom­don­né au car­net de des­sins in­édits­deVanGogh­dé­cou­vert­par le pré­sident de l’Hô­tel des ven­tesde Monte-Car­lo, Franck Baille ( lire ci­des­sous). Alors que l’édi­teur du Seuil, Ber­nardComment, se­ré­jouis­sait « d’un mo­ment his­to­rique dans l’his­toire de l’art » en dé­voi­lant ce livre tant at­ten­du com­pi­lant les 65 des­sins, un com­mu­ni­qué du Van Gogh Mu­seum­bou­le­ver­sait l’as­sis­tance et la suite de la con­fé­rence. L’ins­ti­tu­tion hol­lan­daise ve­nait je­ter pu­bli­que­ment le­dis­cré­dit sur la dé­cou­verte au­then­ti­fiée par Bo­go­mi­la Wel­shOv­cha­rov, pour­tant ex­perte de re­nom­mée mon­diale de Van Gogh, as­sis­tée dans sa tâche, qui plus est, deRo­naldPi­ck­vance, lui-même ex­pert de la­pé­riode ar­lé­sien­nede l’ar­tiste. « Sur la base d’an­nées de re­cherches, sur les des­sins de Van Gogh dans la col­lec­tion du mu­sée et à d’autres en­droits » , les ex­perts du mu­sée ont « conclu que ces des­sins sont des imi­ta­tions » .

« Mé­thode bru­tale »

Un ca­mou­flet re­ten­tis­sant et plus pré­coce que pré­vu à écou­ter Ber­nardComment, quel­ques­mi­nutes plus tôt : « Peut-être qu’il y au­ra des po­lé­miques, l’his­toire de l’art est faite de ça. » In­vi­té à en dire plus, l’édi­teur a alors lâ­ché les che­vaux. « La si­tua­tion est en­nuyeuse, nous avons eu la po­li­tesse et la cour­toi­sie, à la de­mande du Van Gogh Mu­seum, de leur en­voyer le livre quelques jours avant sa pu­bli­ca­tion pour qu’ils puissent en prendre connais­sance. Ils ont, comme vous jour­na­listes, si­gné une clause de confi­den­tia­li­té qui cou­rait jus­qu’à au­jourd’hui (hier) 19 heures. Je constate qu’un mu­sée juge sur pho­tos mais ne juge pas bon de res­pec­ter sa pa­role, a ré­agi à chaud Ber­nard Comment. Le dé­bat s’ouvre un peu plus vite que pré­vu mais nous sommes très se­reins dans cette si­tua­tion. N’ou­blions pas que nous avons deux émi­nents spé­cia­listes re­con­nus par le Van Gogh Mu­seum. » L’édi­teur rap­pelle alors que Bo­go­mi­la Welsh-Ov­cha­rov, doc­to­rante à Utrecht, acol­la­bo­réà­de­nom­breuses re­prises avec le mu­sée, tout comme Ro­nald Pi­ck­vance, qui n’était autre que le com­mis­saire de l’ex­po­si­tion cé­lé­brant le cen­te­naire du­dit mu­sée. En marge, Franck Baille ré­pon­daux ac­cu­sa­tions par des faits. « Ils ont été sol­li­ci­tés pour don­ner leur avis et ils ont ré­pon­du par cour­rier sans don­ner d’ar­gu­men­ta­tion. Le cour­rier fai­sait une ligne: “Les des­sins n’ap­pa­raissent pas comme pou­vant être­con­si­dé­rés de VanGogh”. Ils n’avaient que des pho­tos pour ju­ger… » Pour­quoi telles ac­cu­sa­tions, alors? « C’est très cu­rieux, es­ti­meF­ranck Baille. Ils se sont en­fer­rés sur leur po­si­tion ini­tiale. Je trouve que la mé­thode qu’ils ont em­ployée au­jourd’hui est bru­tale. »

« C’est ex­trê­me­ment dan­ge­reux! »

Sans doute la­plus tou­chée par ces ac­cu­sa­tions, Bo­go­mi­la Wel­shOv­cha­rov n’a pas tar­dé à sor­tir de ses gonds. « Le­pro­blème du mu­sée, c’est qu’ils n’ont ja­mais vu les ori­gi­naux. Je suis ar­ri­vée au dé­but de­ma re­cherche avec dix des­sins du Brouillard dans un car­ton, je les ai mon­trés à deux ex­perts ré­pu­tés du mu­sée et jem’at­ten­dais à un dé­bat col­lé­gial. Or, je n’ai eu en ré­ponse qu’un si­lence. Jeme suis de­man­dée si j’étais conta­gieuse. En fait, j’ai ap­pris après la rai­son pour la­quelle ce si­len­cem’était op­po­sé. Le mu­sée Van Gogh avait re­çu des pho­tos en haute dé­fi­ni­tion. Mais de­puis quand peut-on ju­ger sur une pho­to? C’est ex­trê­me­ment dan­ge­reux! Et que fait-on de mes qua­rante-cinq an­nées d’ex­pé­rience dans le do­maine? Et celles de Ro­nald Pi­ck­vance? » Avant de por­ter l’es­to­cade au re­gardd’un évé­ne­ment du­pas­sé. « Il y a quelques an­nées, ils n’ont pas vou­lu at­tri­buer un ta­bleau à Van Gogh parce qu’ils ont consi­dé­ré que le ta­bleau n’était pas si­gné. Donc j’ai po­sé la ques­tion: “Alors la­moi­tié des ta­bleaux du mu­sée Van Gogh sont des faux puis­qu’ils ne sont pas si­gnés!” » Une salve ac­cueillie par des rires gé­né­reux avant la conclu­sion de Ber­nard Comment: « Le temps du par­tage est ar­ri­vé, il ap­par­tient à cha­cun de se faire une idée sur la base ex­trê­me­ment sou­te­nue, dé­taillée et fon­dée sur des ar­chives et ex­per­tises de nos ex­perts. Nous ne dé­ro­geons pasà­nos po­si­tions, nous sommes fermes, tran­quilles et heu­reux! »

(Pho­to T.M.)

De­vant plus de  jour­na­listes, Franck Baille, le dé­cou­vreur des des­sins, Bo­go­mi­laWelsh-Ov­cha­rov, l’ex­perte de re­nom­mée mon­diale, et Ber­nard Comment, l’édi­teur, ont ré­pon­du au Van Gogh Mu­seum pour qui ces des­sins se­raient des imi­ta­tions.

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