« Je suis em­bal­lé par Nice »

Laurent Pa­ga­nel­li, an­cien joueur pro­dige des Verts et homme de ter­rain de Ca­nal +, se­ra à Geof­froy-Gui­chard pour faire vivre aux té­lé­spec­ta­teurs l’af­fiche de la pro­chaine jour­née. En­tre­tien.

Monaco-Matin - - Sports - AN­TOINE DELGOULET

Les moins de  ans ne l’ont connu qu’avec un mi­cro dans la­main, au bord­du ter­rain, mul­ti­pliant les in­ter­views avec fa­cé­tie. Les plus âgés se sou­viennent aus­si du pré­coce et ta­len­tueux at­ta­quant sté­pha­nois, au­teur de son pre­mier match en pre­mière di­vi­sion à moins de  ans (re­cord ja­mais bat­tu !) et qui n’a pas eu la riche car­rière à la­quelle on le pré­des­ti­nait. Nous, on s’est ré­ga­lé à l’écou­ter avec son ac­cent chan­tant au té­lé­phone pen­dant près d’une heure, ra­con­tant les anec­dotes à la­pelle et évo­quant ce St-Etienne - Ni­ce­de­di­manche. Deux clubs qui lui tiennent à coeur. Car même s’il n’a ja­mais joué au Gym, il aime beau­coup l’OGCN et a ado­ré le stade du Ray.

Pour ce St-Etienne - Nice, votre coeur doit pen­cher pour lesVerts, non ? Non. Mon coeur bat des deux cô­tés. Je suis par­ta­gé. Nice, c’est le Sud et je suis du Sud. J’ai de très bons sou­ve­nirsàNice en tant que joueur. Et­ma­pre­mière en tant qu’in­ter­vie­weur, je l’ai faite au sta­de­duRay. Un Nice - Lille il y a  ans au mois de dé­cembre. Je pen­sais que ça al­lait être­ma der­nière ! (rires). Jem’en rap­pelle très bien.

Ra­con­tez-nous... Ce soir-là, l’ar­bitre du centre s’était cla­qué. A l’époque, il n’y avait pas d’ar­bitre rem­pla­çant et la par­tiea été in­ter­rom­pue  mi­nutes pour trou­ver un juge de touche dans les tri­bunes. J’ai dû ani­mer pen­dant ce temps-là, faire le­pi­treà­ma fa­çon. Et çaa­plu­tôt plu ! C’est un ar­bi­tre­du­dis­trict qui avait été choi­si et je l’avais in­ter­viewé à la fin du match. Au dé­but, je m’étais trom­pé car jeme suis di­ri­gé vers ce­lui qui avait un peu de ven­tre­mais ce n’était pas lui, lui c’était l’of­fi­ciel. Bref, vingt ans après, je suis tou­jours là, je m’ac­croche !

Vous tra­ver­sez bien les gé­né­ra­tions puis­que­même les jeunes vous connaissent au­jourd’hui... Oui, c’est la ma­gie de la té­lé, on ren­tre­dans les mai­sons. Mais la plu­part des jeunes ne sa­vent­mê­me­pas que j’ai joué !

Vos sou­ve­nirs des Saint-Etienne - Nice ? J’en ai un en par­ti­cu­lier puisque mon pre­mier but en pro je l’ai­mar­qué contre Ni­ceàGeof­froy-Gui­char­den . De la tête en­plus (il me­sure , m, ndlr). A l’époque, il y avait une belle équi­peàNice avec les Boc­chi, Bu­scher, Bje­ko­vic... On gagne -. Ça a tou­jours étéun ré­gal de jouer contre Nice. Que ce soit avec StE­tien­neouTou­lon.

Je mar­quais sou­vent contre eux et ça jouait tou­jours au bal­lon.

A l’époque, on­vous sur­nom­mait le pe­tit Mo­zart... Oui, c’est parce que j’ai fait mes gammes très très jeune . Et j’avais fait à l’époque quelques très bons matchs avec les équipes de Fran­cede jeunes au Parc des Princes. On jouait en le­ver de ri­deau des Bleus ou des fi­nales de Coupe de France. Ça avait un peu mar­qué les es­prits.

Ce quia­mar­qué les es­prits plus ré­cem­ment, c’est aus­si votre in­ter­view de Ba­lo­tel­li sur la table de mas­sage aprèsNice- Mar­seille... (il se marre) Ex­cep­tion­nel ! C’était as­sez com­pli­qué. Ba­lo­tel­li avait été élu homme du match­mais, tu te rends compte, faire ve­nir Ba­lo­tel­li au pan­neau de pubs pour re­ce­voir son tro­phée, c’était im­pos­sible. Lui vou­lait se fai­re­mas­ser, il fal­lait donc ren­trer dans le ves­tiaire. Mais il fal­lait que le club veuille, que l’en­traî­neur veuille, que Ba­lo­tel­li veuille... Tous ont don­né leur ac­cord, même Ba­lo­tel­li, contrai­re­ment à ce­qu’on au­rait pu pen­ser. On l’a donc fait com­me­ça et il me voit dé­bar­quer là... Il a joué le jeu à sa fa­çon. On l’adonc fait com­me­ça jus­qu’au­mo­ment où il m’adit « bon, ça va ». Après coup, tout le monde a trou­vé ça­gé­nial. Même Ba­lo­tel­li puis­qu’à chaque fois qu’il me voit main­te­nant, ilme tape dans la main. Pour nous, Ca­nal, c’était ex­tra­or­di­naire et pour lui, ça l’a ren­du aus­si plus sym­pa­thique, plus abor­dable. Le seul pro­blème qu’on a eu, c’était pour se com­prendre : la­bar­riè­rede la langue.

Sur­tout que vous n’êtes pas très co­pain avec les langues étran­gères. Avez-vous pro­gres­sé en an­glais ? (il ri­gole) A lit­tle­bit. Fran­che­ment, je pré­fère ça qu’une in­ter­view­clas­sique. Ça part dans le sens que ça part et puis c’est ri­go­lo­pour tout le monde. Si je par­lais bien an­glais, ce se­rait in­in­té­res­sant, ça fait un peu par­tie de mon per­son­nage. Fran­che­ment, par­lez-vous an­glais ou pas du tout ? Ça fait vingt ans que je vais aux Etats-Unis. Donc, oui, j’ar­ri­veà­me­dé­brouiller ! J’ar­ri­veà­bien com­prendre etàm’ex­pri­mer.

Vous jouez donc un peu un rôle... Oui mais je trou­veque c’est im­por­tant que le joueur se sen­teun­peu dé­con­cer­té par­fois, pour jus­te­ment voir sa ré­ac­tion et le ren­dre­plus hu­main.

Vo­tre­meilleure anec­dote d’homme de ter­rain en  ans de car­rière ? J’ai vé­cu quelque chose d’as­sez ex­cep­tion­nel lors d’un Mar­seille - Auxerre, du temps de la gran­deur des deux clubs. Il pleu­vait des trombes d’eauet l’OM me­nait - à la­mi-temps. Il y avait d’un cô­té Ber­nard Ta­pie, de l’au­treGuy Roux. Je les ai in­ter­ro­gés tour à tour. L’un vou­lait pour­suivre le match, l’autre l’ar­rê­ter. Jeme suis dit ‘‘on va réunir les deux et on va y al­ler’’. J’ai lais­sé le mi­croau mi­lieuet ce fut un échange ex­cep­tion­nel entre deux vé­ri­tables per­son­nages. L’un es­sayant d’ama­douer l’autre, l’autre vou­lant convaincre le pre­mier... Mi­chel De­ni­sot (le di­rec­teur des Sports de Ca­nal +) était aux anges.

Les plus fous que vous avez in­ter­viewés ? Il y en­aeu ! Der­nis, Giu­ly... Aune époque il y avait des bons avec Luis Fer­nan­dez, Cour­bis, Guy Roux, Dji­bril Cis­sé... Aune pé­riode, on­pou­vait faire tout et n’im­porte quoi. Moi j’étais sous la douche avec les uns, les autres, on était avec les joueurs à la mi-temps dans les ves­tiaires... C’était à la­bonne fran­quette ! Avant, on était plus dans le coeur de l’ac­tion. Main­te­nant c’est plus for­ma­té, même si on peut en­core le fai­rede temps en temps.

Re­ve­nons sur St-Etienne Ni­ce­de­di­manche. Que pen­sez-vous de l’OGC Nice ? Je suis em­bal­lé­par cette équipe. D’une part par l’en­traî­neur qui est ex­cep­tion­nel mais aus­si par le club­qui garde une dy­na­mique avec son pro­jet de jeu et l’état d’es­prit qu’il in­suffle. L’équipe re­pré­sente le club. Pour moi, c’est peut-être la­plus belle équi­pe­du­cham­pion­nat. Je ne la dé­cou­vre­pas. Je la suis de­puis des an­nées et elle res­te­dans sa lo­gique. Claude (Puel) avait fait du su­per bou­lot et Favre a réus­si à al­ler en­co­re­plus loin grâce à sa ges­tion tac­tique, col­lec­tive et in­di­vi­duelle. Mal­gré les dé­parts de l’an­née der­nière, l’équipe s’est amé­lio­rée. Les re­crues sont pré­pon­dé­rantes. Dante est un Mon­sieur avec un grand M. You­nès (Bel­han­da) est ca­pable de tout faire, il très bon in­di­vi­duel­le­ment et sait aus­si se fon­dre­dans le col­lec­tif. Et Ba­lo­tel­li est la fi­na­li­téde ce col­lec­tif.

Et les Verts ? Je suis très ami avec Ch­ris­tophe Gal­tier et je l’adore. Les Verts sont tou­jours là dans le com­bat, avec de bonnes et de moins bonnes pé­riodes, mais ils sont sou­vent dif­fi­ciles à jouer. Ils ont des ca­pa­ci­tés dif­fé­rentes que celles de Ni­ce­mais sont aus­si très ef­fi­caces. Gal­tier fait une ges­tion de la sai­son. Par­fois, il pri­vi­lé­gie­ra laCoupe d’Eu­rope, par­fois le cham­pion­nat, mais son équipe fi­ni­ra tou­jours dans les / pre­miers. C’est so­lide et ré­gu­lier. Avec Sain­té, Nice au­raune vraie op­po­si­tion. Le joueur im­por­tant dans cette équipe, c’est Per­rin. Si Ruf­fier est bon dans ses buts et que Per­rin fait avan­cer son bloc, les Mon­net-Pa­quet, Ta­nane peuvent prendre le re­lais pour bien jouer au bal­lon. Et bie­nem­bê­ter les Ni­çois.

La plu­part des jeunes ne savent pas que j’ai joué ”

1. Il est en­core au­jourd’hui le joueur le plus jeune à avoir évo­lué en pre­mière di­vi­sion. Il avait 15 ans, dix mois et cinq jours.

(Pho­to PQR/Ouest France)

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