« On était face à une dé­cou­ver­te­ma­jeure »

Monaco-Matin - - L’événement -

Si elles n’ont pas ra­flé le Prix Gon­court 2016, les édi­tions du Seuil ont eu, avant que la po­lé­mique n’enfle, leur mo­ment de gloire– et d’his­toire –, hieràPa­ris, en pré­sen­tant de­vant un par­terre de 150 jour­na­listes in­ter­na­tio­naux

Le Brouillard d’Arles (*). Un ou­vrage si­gné de la re­nom­mée ex­perte de Van Gogh, Bo­go­mi­la Welsh-Ov­cha­rov, et re­pro­dui­sant au for­mat 65 des­sins in­édits du maî­tre­du post-im­pres­sio­nisme. « C’est une des plus grandes dé­cou­vertes de l’His­toire de l’art de­puis le Co­dex de Léo­nard de Vin­ci » , es­time Franck Baille, l’au­teur de la dé­cou­verte, spé­cia­liste de l’art des XIXe et XXe siè­cle­set pré­sident de l’Hô­tel des ventes de Monte-Car­lo. Au temps de Gau­guin et de l’oreille cou­pée Por­traits ci­se­lés, pay­sages luxu­riants ou es­quisses de flore – « avec une hié­rar­chie dans la qua­li­té, des des­sins plus ou moins denses et res­ser-

rés » –, au­tant d’oeuvres qui ont long­temps crou­pi dans les ar­chives comp­tables du Ca­fé de la gare d’Arles sans même que ses te­nan­ciers – les époux Gi­noux –, le sachent! La faute au sup­port de l’oeuvre, un ba­nal li­vrede comptes re­lé­gué à la cave par un em­ployé le 20 mai 1890, jour de son dé­pôt par le doc­teur de Van Gogh, Fé­lix Rey. Àl’ombre, le mys­té­rieux car­net de des­sins sur­vi­vra au couple Gi­noux, puis à leur seule hé­ri­tière, et en­fin au bom­bar­de­ment al­lié de 1944 sur un noeud fer­ro­viaire de l’Al­le­magne na­zie. Fa­mi­lière du quar­tier, la mère de l’ac­tuelle pro­prié­taire l’ar­ra­che­ra alors des dé­combres. Aquel­ques­pas du Ca­fé de la gare et de la fa­meuse Mai­son Jaune où lo­gea Van Gogh… Au­dé­but des an­nées 60, la re­lique chan­ge­ra une der­nière fois de­mains. La­mè­reof­frant le car­net à sa fille – ac­tuelle pro­prié­taire – pour ses 20 ans. Di­rec­tion un­pla­card et, à dé­faut d’ou­bli, le gâ­chis. Cou­chés­sur un pa­pier bleu­té et fa­çon­nés à la pointe d’un ro­seau (ca­lame), ces chef­sd’oeuvre re­mon­te­raient au cré­pus­cule de la vie de Van Gogh (1853-1890), for­mant ain­si une clé de lec­ture bou­le­ver­sante sur son par­cours entre1888 et 1890. Ce­lui d’un in­com­pris de­ve­nu ami de ses « lo­geurs », les Gi­noux, mais raillé dans la ci­té. En cause, sa dé­gaine mar­gi­nale et la crainte as­cen­dante au­tourde ses ex­cès et frasques sur fond d’al­cool. L’épi­sode tu­mul­tueux de Gau­gui­net­cette oreille au­to­mu­ti­lée à la­veille de Noël 1888, par­ti­ci­pant à son im­mi­nente ex­com­mu­nion d’Arles… «  coups de poing à l’es­to­mac » Une­tranche de vie fol­le­ponc­tuée d’un sé­jour consen­ti à l’asile Saint-Pierre-de-Mau­zols, à Saint-Ré­my-de-Pro­vence, et un der­nier voyage fa­ta­làAu­vers-sur-Oise. Un contexte émo­tion­nel et créa­tif dense, d’où le terme de « dé­cou­verte ca­pi­tale » pro­non­cé par Ro­nald Pi­ck­vance, spé­cia­liste de la pé­rio­dear­lé­sienne de Van Gogh, ini­tia­teur du livre et au­teur de sa pré­face, qui avait tou­jours pré­ten­du quedes car­nets de des­sins­som­no­laient quelque part. « Voi­ci la dé­cou­verte la plus ré­vo­lu­tion­naire de toute l’his­toire de l’oeuvre de Van

Gogh, juge-t-il. Elle éclaire d’un nou­veau jour notre com­pré­hen­siondes choix de su­jets et de mo­tifs, ain­si que la va­rié­té des moyens sty­lis­tiques aux­quels Van Gogh re­court. » Nous trim­bal­lant d’Arles à Saint-Ré­my, aux fron­tières du fan­tas­ma­go­rique et par­fois du sur­réa­lisme, les com­po­si­tions de ce Brouillard sont d’une vir­gi­ni­té stu­pé­fiante que dé­cou­vri­ront si­mul­ta­né­ment sept pays, dont la France, dès de­main, jour de

pa­ru­tion. Fruit d’une « con

jonc­tion de pas­sions », ce livre a d’ores et dé­jà cham­bou­lé

des vies. « On a tous pris 65 coups de poing à l’es­to­mac en le dé­cou­vrant et consi­dé­ré, dès le dé­part, qu’on était face à une dé­cou­verte ma­jeure » , té­moigne Franck Baille. En es­pé­rant qu’elle soit au­then­tique… * Sor­tie mon­diale de­main. 278 pages, 69€, auxé­di­tions­duSeuil.Ti­ra­geF­rance :env.28000 exem­plaires.

De gauche à droite, et par ordre chro­no­lo­gique : La Mai­son Jaune (la rue) II, mi­sep­tembre , Arles. Deux cy­près II, mi-juin , Saint-Ré­my- de-Pro­vence.

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